The Passion of the Christ (Mel Gibson - 2004)
Attention !!! chef d'oeuvre. Voilà, comme ça, c'est dit. Mais attention tout de même. Deux choses à prendre en compte : la violence et la problématique antisémite. La violence est immense dans le film. Elle n'est pas une délectation, ni un voyeurisme, juste un éclairage sur un point parfois sous-estimé qui permet de mettre en perspective l'immensité du sacrifice qui a été accompli. Le film retrace les toutes dernières heures du Christ et trois scènes sont d'une rare violence : la flagellation, le chemin de Croix et enfin la crucifixion. Ces trois scènes sont intercalées, pour que nous reprenions notre souffle, avec des retours-arrières de la vie de Yeshu'a (autant L'appeler par son vrai nom non ?). Si on prend les Évangiles à témoin, rien ne nous renseigne sur l'extrême cruauté de la flagellation. Juste un verset, d'une neutralité presque détachée : "après l'avoir fait flageller, il le livra pour être crucifié" (Mt 27:26). Dans le film, ces quelques mots durent des minutes d'une longueur très très éprouvantes, croyez moi. Où Gibson a-t-il trouvé le droit de mettre autant de violence ? Dans le Saint Suaire, l'Évangile de tissu que la tradition nous a laissé. Ce tissu témoigne de ce qui est montré dans le film. Les détails techniques montrent que Jésus serait mort quelques heures après sa flagellation, même sans le chemin de Croix et la crucifixion. Ceci explique la mort rapide sur la Croix, alors que théoriquement, c'est un supplice censé durer des jours entiers.
Le chemin de Croix met en scène l'épisode avec St Simon de Cyrène (une ville de Libye actuelle) et qui donne lieu à un moment des nombreux moments de grâce de ce film. Il y a un regard échangé entre Simon et Jésus qui met la théologie au niveau de sa véritable expression : l'expérience humaine. Il ne s'agit pas de spéculation, mais de vécu. La rencontre avec Dieu, c'est du domaine de l'expérience. Le chrétien n'est pas philosophe. Il ne manipule pas des concepts. Il expérimente une rencontre, une relation avec Dieu.
Enfin la crucifixion, où Gibson reprend le fameux épisode du larron, est aussi parfaitement rendue et réussie. Il a réussi à mettre en scène en donnant une vision très plausible et artistique des fameux passages : l'arrestation au jardin où les gardes finissent à terre, les reniements de Pierre, la trahison de Judas ainsi que son suicide. Gibson met aussi en scène un des protagonistes évident de cette passion : le Diable, personnage androgyne, qui porte un enfant difforme. Plusieurs trouvailles esthétiques font du film une authentique réussite : les démons qui hantent Judas sont des enfants, pour montrer la jeunesse et l'immaturité du péché. Tout le film est joué en araméen et en latin, à savoir les langues originales de l'époque. Ici un petit bémol : je ne pense pas que Jésus aie parlé à Pilate en latin.
Ce film doit être vu dans un contexte catéchétique mais pas par un public trop jeune, car la violence est très éprouvante. Un autre point pour finir : le film fut taxé d'antisémite à sa sortie. La vérité n'est pas antisémite. Cette accusation d'antisémitisme est tellement utilisée à tort et à travers, qu'elle est devenue une farce aujourd'hui. Le réflexe de son recours systématique par certaines instances dans les communautés juives françaises et américaines est déplorable. De plus le film donne tous les gardes-fous contre les interprétations erronées : il y a des membres du Sanhédrin qui disent que ce procès est une farce. Il n'est pas valide du strict point de vue du droit. Il y a cette jeune fille juive qui cherche à lui donner de l'eau, empêchée par un romain. Il y a toutes ces femmes, comme rapporté chez Luc, qui se lamentent pour contrebalancer les cris d'insulte et de haine. La ville était partagée quant à ce destin. On voit que le Sanhédrin prépare la foule, paie la foule pour que Pilate soit poussé à Le condamner. Le reproche qui est fait à Gibson est de ne pas entériner le mythe moderne peu crédible : les juifs ne l'ont pas tués et ce sont les romains seuls qui l'ont tué. Ce mythe est faux, mais les données même du mythe sont fausses : on ne parle pas DES juifs ou DES romains, mais de quelques juifs et de quelques romains. Ceux qui ont tués Jésus, ce sont certains sadducéens, de la famille de Caïphe. Plus tard ils tueront Jacques le juste et ne cesseront de persécuter l'Église primitive. Dépeindre cette bande d'escrocs tuer Jésus n'est pas antisémite, car c'est la vérité. Le judaïsme actuel est pharisien : c'est une branche du judaïsme d'alors qui a eu beaucoup d'affrontements verbaux avec Jésus. Il ne faut pas tout confondre, et il faut étudier. C'est un film parfait pour étudier, le plus grand moment de toute l'histoire du monde...
vendredi 12 décembre 2014
dimanche 7 décembre 2014
Tsar (Pavel Longuine - 2009)
Pavel longuine est le réalisateur d'un chef d'oeuvre total : l'île. Il s'agit ici du film suivant dans sa filmographie : tsar. Ce film traite des rapports entre l'Église et le pouvoir politique, problématique qui a traversé toute l'histoire de l'Église. Les ignares pensent que l'Église a toujours manipulé le pouvoir pour imposer son emprise. Lorsque l'on étudie avec honnêteté, on s'aperçoit que c'est l'inverse : le pouvoir a toujours utilisé l'impact social de l'Église pour asseoir son emprise. La laïcité moderne n'est donc pas une séparation pour éviter au gouvernement d'être dominé, mais bien l'aveu du pouvoir du caractère indomptable de l'Église. Il y a bien sûr eu des évêques serviles, des prêtres pleutres. Mais globalement, l'Église a tenu sa place avec fermeté et indépendance. L'hérésie iconoclaste a au début été portée par un empereur. Charlemagne qui a imposé l'hérésie du filioque est un autre exemple d'un problème à l'origine politique et qui maintenant pose toujours problème dans le corps du Christ.
Le film est très sanglant et ne peut être vu par des enfants, et il faudra avoir du discernement pour le montrer à des adolescents. Tout le film est basé sur l'affrontement entre le Tsar Ivan IV, le fameux Ivan le terrible et entre le Métropolite Philippe. Il y a deux dialogues qui architecturent tout le film. Les voici retranscrits :
Premier dialogue :
Tsar : Bonjour Monseigneur. Depuis que tu es là, je me sens moins seul.
Métropolite : tu t'es débarrassé de tous tes proches, pense à ton âme. Il est dit que celui qui pardonne est pardonné en retour.
T : le prophète a dit : "Malheur à celui qui se laisse régenter par sa femme" et aussi "malheur à la ville dont les régents sont nombreux". Pardonner à tous... C'est ainsi qu'ont péri les grandes villes et les grands royaumes.
M : tu n'as pas confiance dans les gens.
T : Les gens... non, je n'ai pas confiance. Regarde Adam : il n'a pas écouté le commandement de Dieu. Il a désobéi : il a croqué le fruit de l'arbre. Et quel terrible châtiment.
M : Sire, ne sois pas en colère ! Fais preuve d'amour. Sans amour, notre foi est vaine.
T : Je crois au jugement dernier, au fait que Dieu me jugera pour mes péchés et pour ceux de mon peuple. Il n'est pas de plus grand péché que de désobéir à la volonté du tsar. Car il est écrit que tout pouvoir vient de Dieu.
Second dialogue :
T : je veux me repentir mon Père. Reçois ma confession. Bien que je sois vivant, je suis mort devant Dieu par les vilenies que j'ai commises. Mes os sont secs. Je suis découragé et ne peux plus attendre d'aide de quiconque. J'ai couru te voir. La colère de Dieu s'est abattue sur moi. Les polonais sont aux portes !! Novgorod se soulève ! J'ai compris que Sigismond était Satan et Novgorod son dragon. Le jugement dernier approche. Mon Père oublions nos querelles. Fais preuve de bonté. Bénis moi pour que je sorte vainqueur.
M : Fais preuve de repentir dans tes actes : cesse de faire couler le sang.
T : tu ne m'aimes pas. Non, tu ne m'aimes pas. Mais quel tsar te faut-il ? Un qui tendrait la joue droite quand on lui frappe la gauche ? Qui alors repousserait les ennemis ? Qui dirigerait le royaume ? Tu as raison. Peut-être que je pèche par mes actes, qu'en tant qu'homme je suis pécheur. Mais en tant que tsar je suis juste !
M : va-t-en sire. Tu n'auras pas ma bénédiction.
T : Que la volonté de Dieu soit faite.
Le cas particulier qui ressort de ces dialogues, c'est qu'Ivan veut une Église au service de sa politique, mais pas de façon bassement cynique. Il voit une théologie au service de la politique. La racine de son péché est que la théologie ne peut être soumise à la politique. L'acteur qui joue le métropolite à lui seul mérite qu'on voit ce film.
Pavel longuine est le réalisateur d'un chef d'oeuvre total : l'île. Il s'agit ici du film suivant dans sa filmographie : tsar. Ce film traite des rapports entre l'Église et le pouvoir politique, problématique qui a traversé toute l'histoire de l'Église. Les ignares pensent que l'Église a toujours manipulé le pouvoir pour imposer son emprise. Lorsque l'on étudie avec honnêteté, on s'aperçoit que c'est l'inverse : le pouvoir a toujours utilisé l'impact social de l'Église pour asseoir son emprise. La laïcité moderne n'est donc pas une séparation pour éviter au gouvernement d'être dominé, mais bien l'aveu du pouvoir du caractère indomptable de l'Église. Il y a bien sûr eu des évêques serviles, des prêtres pleutres. Mais globalement, l'Église a tenu sa place avec fermeté et indépendance. L'hérésie iconoclaste a au début été portée par un empereur. Charlemagne qui a imposé l'hérésie du filioque est un autre exemple d'un problème à l'origine politique et qui maintenant pose toujours problème dans le corps du Christ.
Le film est très sanglant et ne peut être vu par des enfants, et il faudra avoir du discernement pour le montrer à des adolescents. Tout le film est basé sur l'affrontement entre le Tsar Ivan IV, le fameux Ivan le terrible et entre le Métropolite Philippe. Il y a deux dialogues qui architecturent tout le film. Les voici retranscrits :
Premier dialogue :
Tsar : Bonjour Monseigneur. Depuis que tu es là, je me sens moins seul.
Métropolite : tu t'es débarrassé de tous tes proches, pense à ton âme. Il est dit que celui qui pardonne est pardonné en retour.
T : le prophète a dit : "Malheur à celui qui se laisse régenter par sa femme" et aussi "malheur à la ville dont les régents sont nombreux". Pardonner à tous... C'est ainsi qu'ont péri les grandes villes et les grands royaumes.
M : tu n'as pas confiance dans les gens.
T : Les gens... non, je n'ai pas confiance. Regarde Adam : il n'a pas écouté le commandement de Dieu. Il a désobéi : il a croqué le fruit de l'arbre. Et quel terrible châtiment.
M : Sire, ne sois pas en colère ! Fais preuve d'amour. Sans amour, notre foi est vaine.
T : Je crois au jugement dernier, au fait que Dieu me jugera pour mes péchés et pour ceux de mon peuple. Il n'est pas de plus grand péché que de désobéir à la volonté du tsar. Car il est écrit que tout pouvoir vient de Dieu.
Second dialogue :
T : je veux me repentir mon Père. Reçois ma confession. Bien que je sois vivant, je suis mort devant Dieu par les vilenies que j'ai commises. Mes os sont secs. Je suis découragé et ne peux plus attendre d'aide de quiconque. J'ai couru te voir. La colère de Dieu s'est abattue sur moi. Les polonais sont aux portes !! Novgorod se soulève ! J'ai compris que Sigismond était Satan et Novgorod son dragon. Le jugement dernier approche. Mon Père oublions nos querelles. Fais preuve de bonté. Bénis moi pour que je sorte vainqueur.
M : Fais preuve de repentir dans tes actes : cesse de faire couler le sang.
T : tu ne m'aimes pas. Non, tu ne m'aimes pas. Mais quel tsar te faut-il ? Un qui tendrait la joue droite quand on lui frappe la gauche ? Qui alors repousserait les ennemis ? Qui dirigerait le royaume ? Tu as raison. Peut-être que je pèche par mes actes, qu'en tant qu'homme je suis pécheur. Mais en tant que tsar je suis juste !
M : va-t-en sire. Tu n'auras pas ma bénédiction.
T : Que la volonté de Dieu soit faite.
Le cas particulier qui ressort de ces dialogues, c'est qu'Ivan veut une Église au service de sa politique, mais pas de façon bassement cynique. Il voit une théologie au service de la politique. La racine de son péché est que la théologie ne peut être soumise à la politique. L'acteur qui joue le métropolite à lui seul mérite qu'on voit ce film.
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