The Passion of the Christ (Mel Gibson - 2004)
Attention !!! chef d'oeuvre. Voilà, comme ça, c'est dit. Mais attention tout de même. Deux choses à prendre en compte : la violence et la problématique antisémite. La violence est immense dans le film. Elle n'est pas une délectation, ni un voyeurisme, juste un éclairage sur un point parfois sous-estimé qui permet de mettre en perspective l'immensité du sacrifice qui a été accompli. Le film retrace les toutes dernières heures du Christ et trois scènes sont d'une rare violence : la flagellation, le chemin de Croix et enfin la crucifixion. Ces trois scènes sont intercalées, pour que nous reprenions notre souffle, avec des retours-arrières de la vie de Yeshu'a (autant L'appeler par son vrai nom non ?). Si on prend les Évangiles à témoin, rien ne nous renseigne sur l'extrême cruauté de la flagellation. Juste un verset, d'une neutralité presque détachée : "après l'avoir fait flageller, il le livra pour être crucifié" (Mt 27:26). Dans le film, ces quelques mots durent des minutes d'une longueur très très éprouvantes, croyez moi. Où Gibson a-t-il trouvé le droit de mettre autant de violence ? Dans le Saint Suaire, l'Évangile de tissu que la tradition nous a laissé. Ce tissu témoigne de ce qui est montré dans le film. Les détails techniques montrent que Jésus serait mort quelques heures après sa flagellation, même sans le chemin de Croix et la crucifixion. Ceci explique la mort rapide sur la Croix, alors que théoriquement, c'est un supplice censé durer des jours entiers.
Le chemin de Croix met en scène l'épisode avec St Simon de Cyrène (une ville de Libye actuelle) et qui donne lieu à un moment des nombreux moments de grâce de ce film. Il y a un regard échangé entre Simon et Jésus qui met la théologie au niveau de sa véritable expression : l'expérience humaine. Il ne s'agit pas de spéculation, mais de vécu. La rencontre avec Dieu, c'est du domaine de l'expérience. Le chrétien n'est pas philosophe. Il ne manipule pas des concepts. Il expérimente une rencontre, une relation avec Dieu.
Enfin la crucifixion, où Gibson reprend le fameux épisode du larron, est aussi parfaitement rendue et réussie. Il a réussi à mettre en scène en donnant une vision très plausible et artistique des fameux passages : l'arrestation au jardin où les gardes finissent à terre, les reniements de Pierre, la trahison de Judas ainsi que son suicide. Gibson met aussi en scène un des protagonistes évident de cette passion : le Diable, personnage androgyne, qui porte un enfant difforme. Plusieurs trouvailles esthétiques font du film une authentique réussite : les démons qui hantent Judas sont des enfants, pour montrer la jeunesse et l'immaturité du péché. Tout le film est joué en araméen et en latin, à savoir les langues originales de l'époque. Ici un petit bémol : je ne pense pas que Jésus aie parlé à Pilate en latin.
Ce film doit être vu dans un contexte catéchétique mais pas par un public trop jeune, car la violence est très éprouvante. Un autre point pour finir : le film fut taxé d'antisémite à sa sortie. La vérité n'est pas antisémite. Cette accusation d'antisémitisme est tellement utilisée à tort et à travers, qu'elle est devenue une farce aujourd'hui. Le réflexe de son recours systématique par certaines instances dans les communautés juives françaises et américaines est déplorable. De plus le film donne tous les gardes-fous contre les interprétations erronées : il y a des membres du Sanhédrin qui disent que ce procès est une farce. Il n'est pas valide du strict point de vue du droit. Il y a cette jeune fille juive qui cherche à lui donner de l'eau, empêchée par un romain. Il y a toutes ces femmes, comme rapporté chez Luc, qui se lamentent pour contrebalancer les cris d'insulte et de haine. La ville était partagée quant à ce destin. On voit que le Sanhédrin prépare la foule, paie la foule pour que Pilate soit poussé à Le condamner. Le reproche qui est fait à Gibson est de ne pas entériner le mythe moderne peu crédible : les juifs ne l'ont pas tués et ce sont les romains seuls qui l'ont tué. Ce mythe est faux, mais les données même du mythe sont fausses : on ne parle pas DES juifs ou DES romains, mais de quelques juifs et de quelques romains. Ceux qui ont tués Jésus, ce sont certains sadducéens, de la famille de Caïphe. Plus tard ils tueront Jacques le juste et ne cesseront de persécuter l'Église primitive. Dépeindre cette bande d'escrocs tuer Jésus n'est pas antisémite, car c'est la vérité. Le judaïsme actuel est pharisien : c'est une branche du judaïsme d'alors qui a eu beaucoup d'affrontements verbaux avec Jésus. Il ne faut pas tout confondre, et il faut étudier. C'est un film parfait pour étudier, le plus grand moment de toute l'histoire du monde...
vendredi 12 décembre 2014
dimanche 7 décembre 2014
Tsar (Pavel Longuine - 2009)
Pavel longuine est le réalisateur d'un chef d'oeuvre total : l'île. Il s'agit ici du film suivant dans sa filmographie : tsar. Ce film traite des rapports entre l'Église et le pouvoir politique, problématique qui a traversé toute l'histoire de l'Église. Les ignares pensent que l'Église a toujours manipulé le pouvoir pour imposer son emprise. Lorsque l'on étudie avec honnêteté, on s'aperçoit que c'est l'inverse : le pouvoir a toujours utilisé l'impact social de l'Église pour asseoir son emprise. La laïcité moderne n'est donc pas une séparation pour éviter au gouvernement d'être dominé, mais bien l'aveu du pouvoir du caractère indomptable de l'Église. Il y a bien sûr eu des évêques serviles, des prêtres pleutres. Mais globalement, l'Église a tenu sa place avec fermeté et indépendance. L'hérésie iconoclaste a au début été portée par un empereur. Charlemagne qui a imposé l'hérésie du filioque est un autre exemple d'un problème à l'origine politique et qui maintenant pose toujours problème dans le corps du Christ.
Le film est très sanglant et ne peut être vu par des enfants, et il faudra avoir du discernement pour le montrer à des adolescents. Tout le film est basé sur l'affrontement entre le Tsar Ivan IV, le fameux Ivan le terrible et entre le Métropolite Philippe. Il y a deux dialogues qui architecturent tout le film. Les voici retranscrits :
Premier dialogue :
Tsar : Bonjour Monseigneur. Depuis que tu es là, je me sens moins seul.
Métropolite : tu t'es débarrassé de tous tes proches, pense à ton âme. Il est dit que celui qui pardonne est pardonné en retour.
T : le prophète a dit : "Malheur à celui qui se laisse régenter par sa femme" et aussi "malheur à la ville dont les régents sont nombreux". Pardonner à tous... C'est ainsi qu'ont péri les grandes villes et les grands royaumes.
M : tu n'as pas confiance dans les gens.
T : Les gens... non, je n'ai pas confiance. Regarde Adam : il n'a pas écouté le commandement de Dieu. Il a désobéi : il a croqué le fruit de l'arbre. Et quel terrible châtiment.
M : Sire, ne sois pas en colère ! Fais preuve d'amour. Sans amour, notre foi est vaine.
T : Je crois au jugement dernier, au fait que Dieu me jugera pour mes péchés et pour ceux de mon peuple. Il n'est pas de plus grand péché que de désobéir à la volonté du tsar. Car il est écrit que tout pouvoir vient de Dieu.
Second dialogue :
T : je veux me repentir mon Père. Reçois ma confession. Bien que je sois vivant, je suis mort devant Dieu par les vilenies que j'ai commises. Mes os sont secs. Je suis découragé et ne peux plus attendre d'aide de quiconque. J'ai couru te voir. La colère de Dieu s'est abattue sur moi. Les polonais sont aux portes !! Novgorod se soulève ! J'ai compris que Sigismond était Satan et Novgorod son dragon. Le jugement dernier approche. Mon Père oublions nos querelles. Fais preuve de bonté. Bénis moi pour que je sorte vainqueur.
M : Fais preuve de repentir dans tes actes : cesse de faire couler le sang.
T : tu ne m'aimes pas. Non, tu ne m'aimes pas. Mais quel tsar te faut-il ? Un qui tendrait la joue droite quand on lui frappe la gauche ? Qui alors repousserait les ennemis ? Qui dirigerait le royaume ? Tu as raison. Peut-être que je pèche par mes actes, qu'en tant qu'homme je suis pécheur. Mais en tant que tsar je suis juste !
M : va-t-en sire. Tu n'auras pas ma bénédiction.
T : Que la volonté de Dieu soit faite.
Le cas particulier qui ressort de ces dialogues, c'est qu'Ivan veut une Église au service de sa politique, mais pas de façon bassement cynique. Il voit une théologie au service de la politique. La racine de son péché est que la théologie ne peut être soumise à la politique. L'acteur qui joue le métropolite à lui seul mérite qu'on voit ce film.
Pavel longuine est le réalisateur d'un chef d'oeuvre total : l'île. Il s'agit ici du film suivant dans sa filmographie : tsar. Ce film traite des rapports entre l'Église et le pouvoir politique, problématique qui a traversé toute l'histoire de l'Église. Les ignares pensent que l'Église a toujours manipulé le pouvoir pour imposer son emprise. Lorsque l'on étudie avec honnêteté, on s'aperçoit que c'est l'inverse : le pouvoir a toujours utilisé l'impact social de l'Église pour asseoir son emprise. La laïcité moderne n'est donc pas une séparation pour éviter au gouvernement d'être dominé, mais bien l'aveu du pouvoir du caractère indomptable de l'Église. Il y a bien sûr eu des évêques serviles, des prêtres pleutres. Mais globalement, l'Église a tenu sa place avec fermeté et indépendance. L'hérésie iconoclaste a au début été portée par un empereur. Charlemagne qui a imposé l'hérésie du filioque est un autre exemple d'un problème à l'origine politique et qui maintenant pose toujours problème dans le corps du Christ.
Le film est très sanglant et ne peut être vu par des enfants, et il faudra avoir du discernement pour le montrer à des adolescents. Tout le film est basé sur l'affrontement entre le Tsar Ivan IV, le fameux Ivan le terrible et entre le Métropolite Philippe. Il y a deux dialogues qui architecturent tout le film. Les voici retranscrits :
Premier dialogue :
Tsar : Bonjour Monseigneur. Depuis que tu es là, je me sens moins seul.
Métropolite : tu t'es débarrassé de tous tes proches, pense à ton âme. Il est dit que celui qui pardonne est pardonné en retour.
T : le prophète a dit : "Malheur à celui qui se laisse régenter par sa femme" et aussi "malheur à la ville dont les régents sont nombreux". Pardonner à tous... C'est ainsi qu'ont péri les grandes villes et les grands royaumes.
M : tu n'as pas confiance dans les gens.
T : Les gens... non, je n'ai pas confiance. Regarde Adam : il n'a pas écouté le commandement de Dieu. Il a désobéi : il a croqué le fruit de l'arbre. Et quel terrible châtiment.
M : Sire, ne sois pas en colère ! Fais preuve d'amour. Sans amour, notre foi est vaine.
T : Je crois au jugement dernier, au fait que Dieu me jugera pour mes péchés et pour ceux de mon peuple. Il n'est pas de plus grand péché que de désobéir à la volonté du tsar. Car il est écrit que tout pouvoir vient de Dieu.
Second dialogue :
T : je veux me repentir mon Père. Reçois ma confession. Bien que je sois vivant, je suis mort devant Dieu par les vilenies que j'ai commises. Mes os sont secs. Je suis découragé et ne peux plus attendre d'aide de quiconque. J'ai couru te voir. La colère de Dieu s'est abattue sur moi. Les polonais sont aux portes !! Novgorod se soulève ! J'ai compris que Sigismond était Satan et Novgorod son dragon. Le jugement dernier approche. Mon Père oublions nos querelles. Fais preuve de bonté. Bénis moi pour que je sorte vainqueur.
M : Fais preuve de repentir dans tes actes : cesse de faire couler le sang.
T : tu ne m'aimes pas. Non, tu ne m'aimes pas. Mais quel tsar te faut-il ? Un qui tendrait la joue droite quand on lui frappe la gauche ? Qui alors repousserait les ennemis ? Qui dirigerait le royaume ? Tu as raison. Peut-être que je pèche par mes actes, qu'en tant qu'homme je suis pécheur. Mais en tant que tsar je suis juste !
M : va-t-en sire. Tu n'auras pas ma bénédiction.
T : Que la volonté de Dieu soit faite.
Le cas particulier qui ressort de ces dialogues, c'est qu'Ivan veut une Église au service de sa politique, mais pas de façon bassement cynique. Il voit une théologie au service de la politique. La racine de son péché est que la théologie ne peut être soumise à la politique. L'acteur qui joue le métropolite à lui seul mérite qu'on voit ce film.
samedi 29 novembre 2014
12 angry men (Sydney Lumet - 1957)
Si je ne devais garder que 10 films de cinéma, ce film en ferait assurément partie. Pourtant, la plus grande partie du film se passe dans une seule pièce. Il s'agit de la délibération d'un jury. Rien de plus. Il fait horriblement chaud. Le ventilateur est cassé. Le soir même, il y a un très grand match de base-ball. Le procès a montré qu'à l'évidence la plus grossière, l'accusé, un jeune des quartiers défavorisés est coupable de parricide. Il a menacé son père de mort quelques heures auparavant. Le voisin du dessus a entendu le meurtre et l'a vu s'enfuir, et la voisine d'en face l'a carrément vu commis. Inutile de vous dire en ce cas, qu'un petit tour de table est suffisant pour le condamner. Mais arrive l'imprévu : un des douze jurés votent "non coupable". Et la loi les oblige à parvenir à un verdict unanime. Le film, absolument passionnant, montre tout le processus qui va mener à l'acquittement et au fait de rendre un verdict "non coupable".
Passons à la théologie. Ce film est un des meilleurs plaidoyers en ce qui concerne le jugement. Pas uniquement le jugement en terme judiciaire, mais le jugement en règle générale. Le jugement est présenté de façon très défavorable par le Christ. En fait, ce qu'Il explique, et le film en est une magnifique illustration, c'est toute la difficulté de juger. Est-ce que si tout le monde se comportait comme ce juré rebelle, le monde ne serait pas plus conforme aux enseignements du Christ ? Assurément !!! Le film nous présente toute les apparences de la culpabilité et nous montre qu'en creusant, qu'en cherchant avec honnêteté, à plusieurs, on peut parvenir à aller contre les apparences, dans l'établissement de la vérité. Et encore, la vérité est ici à prendre avec des pincettes. Il s'agit simplement de dire que la culpabilité est impossible à déclarer avec les pièces telles qu'elles sont. Cela signifie aussi que beaucoup de choses que croyons bonnes mais que nous ne connaissons pas en profondeur, sont en réalité mauvaises. L'eschatologie enseigne, qu'à la fin des temps, il y aura une telle inversion des valeurs, que l'on appellera bien mal et mal bien. Le Chrétien est celui qui sait prendre la distance avec son époque pour ne pas juger par réflexe. Ne sommes nous pas un peuple de prophètes ?
Si je ne devais garder que 10 films de cinéma, ce film en ferait assurément partie. Pourtant, la plus grande partie du film se passe dans une seule pièce. Il s'agit de la délibération d'un jury. Rien de plus. Il fait horriblement chaud. Le ventilateur est cassé. Le soir même, il y a un très grand match de base-ball. Le procès a montré qu'à l'évidence la plus grossière, l'accusé, un jeune des quartiers défavorisés est coupable de parricide. Il a menacé son père de mort quelques heures auparavant. Le voisin du dessus a entendu le meurtre et l'a vu s'enfuir, et la voisine d'en face l'a carrément vu commis. Inutile de vous dire en ce cas, qu'un petit tour de table est suffisant pour le condamner. Mais arrive l'imprévu : un des douze jurés votent "non coupable". Et la loi les oblige à parvenir à un verdict unanime. Le film, absolument passionnant, montre tout le processus qui va mener à l'acquittement et au fait de rendre un verdict "non coupable".
Passons à la théologie. Ce film est un des meilleurs plaidoyers en ce qui concerne le jugement. Pas uniquement le jugement en terme judiciaire, mais le jugement en règle générale. Le jugement est présenté de façon très défavorable par le Christ. En fait, ce qu'Il explique, et le film en est une magnifique illustration, c'est toute la difficulté de juger. Est-ce que si tout le monde se comportait comme ce juré rebelle, le monde ne serait pas plus conforme aux enseignements du Christ ? Assurément !!! Le film nous présente toute les apparences de la culpabilité et nous montre qu'en creusant, qu'en cherchant avec honnêteté, à plusieurs, on peut parvenir à aller contre les apparences, dans l'établissement de la vérité. Et encore, la vérité est ici à prendre avec des pincettes. Il s'agit simplement de dire que la culpabilité est impossible à déclarer avec les pièces telles qu'elles sont. Cela signifie aussi que beaucoup de choses que croyons bonnes mais que nous ne connaissons pas en profondeur, sont en réalité mauvaises. L'eschatologie enseigne, qu'à la fin des temps, il y aura une telle inversion des valeurs, que l'on appellera bien mal et mal bien. Le Chrétien est celui qui sait prendre la distance avec son époque pour ne pas juger par réflexe. Ne sommes nous pas un peuple de prophètes ?
mardi 11 novembre 2014
Heat (Michael Mann - 1995)
Michael Mann est un grand réalisateur, au style très personnel. Spécialiste dans les polars urbains, il met en scène la cité moderne, et mélange fascination et répulsion pour ces grands ensembles inhumains que sont devenus nos mégapoles actuelles. Il essaie de trouver une beauté dans cette laideur, et cette beauté c'est celle de ses personnages. Dans Heat il a deux personnages de choix, portés par deux acteurs d'exception : Al Pacino et Robert de Niro. C'était l'occasion pour ce film de mettre en scène les deux acteurs dans deux grandes scènes : la rencontre puis la mort. En effet Pacino joue un flic, et de Niro un truand. L'un court après l'autre mais les deux sont finalement les mêmes, ils se fascinent réciproquement, se respectent.
Ce qui me permet de passer immédiatement à la théologie. Ces deux personnages en miroir sont un très point de départ pour comprendre ce qu'est la sainteté. La sainteté n'est pas une façon de faire le bien en ayant une sorte de répulsion magique contre le mal. Le saint est quelqu'un qui a réussi à canaliser une énergie formidable pour la mettre au service de Dieu. Le vrai saint n'est pas celui qui n'a aucun désir. Le saint est celui qui canalise son désir vers quelque chose de plus haut. Le saint a quelque chose à sublimer. Il n'est pas privé de désir, sinon il serait aussi privé de mérite. Jean nous apprend que Dieu vomit les tièdes (Ap 3:15-16). Ainsi le flic et le voyou sont interchangeables. Ils ont les mêmes méthodes, les mêmes attitudes, se reconnaissent.
Saül n'a pas pu être roi car il était dégoûté du péché. C'est bien mais pas suffisant. Il a été vomi de la royauté d'Israël. David a pu être le roi immense que l'on sait parce qu'il a sublimé en lui tout ce qui dégoûtait Saül. Le personnage interprété par de Niro a un appétit immense de liberté. Il tente le braquage de la banque parce qu'il pense que cet argent va être le sésame pour une belle vie avec la femme qu'il vient de rencontrer. Pour cela, il n'hésite pas à faire du mal. Il met toute son intelligence, tout son courage, toute son habilité vers ce but. Cette soif de liberté à cette intensité là, elle est la condition sine qua none de la sainteté. Cela pourra paraître très paradoxal, mais nos prisons sont pleines de saints potentiels.
Du strict point de vue cinématographique, l'histoire est très intéressante, c'est un très bon polar, et la scène du braquage est vraiment - vraiment - impressionnante. Et le dialogue entre les deux acteurs, dans la fameuse scène du café est aussi un monument du cinéma, que tout cinéphile se devra d'avoir vu. Les deux monstres sacrés avaient joué ensemble dans le Parrain II, mais par définition, n'avaient pas pu avoir de scène ensemble, puisque de Niro jouait le rôle du père de Pacino (interprété par Marlon Brando dans le premier épisode), mais jeune.
Michael Mann est un grand réalisateur, au style très personnel. Spécialiste dans les polars urbains, il met en scène la cité moderne, et mélange fascination et répulsion pour ces grands ensembles inhumains que sont devenus nos mégapoles actuelles. Il essaie de trouver une beauté dans cette laideur, et cette beauté c'est celle de ses personnages. Dans Heat il a deux personnages de choix, portés par deux acteurs d'exception : Al Pacino et Robert de Niro. C'était l'occasion pour ce film de mettre en scène les deux acteurs dans deux grandes scènes : la rencontre puis la mort. En effet Pacino joue un flic, et de Niro un truand. L'un court après l'autre mais les deux sont finalement les mêmes, ils se fascinent réciproquement, se respectent.
Ce qui me permet de passer immédiatement à la théologie. Ces deux personnages en miroir sont un très point de départ pour comprendre ce qu'est la sainteté. La sainteté n'est pas une façon de faire le bien en ayant une sorte de répulsion magique contre le mal. Le saint est quelqu'un qui a réussi à canaliser une énergie formidable pour la mettre au service de Dieu. Le vrai saint n'est pas celui qui n'a aucun désir. Le saint est celui qui canalise son désir vers quelque chose de plus haut. Le saint a quelque chose à sublimer. Il n'est pas privé de désir, sinon il serait aussi privé de mérite. Jean nous apprend que Dieu vomit les tièdes (Ap 3:15-16). Ainsi le flic et le voyou sont interchangeables. Ils ont les mêmes méthodes, les mêmes attitudes, se reconnaissent.
Saül n'a pas pu être roi car il était dégoûté du péché. C'est bien mais pas suffisant. Il a été vomi de la royauté d'Israël. David a pu être le roi immense que l'on sait parce qu'il a sublimé en lui tout ce qui dégoûtait Saül. Le personnage interprété par de Niro a un appétit immense de liberté. Il tente le braquage de la banque parce qu'il pense que cet argent va être le sésame pour une belle vie avec la femme qu'il vient de rencontrer. Pour cela, il n'hésite pas à faire du mal. Il met toute son intelligence, tout son courage, toute son habilité vers ce but. Cette soif de liberté à cette intensité là, elle est la condition sine qua none de la sainteté. Cela pourra paraître très paradoxal, mais nos prisons sont pleines de saints potentiels.
Du strict point de vue cinématographique, l'histoire est très intéressante, c'est un très bon polar, et la scène du braquage est vraiment - vraiment - impressionnante. Et le dialogue entre les deux acteurs, dans la fameuse scène du café est aussi un monument du cinéma, que tout cinéphile se devra d'avoir vu. Les deux monstres sacrés avaient joué ensemble dans le Parrain II, mais par définition, n'avaient pas pu avoir de scène ensemble, puisque de Niro jouait le rôle du père de Pacino (interprété par Marlon Brando dans le premier épisode), mais jeune.
samedi 8 novembre 2014
The Lord of the Rings : The Fellowship of the Ring (Peter Jackson - 2001)
L'adaptation cinématographique d'un livre est toujours une grande épreuve, le plus souvent ponctuée par un échec. Ainsi le merveilleux Dune de Frank Herbert piètrement porté à l'écran par David Lynch. Ici, l'épreuve était d'autant plus grande, qu'il s'agissait d'un monument de la littérature fantastique mondiale, à savoir le Seigneur des anneaux. Son auteur, Tolkien, philologue de profession, avait réussi à créer un univers consistent, cohérent avec des langues, des races, des histoires, etc. L'adaptation est une parfaite réussite. Réussite d'autant plus grande, qu'elle est adaptation et non mise en image. C'est à dire que Jackson a pris des libertés avec Tolkien. Les puristes n'ont pas apprécié, mais ils peuvent toujours faire mieux... j'attends avec impatience de voir le résultat. Ce qui est intéressant avec cette distanciation d'avec l'oeuvre, est que plus Jackson est libre, meilleur est son film. Le premier des trois est le plus proche du livre, et le moins bon. C'est pourtant un film monumental, une incontestable réussite... c'est vous dire le niveau des deux autres !
Passons sans plus tarder à la théologie. Tolkien était un catholique convaincu, qui d'après ce que l'on sait a participé de ce renouveau catholique britannique dans l'orbite du cardinal Newman. Il était très très pratiquant et communiait très régulièrement. Grand ami de l'auteur du monde de Narnia, CS Lewis, il a partagé l'ambition de celui-ci : livrer une oeuvre chrétienne qui puisse être à la fois un divertissement et un message théologique de grande portée. Il a réussi les deux, mais je vais me concentrer exclusivement sur le deuxième point.
Ce premier opus de la trilogie met en scène la découverte de l'anneau de pouvoir et du choix de le détruire. Ici, l'on voit une vision très chrétienne : on ne peut pas utiliser l'arme du mal contre le mal. Le mal ne peut que faire le mal et ne peut jamais faire le bien. Ici Tolkien prend à contre-pied une certaine culture anglo-saxonne moderne avec les vampires amicaux, les morts vivants cools, et les sorcières sympathiques. Tolkien, à l'unisson de la Bible dit non : le mal n'est que le mal, il doit être détruit. Le film montre bien la tentation que représente l'utilisation du mal au profit du bien : Gandalf, Aragorn, Galadriel sont tentés et résistent. Boromir est renversé par la tentation.
Les références bibliques sont nombreuses pour qui sait ouvrir l'oeil. Le lecteur de Tolkien aura aussi pu les retrouver. Elles sont évidentes dans le Silmarillion. Gandalf est un ange. Il est envoyé pour accompagner et aider l'humanité dans sa quête, et Saroumane autre ange, représente la partie des anges qui chute. Les hobbits, ces gens simples, tellement simples que l'anneau les tente moins que les autres, sont de petites tailles. Ce sont les petits qui vont sauver le monde. Je vous laisse méditer cette assertion toute chrétienne. Enfin les nains représentent les juifs : à part, des tribus perdues, vieille race, de relation difficile avec les autres... Tolkien a bien réussi sa métaphore. Il n'avait même pas besoin de les mettre dans la Moria, nous avions compris sans cela (Moria est la montagne de Jérusalem).
Je réserve d'autres analyses théologiques dans les deux autres opus...
L'adaptation cinématographique d'un livre est toujours une grande épreuve, le plus souvent ponctuée par un échec. Ainsi le merveilleux Dune de Frank Herbert piètrement porté à l'écran par David Lynch. Ici, l'épreuve était d'autant plus grande, qu'il s'agissait d'un monument de la littérature fantastique mondiale, à savoir le Seigneur des anneaux. Son auteur, Tolkien, philologue de profession, avait réussi à créer un univers consistent, cohérent avec des langues, des races, des histoires, etc. L'adaptation est une parfaite réussite. Réussite d'autant plus grande, qu'elle est adaptation et non mise en image. C'est à dire que Jackson a pris des libertés avec Tolkien. Les puristes n'ont pas apprécié, mais ils peuvent toujours faire mieux... j'attends avec impatience de voir le résultat. Ce qui est intéressant avec cette distanciation d'avec l'oeuvre, est que plus Jackson est libre, meilleur est son film. Le premier des trois est le plus proche du livre, et le moins bon. C'est pourtant un film monumental, une incontestable réussite... c'est vous dire le niveau des deux autres !
Passons sans plus tarder à la théologie. Tolkien était un catholique convaincu, qui d'après ce que l'on sait a participé de ce renouveau catholique britannique dans l'orbite du cardinal Newman. Il était très très pratiquant et communiait très régulièrement. Grand ami de l'auteur du monde de Narnia, CS Lewis, il a partagé l'ambition de celui-ci : livrer une oeuvre chrétienne qui puisse être à la fois un divertissement et un message théologique de grande portée. Il a réussi les deux, mais je vais me concentrer exclusivement sur le deuxième point.
Ce premier opus de la trilogie met en scène la découverte de l'anneau de pouvoir et du choix de le détruire. Ici, l'on voit une vision très chrétienne : on ne peut pas utiliser l'arme du mal contre le mal. Le mal ne peut que faire le mal et ne peut jamais faire le bien. Ici Tolkien prend à contre-pied une certaine culture anglo-saxonne moderne avec les vampires amicaux, les morts vivants cools, et les sorcières sympathiques. Tolkien, à l'unisson de la Bible dit non : le mal n'est que le mal, il doit être détruit. Le film montre bien la tentation que représente l'utilisation du mal au profit du bien : Gandalf, Aragorn, Galadriel sont tentés et résistent. Boromir est renversé par la tentation.
Les références bibliques sont nombreuses pour qui sait ouvrir l'oeil. Le lecteur de Tolkien aura aussi pu les retrouver. Elles sont évidentes dans le Silmarillion. Gandalf est un ange. Il est envoyé pour accompagner et aider l'humanité dans sa quête, et Saroumane autre ange, représente la partie des anges qui chute. Les hobbits, ces gens simples, tellement simples que l'anneau les tente moins que les autres, sont de petites tailles. Ce sont les petits qui vont sauver le monde. Je vous laisse méditer cette assertion toute chrétienne. Enfin les nains représentent les juifs : à part, des tribus perdues, vieille race, de relation difficile avec les autres... Tolkien a bien réussi sa métaphore. Il n'avait même pas besoin de les mettre dans la Moria, nous avions compris sans cela (Moria est la montagne de Jérusalem).
Je réserve d'autres analyses théologiques dans les deux autres opus...
The prince of Egypt (1998)
Il n'y a pas ici à proprement parler d'analyse théologique possible sur ce dessin animé américain retraçant les épisodes bibliques liés à la vie de Moïse. En effet, le propos de ce blog, est de trouver les lectures théologiques conscientes ou inconscientes que posent les œuvres au spectateur. Hors ici, tout est ouvert et évident. Il n'y a pas de second degré, ou de subtilité, puisque le sujet en lui-même est biblique.
Ce n'est pas toute la vie de Moïse qui est décrite, mais principalement la partie qui va de sa naissance jusqu'à la sortie d'Égypte. L'ultime fin montre le donc de la Loi sur le Sinaï. Ce dessin animé est à voir pour plusieurs raisons.
Tout d'abord c'est une façon idéale d'amener du savoir biblique, religieux, théologique aux enfants, et pour les adultes en quête de savoir, un moyen simple et agréable de consolider son savoir vétéro-testamentaire. Ensuite, ce dessin animé est absolument remarquable. Bien que les choses inévitables y soient présentes, c'est toujours bien fait. Je pense ici particulièrement aux chansons, qui sont parfois pénibles aux oreilles adultes. La musique en elle-même est de très très bon niveau, puisque c'est le maître Hans Zimmer qui signe la bande originale.
La proximité de Moïse avec le système de pouvoir égyptien est bien montrée. La difficile séparation d'avec son frère qui deviendra Pharaon est bien abordée. Le traitement est subtil, et les adultes trouveront aussi de quoi se régaler au niveau simplement psychologique. Si je devais mettre un seul bémol, ce serait : trop court. Les plaies passent vite, trop vite. Le public visé explique cela, car les plaies sont très violentes dans l'absolu et pourraient choquer les enfants.
A noter une réalisation mêlant image de synthèse et dessin animé traditionnel d'une qualité impressionnante. L'ange exterminateur des premiers-nés, le buisson ardent et surtout la traversée de la mer rouge sont du grand spectacle.
A voir !!!
Il n'y a pas ici à proprement parler d'analyse théologique possible sur ce dessin animé américain retraçant les épisodes bibliques liés à la vie de Moïse. En effet, le propos de ce blog, est de trouver les lectures théologiques conscientes ou inconscientes que posent les œuvres au spectateur. Hors ici, tout est ouvert et évident. Il n'y a pas de second degré, ou de subtilité, puisque le sujet en lui-même est biblique.
Ce n'est pas toute la vie de Moïse qui est décrite, mais principalement la partie qui va de sa naissance jusqu'à la sortie d'Égypte. L'ultime fin montre le donc de la Loi sur le Sinaï. Ce dessin animé est à voir pour plusieurs raisons.
Tout d'abord c'est une façon idéale d'amener du savoir biblique, religieux, théologique aux enfants, et pour les adultes en quête de savoir, un moyen simple et agréable de consolider son savoir vétéro-testamentaire. Ensuite, ce dessin animé est absolument remarquable. Bien que les choses inévitables y soient présentes, c'est toujours bien fait. Je pense ici particulièrement aux chansons, qui sont parfois pénibles aux oreilles adultes. La musique en elle-même est de très très bon niveau, puisque c'est le maître Hans Zimmer qui signe la bande originale.
La proximité de Moïse avec le système de pouvoir égyptien est bien montrée. La difficile séparation d'avec son frère qui deviendra Pharaon est bien abordée. Le traitement est subtil, et les adultes trouveront aussi de quoi se régaler au niveau simplement psychologique. Si je devais mettre un seul bémol, ce serait : trop court. Les plaies passent vite, trop vite. Le public visé explique cela, car les plaies sont très violentes dans l'absolu et pourraient choquer les enfants.
A noter une réalisation mêlant image de synthèse et dessin animé traditionnel d'une qualité impressionnante. L'ange exterminateur des premiers-nés, le buisson ardent et surtout la traversée de la mer rouge sont du grand spectacle.
A voir !!!
samedi 25 octobre 2014
2001 A space odissey (Stanley Kubrick - 1968)
en rédigeant cette critique, je suis conscient de m'attaquer à un monument. Ce qu'on a fait de mieux en science-fiction, et peut-être de mieux au cinéma tout court. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai vu le film. Au début, c'était pour comprendre cette fin énigmatique. J'ai lu le livre, ce qui m'a conforté sur ma compréhension. Et puis il y a toujours le doute de se dire que Kubrick a voulu dire autre chose que Clarke, bien qu'ils aient collaborés ensemble dans l'écriture du film.
L'oeuvre littéraire de Clarke tourne autour d'un seul thème : la rencontre entre l'homme et l'extra-terrestre. Cela en fait une sorte d'anti Asimov dans la science-fiction, puisque Asimov ne base jamais rien sur les extra-terrestre mais tout sur l'humain face à la technologie, personnifiée par les robots. La technologie n'est pas absente chez Clarke, HAL étant un élément central du livre et du film.
Inutile de faire une critique purement factuelle du film, il vous suffira de googler pour voir de très très bonnes critiques en anglais ou en français. Passons directement à une analyse théologique. C'est une oeuvre à trois personnages : l'homme, la machine et le monolithe. Le monolithe intervient, et est la cause de chaque changement dans l'odyssée humaine. Dans une conscience chrétienne, c'est Dieu qui guide cette odyssée, qui la veut, qui l'accompagne et qui la dirige bien que l'homme soit libre. Le monolithe, c'est Dieu. Il apparaît cinq fois dans le film. La première est le tout début du film. Ecran noir pendant plusieurs minutes avec le requiem de Ligeti. Cette musique, celle des morts, accompagne le monolithe tout au long du film. C'est le moment de la création du monde. Deuxième moment, celui de la création de l'homme : le monolithe élit le singe et l'introduit à la notion d'outil. La Bible montre Dieu promettant la suprématie de l'homme sur le monde, et le film montre la réalisation de cette promesse, les moyens. L'utilisation de cet outil va lui permettre au fur et à mesure des progrès d'aboutir dans l'espace. Le passage dans le livre est saisissant. Kubrick le résume génialement : le singe propulse l'os et le fondu enchaîné montre un vaisseau spatial en apesanteur. En 10 secondes Kubrick nous montre, que le jour où le premier proto-homme a pris un os pour en faire un outil, cela nous a conduit mécaniquement, des siècles et siècles plus tard à la conquête spatiale. De façon inévitable... Troisième monolithe sur la lune. Il attendait que l'homme aboutisse à ce degré de progrès pour lui montrer l'étape suivante. Un point près de la planète Jupiter. Quatrième monolithe donc près de Jupiter puis le dernier monolithe, le cinquième, dans la chambre ou Dave meurt et devient une sorte d'enfant céleste.
Lorsque l'homme avait découvert l'outil et allait devenir l'espèce dominante sur terre, il avait scellé son destin immédiatement en tuant un autre homme. On retrouve ici des thèmes bibliques structurant : la chute, le meurtre du frère. L'ordinateur HAL (décalage sur IBM d'une lettre) est l'aboutissement de cette étape qui doit être dépassée, accomplie, abandonnée, surpassée : l'ère technologique. Dans l'histoire, HAL envient à conclure que le meilleur moyen d'accomplir sa mission est de tuer tout l'équipage, ce qui donne lieu à une scène absolument grandiose : Dave seul dans sa petite capsule dans l'espace, qui demande à HAL de lui ouvrir la porte pour qu'il puisse entrer dans le vaisseau, et HAL refuse. Je ne crois pas avoir jamais vu dans un film plus grande évocation de la solitude tragique de l'homme, et Kubrick nous indique que la technologie, la machine, la science y concourent parfaitement. La prochaine étape de l'humanité démarre donc lorsque Dave débranche HAL.
Il y a du théologique encore plus puissant dans le film : le voyage dans le monolithe jusque la chambre de la fin nous montre une sorte de voyage à une vitesse vertigineuse au travers de l'espace où la lumière est au départ verticale, puis devient horizontale. Ces deux dimensions, réunies sur la Croix, doivent être traversées pour aller au terme de ce voyage. Ce sont l'immanence et la transcendance. Difficile à concilier en nous et dans le monde. Nous avons besoin de prêtres et de travailleurs. Nous devons être un peu des deux pour aller au bout du voyage.
Kubrick a peut-être associé le monolithe à un écran de cinéma. Depuis que le Christ s'est incarné, l'icône est devenu un véritable objet théologique, support orthodoxe de la vénération. La personne du Christ est représentable, et l'icône va défier les lois de la représentation mathématique pour faire entrevoir les lois de l'autre monde. Le monolithe chez Kubrick semble être aussi ce qui permet de franchir les étapes de la compréhension, ce qui rejoint un concept théologique chrétien : c'est Dieu qui est à l'initiative. Il attend la réponse de l'homme, mais fait toujours le premier pas. Face à l'icône, deux attitudes possibles : la prière ou l'incompréhension. Le monolithe est probablement l'icône de la volonté divine pour l'homme.
Le bébé céleste final est un des éléments les plus déroutants au départ. Si vous prêtez attention au voyage cosmique final vous verrez un moment qui ressemble fort à un spermatozoïde allant vers un ovule, et vous verrez ensuite ce qui ressemble à une sorte de fœtus. Ce voyage est naissance.Quel est cet enfant ? l'humanité future. Kubrick ne montre pas l'espace comme le futur de l'humanité, puisque l'enfant revient sur terre. Il nous montre que l'espace n'est pas notre destination. La folie humaine d'aller conquérir l'espace est une voie sans issue, mais un passage nécessaire, un échec expérience pour revenir aux fondamentaux d'un monde en gestation. La séquence : mort de Dave, renaissance et illumination n'est plus du domaine de la science-fiction. On est dans le domaine religieux. Le monde futur est véritablement religieux. Sera-t-il parfait ? Difficile à dire, mais l'histoire montre que l'ordinateur est devenu fou à cause de son incapacité à être infaillible tout en devant cacher des choses. Destiné à être parfait et mis dans une situation de mensonge il devient homicide.
La mort est au centre de cette évolution : meurtre du proto-homme, meurtre de l'équipage par la machine, mort de la machine, mort de Dave, tout avance par la mort. Il y a ici une intuition qui rejoint les fondements de la théologie chrétienne : c'est par Sa mort que le Christ a vaincu la mort. C'est pour cela que ce monde sans technologie ne sera jamais véritablement parfait, car seule la parousie pourra amener cette véritable vie en Dieu. Kubrick avait invité les gens à interprété son film. C'est un exercice spirituel captivant pour le chrétien. Au delà du jeu à énigme métaphysique, on peut voir que tout grand artiste, qu'il le veuille ou non, est traversé par ces énergies divines incréées, et ne peut au final pas évoquer autre chose que cette rencontre, en Christ, de l'homme et de Dieu.
en rédigeant cette critique, je suis conscient de m'attaquer à un monument. Ce qu'on a fait de mieux en science-fiction, et peut-être de mieux au cinéma tout court. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai vu le film. Au début, c'était pour comprendre cette fin énigmatique. J'ai lu le livre, ce qui m'a conforté sur ma compréhension. Et puis il y a toujours le doute de se dire que Kubrick a voulu dire autre chose que Clarke, bien qu'ils aient collaborés ensemble dans l'écriture du film.
L'oeuvre littéraire de Clarke tourne autour d'un seul thème : la rencontre entre l'homme et l'extra-terrestre. Cela en fait une sorte d'anti Asimov dans la science-fiction, puisque Asimov ne base jamais rien sur les extra-terrestre mais tout sur l'humain face à la technologie, personnifiée par les robots. La technologie n'est pas absente chez Clarke, HAL étant un élément central du livre et du film.
Inutile de faire une critique purement factuelle du film, il vous suffira de googler pour voir de très très bonnes critiques en anglais ou en français. Passons directement à une analyse théologique. C'est une oeuvre à trois personnages : l'homme, la machine et le monolithe. Le monolithe intervient, et est la cause de chaque changement dans l'odyssée humaine. Dans une conscience chrétienne, c'est Dieu qui guide cette odyssée, qui la veut, qui l'accompagne et qui la dirige bien que l'homme soit libre. Le monolithe, c'est Dieu. Il apparaît cinq fois dans le film. La première est le tout début du film. Ecran noir pendant plusieurs minutes avec le requiem de Ligeti. Cette musique, celle des morts, accompagne le monolithe tout au long du film. C'est le moment de la création du monde. Deuxième moment, celui de la création de l'homme : le monolithe élit le singe et l'introduit à la notion d'outil. La Bible montre Dieu promettant la suprématie de l'homme sur le monde, et le film montre la réalisation de cette promesse, les moyens. L'utilisation de cet outil va lui permettre au fur et à mesure des progrès d'aboutir dans l'espace. Le passage dans le livre est saisissant. Kubrick le résume génialement : le singe propulse l'os et le fondu enchaîné montre un vaisseau spatial en apesanteur. En 10 secondes Kubrick nous montre, que le jour où le premier proto-homme a pris un os pour en faire un outil, cela nous a conduit mécaniquement, des siècles et siècles plus tard à la conquête spatiale. De façon inévitable... Troisième monolithe sur la lune. Il attendait que l'homme aboutisse à ce degré de progrès pour lui montrer l'étape suivante. Un point près de la planète Jupiter. Quatrième monolithe donc près de Jupiter puis le dernier monolithe, le cinquième, dans la chambre ou Dave meurt et devient une sorte d'enfant céleste.
Lorsque l'homme avait découvert l'outil et allait devenir l'espèce dominante sur terre, il avait scellé son destin immédiatement en tuant un autre homme. On retrouve ici des thèmes bibliques structurant : la chute, le meurtre du frère. L'ordinateur HAL (décalage sur IBM d'une lettre) est l'aboutissement de cette étape qui doit être dépassée, accomplie, abandonnée, surpassée : l'ère technologique. Dans l'histoire, HAL envient à conclure que le meilleur moyen d'accomplir sa mission est de tuer tout l'équipage, ce qui donne lieu à une scène absolument grandiose : Dave seul dans sa petite capsule dans l'espace, qui demande à HAL de lui ouvrir la porte pour qu'il puisse entrer dans le vaisseau, et HAL refuse. Je ne crois pas avoir jamais vu dans un film plus grande évocation de la solitude tragique de l'homme, et Kubrick nous indique que la technologie, la machine, la science y concourent parfaitement. La prochaine étape de l'humanité démarre donc lorsque Dave débranche HAL.
Il y a du théologique encore plus puissant dans le film : le voyage dans le monolithe jusque la chambre de la fin nous montre une sorte de voyage à une vitesse vertigineuse au travers de l'espace où la lumière est au départ verticale, puis devient horizontale. Ces deux dimensions, réunies sur la Croix, doivent être traversées pour aller au terme de ce voyage. Ce sont l'immanence et la transcendance. Difficile à concilier en nous et dans le monde. Nous avons besoin de prêtres et de travailleurs. Nous devons être un peu des deux pour aller au bout du voyage.
Kubrick a peut-être associé le monolithe à un écran de cinéma. Depuis que le Christ s'est incarné, l'icône est devenu un véritable objet théologique, support orthodoxe de la vénération. La personne du Christ est représentable, et l'icône va défier les lois de la représentation mathématique pour faire entrevoir les lois de l'autre monde. Le monolithe chez Kubrick semble être aussi ce qui permet de franchir les étapes de la compréhension, ce qui rejoint un concept théologique chrétien : c'est Dieu qui est à l'initiative. Il attend la réponse de l'homme, mais fait toujours le premier pas. Face à l'icône, deux attitudes possibles : la prière ou l'incompréhension. Le monolithe est probablement l'icône de la volonté divine pour l'homme.
Le bébé céleste final est un des éléments les plus déroutants au départ. Si vous prêtez attention au voyage cosmique final vous verrez un moment qui ressemble fort à un spermatozoïde allant vers un ovule, et vous verrez ensuite ce qui ressemble à une sorte de fœtus. Ce voyage est naissance.Quel est cet enfant ? l'humanité future. Kubrick ne montre pas l'espace comme le futur de l'humanité, puisque l'enfant revient sur terre. Il nous montre que l'espace n'est pas notre destination. La folie humaine d'aller conquérir l'espace est une voie sans issue, mais un passage nécessaire, un échec expérience pour revenir aux fondamentaux d'un monde en gestation. La séquence : mort de Dave, renaissance et illumination n'est plus du domaine de la science-fiction. On est dans le domaine religieux. Le monde futur est véritablement religieux. Sera-t-il parfait ? Difficile à dire, mais l'histoire montre que l'ordinateur est devenu fou à cause de son incapacité à être infaillible tout en devant cacher des choses. Destiné à être parfait et mis dans une situation de mensonge il devient homicide.
La mort est au centre de cette évolution : meurtre du proto-homme, meurtre de l'équipage par la machine, mort de la machine, mort de Dave, tout avance par la mort. Il y a ici une intuition qui rejoint les fondements de la théologie chrétienne : c'est par Sa mort que le Christ a vaincu la mort. C'est pour cela que ce monde sans technologie ne sera jamais véritablement parfait, car seule la parousie pourra amener cette véritable vie en Dieu. Kubrick avait invité les gens à interprété son film. C'est un exercice spirituel captivant pour le chrétien. Au delà du jeu à énigme métaphysique, on peut voir que tout grand artiste, qu'il le veuille ou non, est traversé par ces énergies divines incréées, et ne peut au final pas évoquer autre chose que cette rencontre, en Christ, de l'homme et de Dieu.
lundi 6 octobre 2014
X-Files (saison 1 - 1993 Chris Carter)
le premier thème théologique est abordé dans le second épisode de la saison 1 : gorge profonde, allusion facile à la célèbre affaire du watergate. Suite aux obstructions de service gouvernementaux dans leur enquête, les deux héros ont le dialogue suivant :
Scully : the government has the right and the responsability to protect its secrets ! (le gouvernement a le droit et la responsabilité de protéger ses secrets !)
Mulder : Yes, but at what cost ? (Oui, mais à quel prix ?). when the human cost becomes to high for the building of a better machine... (quand le prix humain est-il trop élevé pour la construction d'une meilleure machine ?)
S : these are questions we have no business asking (ces questions ne nous regardent pas)
Ici est abordé un des thèmes majeurs de la philosophie politique, dans l'opposition entre l'individu et l'état. L'état ayant la prétention de représenter le collectif, il semble que cet affrontement soit celui de l'individu face à la société. C'est la position de Scully, qui accepte de renoncer à sa capacité de savoir par rapport à la notion d'état, car pense-t-elle, d'une certaine façon, l'état défend son intérêt à elle. Comme souvent dans la série, c'est Mulder qui a raison : de quel droit l'état fixe-t-il ce qui est permis ou pas ? par rapport à la constitution ? Avez-vous voté pour la constitution ? Les travaux d'étienne Chouard le montrent, et chaque chrétien devrait parfaire sa culture antique sur ce point : nous ne sommes pas en démocratie puisqu'il y a élection. La démocratie suppose le tirage au sort. Ceci a fonctionné à Athènes, pendant 250 ans. Cela vaut qu'on s'y intéresse. Théologiquement la seule harmonie possible entre l'individu et le collectif est l'Église, car l'individu est hypostase, c'est à dire personne en relation. Le politique doit être un auxiliaire de cette construction. Si il s'y oppose, le chrétien doit prier pour son remplacement... Le chrétien est révolutionnaire dans l'âme. Ce n'est pas une religion de tièdes. Vous savez ce que Dieu fait des tièdes ?
Le second thème théologique, est abordé dans l'épisode 4, l'enlèvement, qui voit une scène très intéressante avec la mère d'une jeune femme enlevée par un OVNI. Elle même a assisté dans sa jeunesse a des phénomènes liés aux OVNIs. Et elle dit à Scully qui l'interroge : "you know, I've told the story so many times now, to the newpapers, the police, and everytime people... get this look in their eyes, just like the look that you got right now" (vous savez, j'ai raconté cette histoire tellement de fois, aux journaux, à la police, et à chaque fois les gens, ont ce regard dans les yeux, le même regard que celui que vous avez en ce moment). Il s'agit ici de l'accueil de l'histoire de l'autre, de sa souffrance, de sa vision du monde, de sa vérité. Peu importe ici, que ce soit vrai ou pas. Imaginons même que nous parlions à un fou. Comment gérer cette relation si particulière ? Il faut accompagner le fou dans sa folie pour le ramener dans la normalité. Ne pas mettre de mur. Et surtout, rester ouvert à ce qui peut paraître un peu dingue. Être chrétien, c'est être ouvert à l'incroyable. Mais la foi n'est pas aveugle. Elle doit être challengée. Nous avons la seule dogmatique qui soit rationnellement démontrable.
le premier thème théologique est abordé dans le second épisode de la saison 1 : gorge profonde, allusion facile à la célèbre affaire du watergate. Suite aux obstructions de service gouvernementaux dans leur enquête, les deux héros ont le dialogue suivant :
Scully : the government has the right and the responsability to protect its secrets ! (le gouvernement a le droit et la responsabilité de protéger ses secrets !)
Mulder : Yes, but at what cost ? (Oui, mais à quel prix ?). when the human cost becomes to high for the building of a better machine... (quand le prix humain est-il trop élevé pour la construction d'une meilleure machine ?)
S : these are questions we have no business asking (ces questions ne nous regardent pas)
Ici est abordé un des thèmes majeurs de la philosophie politique, dans l'opposition entre l'individu et l'état. L'état ayant la prétention de représenter le collectif, il semble que cet affrontement soit celui de l'individu face à la société. C'est la position de Scully, qui accepte de renoncer à sa capacité de savoir par rapport à la notion d'état, car pense-t-elle, d'une certaine façon, l'état défend son intérêt à elle. Comme souvent dans la série, c'est Mulder qui a raison : de quel droit l'état fixe-t-il ce qui est permis ou pas ? par rapport à la constitution ? Avez-vous voté pour la constitution ? Les travaux d'étienne Chouard le montrent, et chaque chrétien devrait parfaire sa culture antique sur ce point : nous ne sommes pas en démocratie puisqu'il y a élection. La démocratie suppose le tirage au sort. Ceci a fonctionné à Athènes, pendant 250 ans. Cela vaut qu'on s'y intéresse. Théologiquement la seule harmonie possible entre l'individu et le collectif est l'Église, car l'individu est hypostase, c'est à dire personne en relation. Le politique doit être un auxiliaire de cette construction. Si il s'y oppose, le chrétien doit prier pour son remplacement... Le chrétien est révolutionnaire dans l'âme. Ce n'est pas une religion de tièdes. Vous savez ce que Dieu fait des tièdes ?
Le second thème théologique, est abordé dans l'épisode 4, l'enlèvement, qui voit une scène très intéressante avec la mère d'une jeune femme enlevée par un OVNI. Elle même a assisté dans sa jeunesse a des phénomènes liés aux OVNIs. Et elle dit à Scully qui l'interroge : "you know, I've told the story so many times now, to the newpapers, the police, and everytime people... get this look in their eyes, just like the look that you got right now" (vous savez, j'ai raconté cette histoire tellement de fois, aux journaux, à la police, et à chaque fois les gens, ont ce regard dans les yeux, le même regard que celui que vous avez en ce moment). Il s'agit ici de l'accueil de l'histoire de l'autre, de sa souffrance, de sa vision du monde, de sa vérité. Peu importe ici, que ce soit vrai ou pas. Imaginons même que nous parlions à un fou. Comment gérer cette relation si particulière ? Il faut accompagner le fou dans sa folie pour le ramener dans la normalité. Ne pas mettre de mur. Et surtout, rester ouvert à ce qui peut paraître un peu dingue. Être chrétien, c'est être ouvert à l'incroyable. Mais la foi n'est pas aveugle. Elle doit être challengée. Nous avons la seule dogmatique qui soit rationnellement démontrable.
samedi 4 octobre 2014
Les uns et les autres (Claude Lelouch - 1981)
Il faudra apprécier Lelouch, la danse et le boléro de Ravel pour profiter pleinement de ce film. Je ne suis pas un grand fan de la danse, mais pour ce grand film, je sais faire exception. L'histoire met en scène de multiples personnages, entre la seconde guerre mondiale et la date de sa réalisation. Ces personnages font des choix, puis les générations passent, et ils reviennent, le plus souvent comme leurs descendants, dans de nouvelles situations, tissant de nouvelles rencontres, jusqu'à la rencontre finale où tout prend sens. La musique et la danse revêtent une grande importance, et pas uniquement comme illustration sonore d'une époque comme cela peut l'être souvent chez Scorcese par exemple, mais vraiment pour illustrer le tourbillon de la vie, sa logique, et sa beauté.
Lelouch, réalisateur prolifique, signe ici un de ces meilleurs films, surtout à cause de la fin extraordinaire, sur le boléro, qui va réunir tous les acteurs du film dans un tourbillon final, sorte d'apothéose résolution, comme si tout avait été prévu pour cet instant là. Les quelques scènes où il laisse libre court à ses acteurs sont également très réussies. On ne saurait dire s'il s'agit d'improvisation ou d'écriture extrêmement millimétrée, mais il y a des moments d'une grande vérité (la scène de l'ivresse de Villeret est une merveille par exemple).
Le théologien pourra être sensible à des notions : la liturgie et la réincarnation. Lelouch, réalisateur juif, mais qui n'est pas centré exclusivement sur sa communauté, comme peut l'être parfois un Arcady, touche du doigt la notion de réincarnation, car il semble nous dire que les mêmes personnes reviennent sans cesse, jusqu'à ce boléro. Hors, Saint Paul nous enseigne qu'il n'y a pas de réincarnation, dans l'épître aux Hébreux (on voit qu'il s'agit justement d'une croyance juive ancienne contre laquelle il voulait enseigner ses compatriotes). Dont acte. Mais il est orthodoxe néanmoins de dire, que les enfants ont la possibilité, la potentialité de résoudre les problèmes laissés en l'état par leurs ascendants. Ainsi le Christ qui résout tous les péchés de part son humanité et la Théotokos qui résout ce qui avait été fait par Eve. Chacun, nous avons la possibilité, de résoudre des situations antérieures non réglées. Nous pouvons remettre les péchés. Pour cela, comme dans une démarche de confession, il faut les identifier, puis il faut les détruire, par le pardon. C'est un peu ce que vont faire tous les personnages ici, qui vont se réunir pour une cause humanitaire, qui est dans la logique de Lelouch (consciente ou non) une sorte de façon de remettre les péchés. Laissons de côté le fait que ces grandes organisations internationales sous drapeau onusien soient bien autre chose que ce qu'elles prétendre, et restons dans le théologique.
Le deuxième aspect important est la liturgie. La divine liturgie, le moment eucharistique en Église est le sommet absolu de la vie humaine. Aucune autre activité ne peut ne serait-ce qu'approcher ce qu'est la liturgie. C'est le moment où tout devient clair, évident, prend sens. C'est pour la liturgie qu'est fait le monde. La semaine n'a de sens que dans l'approche liturgique. La grandiose scène finale, d'une certaine façon nous amène à ce genre de dynamique. Tout le film converge vers cet instant, comme toute la vie du chrétien converge vers la divine liturgie. C'est le moment de la beauté. C'est le moment de la vérité. Chacun y a sa place. Même ce chef d'orchestre au passé sulfureux a sa place. Dieu veut tout le monde dans son banquet eucharistique. Notre tâche à nous autres chrétiens maintenant est de travailler la beauté de notre liturgie. Que les artistes qui la voient se disent que toute la dramaturgie du monde est concentrée ici, et qu'aucune pièce ne peut l'approcher. Que les philosophes se disent en les voyant, qu'ici sont manipulés les vrais concepts éternels qui ont sens dans la vie des hommes. Que chaque homme se dise en la voyant que ceci est un moment où le voile mondain se déchire pour accéder à l'autre côté...
Il faudra apprécier Lelouch, la danse et le boléro de Ravel pour profiter pleinement de ce film. Je ne suis pas un grand fan de la danse, mais pour ce grand film, je sais faire exception. L'histoire met en scène de multiples personnages, entre la seconde guerre mondiale et la date de sa réalisation. Ces personnages font des choix, puis les générations passent, et ils reviennent, le plus souvent comme leurs descendants, dans de nouvelles situations, tissant de nouvelles rencontres, jusqu'à la rencontre finale où tout prend sens. La musique et la danse revêtent une grande importance, et pas uniquement comme illustration sonore d'une époque comme cela peut l'être souvent chez Scorcese par exemple, mais vraiment pour illustrer le tourbillon de la vie, sa logique, et sa beauté.
Lelouch, réalisateur prolifique, signe ici un de ces meilleurs films, surtout à cause de la fin extraordinaire, sur le boléro, qui va réunir tous les acteurs du film dans un tourbillon final, sorte d'apothéose résolution, comme si tout avait été prévu pour cet instant là. Les quelques scènes où il laisse libre court à ses acteurs sont également très réussies. On ne saurait dire s'il s'agit d'improvisation ou d'écriture extrêmement millimétrée, mais il y a des moments d'une grande vérité (la scène de l'ivresse de Villeret est une merveille par exemple).
Le théologien pourra être sensible à des notions : la liturgie et la réincarnation. Lelouch, réalisateur juif, mais qui n'est pas centré exclusivement sur sa communauté, comme peut l'être parfois un Arcady, touche du doigt la notion de réincarnation, car il semble nous dire que les mêmes personnes reviennent sans cesse, jusqu'à ce boléro. Hors, Saint Paul nous enseigne qu'il n'y a pas de réincarnation, dans l'épître aux Hébreux (on voit qu'il s'agit justement d'une croyance juive ancienne contre laquelle il voulait enseigner ses compatriotes). Dont acte. Mais il est orthodoxe néanmoins de dire, que les enfants ont la possibilité, la potentialité de résoudre les problèmes laissés en l'état par leurs ascendants. Ainsi le Christ qui résout tous les péchés de part son humanité et la Théotokos qui résout ce qui avait été fait par Eve. Chacun, nous avons la possibilité, de résoudre des situations antérieures non réglées. Nous pouvons remettre les péchés. Pour cela, comme dans une démarche de confession, il faut les identifier, puis il faut les détruire, par le pardon. C'est un peu ce que vont faire tous les personnages ici, qui vont se réunir pour une cause humanitaire, qui est dans la logique de Lelouch (consciente ou non) une sorte de façon de remettre les péchés. Laissons de côté le fait que ces grandes organisations internationales sous drapeau onusien soient bien autre chose que ce qu'elles prétendre, et restons dans le théologique.
Le deuxième aspect important est la liturgie. La divine liturgie, le moment eucharistique en Église est le sommet absolu de la vie humaine. Aucune autre activité ne peut ne serait-ce qu'approcher ce qu'est la liturgie. C'est le moment où tout devient clair, évident, prend sens. C'est pour la liturgie qu'est fait le monde. La semaine n'a de sens que dans l'approche liturgique. La grandiose scène finale, d'une certaine façon nous amène à ce genre de dynamique. Tout le film converge vers cet instant, comme toute la vie du chrétien converge vers la divine liturgie. C'est le moment de la beauté. C'est le moment de la vérité. Chacun y a sa place. Même ce chef d'orchestre au passé sulfureux a sa place. Dieu veut tout le monde dans son banquet eucharistique. Notre tâche à nous autres chrétiens maintenant est de travailler la beauté de notre liturgie. Que les artistes qui la voient se disent que toute la dramaturgie du monde est concentrée ici, et qu'aucune pièce ne peut l'approcher. Que les philosophes se disent en les voyant, qu'ici sont manipulés les vrais concepts éternels qui ont sens dans la vie des hommes. Que chaque homme se dise en la voyant que ceci est un moment où le voile mondain se déchire pour accéder à l'autre côté...
mercredi 1 octobre 2014
Titanic (James Cameron - 1997)
Inutile de présenter le célébrissime vainqueur de 11 oscars qui met en scène une histoire d'amour intense et tragique qui a lieu lors du terrible naufrage du Titanic, lors de sa première traversée entre l'Europe et l'Amérique. Le film est indéniablement un spectacle grandiose. Une grande partie de son succès est probablement aussi dû à l'histoire d'amour et pas uniquement à cette impressionnante débauche d'effets spéciaux.
Le film est très intéressant sous l'angle théologique sur trois points : l'attaque de la richesse, le comportement dans le désastre et enfin le caractère pascal de cet événement pour l'héroïne.
"je voyais toute ma vie comme si je l'avais déjà vécue, un défilé sans fin de fêtes et de cotillons, de yacht et de parties de polo. Toujours les mêmes gens mesquins, le même bavardage insignifiant. Je me sentais au bord d'un grand précipice. Sans personne pour me retenir, personne pour se soucier de moi, ou même me prêter attention." C'est ce que dit Rose, l'héroïne féminine avant de tenter de se suicider, moment de la rencontre avec le héros, Jack. Dans tout le film, à part une femme, mal considérée par les autres car nouvellement riche, et un homme, le constructeur du bateau, la classe dominante est montrée comme arrogante, stupide, sans cœur, vaniteuse, etc. Hormis les deux personnes mentionnées, cela est tellement brutal, en comparaison avec une classe laborieuse qui sait vivre correctement, s'amuser correctement, considérer l'autre correctement, que l'on frôle parfois la caricature, et le film est en passe de louper son attaque des riches. L'histoire réelle, pourtant, est un réquisitoire contre ces personnes : leur statut privilégié leur a donné un accès prioritaire aux canots de sauvetage insuffisamment nombreux, et un seul de ces canaux, conduit par un officier, est revenu en arrière pour sauver les gens de l'hypothermie dans les eaux glacées. Sur 1500 personnes tombées à l'eau, 6 seulement furent sauvées par l'unique canot qui partit à la recherche de survivants. Le ratio est très instructif. On comprend la chose suivante : la richesse est une épreuve terrible, qui ferme le cœur. Il faut relire l'Evangile de Luc, celui des pauvres et des petits, et relire Saint Jean Chrysostome, et ses féroces attaques contre les pauvres. Il y a chez les riches, une création artificielle d'une élection, une fausse relation à la providence. Tout ceci prendra fin face au trou d'une aiguille... l'attaque des riches est donc réussie, sur le fil du rasoir, une fois que tout est noué.Il n'y aura chez les gentlemans, aucun gentleman. Seule l'armée fera preuve de sens moral.
Le comportement dans le désastre est absolument fascinant : au tout début, alors qu'il faut se précipiter vers les canots, beaucoup ne réalisent pas. Le Titanic ne peut pas sombrer, ce n'est pas possible. La psychologie des personnages n'est pas romancée ici. Il s'agit des descriptions faites par les survivants. La scène la plus réussie sur ce point est celle du concepteur du navire, qui a compris que c'était sans issue, qui déambule au milieu de gens qui commandent à leur domestique de préparer un thé... Notre monde est le Titanic. Nous attendons une Parousie où tout va changer. En une fraction de seconde. Ceci, nul ne veut le réaliser, nul ne veut le croire. Même pour les croyants, c'est très dur à actualiser dans son existence.
Enfin, le caractère pascal peut paraître surprenant, mais songeons-y un instant. Et là, cela fait appel à l'inconscient du scénariste, car nous rentrons dans le fictionnel. Rose a une vie toute tracée, que beaucoup pourraient lui envier, mais où il manque juste de la vie. De la chaleur, de la vérité. Et la rencontre, pendant quelques heures, avec un homme qui va l'aimer et qui va mourir pour elle, la sauver de la mort, va transformer toute sa vie, sans retour arrière possible. Elle va tourner le dos à sa vie promise dans le luxe et le superficiel. Elle va vivre une vie plus simple mais plus vraie, et suprême renoncement, elle va mettre dans le somptueux bijou qui sert de trame à l'histoire, une valeur exclusivement morale et pas du tout financière. Rose, est l'archétype du chrétien qui rencontre le Christ. C'est assez évident quand on y recolle tous les morceaux du puzzle.
A noter des scènes très dures dans toute l'heure où se déroule le naufrage. Plus celui-ci avance, plus l'on voit des choses difficiles à supporter. Les gens se retrouvent devant des situations éthiques invraisemblables. Un officier se suicide d'ailleurs car les événements deviennent intolérables. Cameron n'hésite pas à amener des enfants, des vieillards. Il faut être préparé, sachant que cela s'est probablement passé de la sorte. Une mention spéciale pour l'orchestre : c'est une réalité historique, il joua jusqu'au bout. C'est un panache dans la mort qui est extraordinaire. La stupidité des constructeurs les ayant condamnés à mort, ils ont choisi de mourir de la sorte. Le scénariste leur prête la lucidité de penser qu'ils savaient pertinemment que nul n'écoutait. Le prêtre qui tient les gens au dessus du vide en récitant le psautier, est très bien mis en scène : ce prêtre fut la chose la plus haute avant que le bateau ne sombre. Pas forcément le film idéal à voir en paroisse, de part sa longueur aussi, mais un spectacle, plus chrétien qu'il n'y parait.
Inutile de présenter le célébrissime vainqueur de 11 oscars qui met en scène une histoire d'amour intense et tragique qui a lieu lors du terrible naufrage du Titanic, lors de sa première traversée entre l'Europe et l'Amérique. Le film est indéniablement un spectacle grandiose. Une grande partie de son succès est probablement aussi dû à l'histoire d'amour et pas uniquement à cette impressionnante débauche d'effets spéciaux.
Le film est très intéressant sous l'angle théologique sur trois points : l'attaque de la richesse, le comportement dans le désastre et enfin le caractère pascal de cet événement pour l'héroïne.
"je voyais toute ma vie comme si je l'avais déjà vécue, un défilé sans fin de fêtes et de cotillons, de yacht et de parties de polo. Toujours les mêmes gens mesquins, le même bavardage insignifiant. Je me sentais au bord d'un grand précipice. Sans personne pour me retenir, personne pour se soucier de moi, ou même me prêter attention." C'est ce que dit Rose, l'héroïne féminine avant de tenter de se suicider, moment de la rencontre avec le héros, Jack. Dans tout le film, à part une femme, mal considérée par les autres car nouvellement riche, et un homme, le constructeur du bateau, la classe dominante est montrée comme arrogante, stupide, sans cœur, vaniteuse, etc. Hormis les deux personnes mentionnées, cela est tellement brutal, en comparaison avec une classe laborieuse qui sait vivre correctement, s'amuser correctement, considérer l'autre correctement, que l'on frôle parfois la caricature, et le film est en passe de louper son attaque des riches. L'histoire réelle, pourtant, est un réquisitoire contre ces personnes : leur statut privilégié leur a donné un accès prioritaire aux canots de sauvetage insuffisamment nombreux, et un seul de ces canaux, conduit par un officier, est revenu en arrière pour sauver les gens de l'hypothermie dans les eaux glacées. Sur 1500 personnes tombées à l'eau, 6 seulement furent sauvées par l'unique canot qui partit à la recherche de survivants. Le ratio est très instructif. On comprend la chose suivante : la richesse est une épreuve terrible, qui ferme le cœur. Il faut relire l'Evangile de Luc, celui des pauvres et des petits, et relire Saint Jean Chrysostome, et ses féroces attaques contre les pauvres. Il y a chez les riches, une création artificielle d'une élection, une fausse relation à la providence. Tout ceci prendra fin face au trou d'une aiguille... l'attaque des riches est donc réussie, sur le fil du rasoir, une fois que tout est noué.Il n'y aura chez les gentlemans, aucun gentleman. Seule l'armée fera preuve de sens moral.
Le comportement dans le désastre est absolument fascinant : au tout début, alors qu'il faut se précipiter vers les canots, beaucoup ne réalisent pas. Le Titanic ne peut pas sombrer, ce n'est pas possible. La psychologie des personnages n'est pas romancée ici. Il s'agit des descriptions faites par les survivants. La scène la plus réussie sur ce point est celle du concepteur du navire, qui a compris que c'était sans issue, qui déambule au milieu de gens qui commandent à leur domestique de préparer un thé... Notre monde est le Titanic. Nous attendons une Parousie où tout va changer. En une fraction de seconde. Ceci, nul ne veut le réaliser, nul ne veut le croire. Même pour les croyants, c'est très dur à actualiser dans son existence.
Enfin, le caractère pascal peut paraître surprenant, mais songeons-y un instant. Et là, cela fait appel à l'inconscient du scénariste, car nous rentrons dans le fictionnel. Rose a une vie toute tracée, que beaucoup pourraient lui envier, mais où il manque juste de la vie. De la chaleur, de la vérité. Et la rencontre, pendant quelques heures, avec un homme qui va l'aimer et qui va mourir pour elle, la sauver de la mort, va transformer toute sa vie, sans retour arrière possible. Elle va tourner le dos à sa vie promise dans le luxe et le superficiel. Elle va vivre une vie plus simple mais plus vraie, et suprême renoncement, elle va mettre dans le somptueux bijou qui sert de trame à l'histoire, une valeur exclusivement morale et pas du tout financière. Rose, est l'archétype du chrétien qui rencontre le Christ. C'est assez évident quand on y recolle tous les morceaux du puzzle.
A noter des scènes très dures dans toute l'heure où se déroule le naufrage. Plus celui-ci avance, plus l'on voit des choses difficiles à supporter. Les gens se retrouvent devant des situations éthiques invraisemblables. Un officier se suicide d'ailleurs car les événements deviennent intolérables. Cameron n'hésite pas à amener des enfants, des vieillards. Il faut être préparé, sachant que cela s'est probablement passé de la sorte. Une mention spéciale pour l'orchestre : c'est une réalité historique, il joua jusqu'au bout. C'est un panache dans la mort qui est extraordinaire. La stupidité des constructeurs les ayant condamnés à mort, ils ont choisi de mourir de la sorte. Le scénariste leur prête la lucidité de penser qu'ils savaient pertinemment que nul n'écoutait. Le prêtre qui tient les gens au dessus du vide en récitant le psautier, est très bien mis en scène : ce prêtre fut la chose la plus haute avant que le bateau ne sombre. Pas forcément le film idéal à voir en paroisse, de part sa longueur aussi, mais un spectacle, plus chrétien qu'il n'y parait.
dimanche 28 septembre 2014
Jodhaa Akbar (Ashutosh Gowariker - 2008)
Le nom vous l'indique peut-être, il s'agit d'un film indien. En soi, parler du cinéma indien est une indication de ce que sera ce blog, ou plutôt de ce qu'il ne sera pas : ce ne sera pas le lieu d'un type de cinéma, à savoir occidental. Le Christ s'est offert pour le monde, il est normal que la théologie du cinéma de l'ensemble du monde soit abordée. Le cinéma indien tient une place particulière dans l'industrie cinématographique : l'importance de sa production, et la place de la musique et de la danse dans les films. Sans que chaque film puisse être classé comme comédie musicale, il ne m'a pas été donné de voir (pour l'instant) un film où il n'y ait pas une chanson. C'est assez étonnant au départ, assez exotique, dépaysant, agaçant selon le degré de formatage occidental que vous avez. Comme toute industrie, Bollywood (ainsi se nomme l'équivalent indien d'Hollywood) produit des navets, mais elle produit aussi des œuvres remarquables. Ce film est remarquable du simple point de vue cinématographique, mais également du point de vue théologique; Une bonne raison pour l'évoquer, donc...
Il s'agit de l'histoire de la rencontre puis de l'amour entre l'empereur Moghol musulman Jalaluddin Mohammad et de la princesse Rajpoute hindoue Jodhaa Bai. L'empereur sera appelé akbar, ce qui donne le nom au film. Fresque historique grandiose de plus de 3h, où l'on ne s'ennuie pas un seul instant, où les décors sont absolument somptueux (visiblement tournés pour certains dans les lieux historiques, ce qui aide indiscutablement à la réussite finale). Tout est au rendez vous d'un bon moment de cinéma : les batailles, les trahisons, les retournements de l'histoire, les surprises, etc. Que ceux qui ne sont pas fans de l'approche musicale indienne se rassure, la partie chantée représente quelque chose de marginal, et de plutôt bien agencé dans l'histoire, ainsi le chant religieux hindou de Jodhaa qui retentit dans le palais au moment où les autorités religieuses musulmanes s'émeuvent de ce mariage mixte du point de vue religieux. Qu'on ne s'y trompe pas néanmoins, c'est une histoire d'amour, car c'est cela qui donne la trame au film.
Venons-en à la théologie : l’idylle entre un empereur musulman et une princesse hindoue concerne la théologie chrétienne, car tout concerne la théologie chrétienne. Mais surtout elle met en scène trois choses très fortes : premièrement une vision positive de l'Islam. Il est important de garder à l'esprit que Dieu a un plan pour l'Islam. Un tel phénomène historico-religieux n'a pas pu perdurer avec cette intensité sans l'aval de Dieu. Cela ne veut pas dire que l'Islam soit juste théologiquement. Cela veut dire que Dieu a permis l'Islam. Il faudra bien relire et méditer profondément tout ce qui concerne Ismaël dans la Bible pour bien comprendre l'Islam. Il faut absolument sortir des archétypes médiatiques violents. L'Islam en soi n'existe pas, il n'est que ce qu'en font les musulmans. Si tous étaient comme Jalaluddin, il aurait meilleure presse, c'est indéniable. Le film montre aussi des musulmans pointilleux. C'est très équilibré. Mais surtout on voit un empereur ayant un comportement que beaucoup de rois chrétiens n'ont pas eu. C'est peut être historiquement embelli, mais peu importe, c'est la théologie du film qui m'importe.
Deuxième chose très forte : la pratique hindoue en relation avec l'Islam. Tout comme nous, l'Islam est monothéiste et condamne l'adoration d'idoles. Hors on voit la princesse prier une statue d'un dieu, krishna en l’occurrence. Hors l'on voit bien que cette statue n'est pas ce qu'elle adore, mais bien le dieu qui est figuré par cette statue. Le souci n'est donc pas la statue, mais bien le fait d'adorer un autre dieu que Dieu. C'est cela qui heurte les responsables religieux qui font pression sur l'empereur pour empêcher cette union. Le film montre un empereur soucieux de pacifier la cohabitation et la coexistence des religions sur son empire. Il y parvient. Là où l’œcuménisme n'a pas d'intérêt sur le plan théologique car la vérité ne se discute pas, les rencontres religieuses sont précieuses pour adresser ce problème, qui ne peut être laissé à la médiocrité politique. Ce sujet est explosif, et nous voyons ici un exemple historique, dans un contexte au moins aussi compliqué que le notre, qui aboutit sur une réussite. Tirons-en les enseignements.
Enfin, troisième point, et grand étonnement lorsque j'ai vu cette scène, l'empereur, lorsqu'il doit décider s'il va épouser une princesse non musulmane va prier sur le tombeau d'un saint musulman et lui adresse sa prière pour qu'il l'adresse à Dieu. C'est une notion qui me semblait interdite en Islam. Si elle existe, elle révèle deux choses : le Christianisme authentique a bien plus influencé l'Islam qu'on ne le pensait, et le rejet de l'appel aux saints, est une dérive récente aussi bien dans le monde chrétien que dans le monde musulman. Cela pourrait être un des nombreux marqueurs fort d'un Christianisme authentique, et un point sur lequel, étrangement, les musulmans tels que l'empereur sont plus proche de la vérité (vous savez celle qui rend libre et qu'on ne doit donc pas négocier) que certains "chrétiens".
A voir sans réserve, pas forcément dans le cadre d'une paroisse, car trop éloigné du Christ et trop long, mais comme spectacle personnel; C'est tellement au dessus de la production américaine standard actuelle...
Le nom vous l'indique peut-être, il s'agit d'un film indien. En soi, parler du cinéma indien est une indication de ce que sera ce blog, ou plutôt de ce qu'il ne sera pas : ce ne sera pas le lieu d'un type de cinéma, à savoir occidental. Le Christ s'est offert pour le monde, il est normal que la théologie du cinéma de l'ensemble du monde soit abordée. Le cinéma indien tient une place particulière dans l'industrie cinématographique : l'importance de sa production, et la place de la musique et de la danse dans les films. Sans que chaque film puisse être classé comme comédie musicale, il ne m'a pas été donné de voir (pour l'instant) un film où il n'y ait pas une chanson. C'est assez étonnant au départ, assez exotique, dépaysant, agaçant selon le degré de formatage occidental que vous avez. Comme toute industrie, Bollywood (ainsi se nomme l'équivalent indien d'Hollywood) produit des navets, mais elle produit aussi des œuvres remarquables. Ce film est remarquable du simple point de vue cinématographique, mais également du point de vue théologique; Une bonne raison pour l'évoquer, donc...
Il s'agit de l'histoire de la rencontre puis de l'amour entre l'empereur Moghol musulman Jalaluddin Mohammad et de la princesse Rajpoute hindoue Jodhaa Bai. L'empereur sera appelé akbar, ce qui donne le nom au film. Fresque historique grandiose de plus de 3h, où l'on ne s'ennuie pas un seul instant, où les décors sont absolument somptueux (visiblement tournés pour certains dans les lieux historiques, ce qui aide indiscutablement à la réussite finale). Tout est au rendez vous d'un bon moment de cinéma : les batailles, les trahisons, les retournements de l'histoire, les surprises, etc. Que ceux qui ne sont pas fans de l'approche musicale indienne se rassure, la partie chantée représente quelque chose de marginal, et de plutôt bien agencé dans l'histoire, ainsi le chant religieux hindou de Jodhaa qui retentit dans le palais au moment où les autorités religieuses musulmanes s'émeuvent de ce mariage mixte du point de vue religieux. Qu'on ne s'y trompe pas néanmoins, c'est une histoire d'amour, car c'est cela qui donne la trame au film.
Venons-en à la théologie : l’idylle entre un empereur musulman et une princesse hindoue concerne la théologie chrétienne, car tout concerne la théologie chrétienne. Mais surtout elle met en scène trois choses très fortes : premièrement une vision positive de l'Islam. Il est important de garder à l'esprit que Dieu a un plan pour l'Islam. Un tel phénomène historico-religieux n'a pas pu perdurer avec cette intensité sans l'aval de Dieu. Cela ne veut pas dire que l'Islam soit juste théologiquement. Cela veut dire que Dieu a permis l'Islam. Il faudra bien relire et méditer profondément tout ce qui concerne Ismaël dans la Bible pour bien comprendre l'Islam. Il faut absolument sortir des archétypes médiatiques violents. L'Islam en soi n'existe pas, il n'est que ce qu'en font les musulmans. Si tous étaient comme Jalaluddin, il aurait meilleure presse, c'est indéniable. Le film montre aussi des musulmans pointilleux. C'est très équilibré. Mais surtout on voit un empereur ayant un comportement que beaucoup de rois chrétiens n'ont pas eu. C'est peut être historiquement embelli, mais peu importe, c'est la théologie du film qui m'importe.
Deuxième chose très forte : la pratique hindoue en relation avec l'Islam. Tout comme nous, l'Islam est monothéiste et condamne l'adoration d'idoles. Hors on voit la princesse prier une statue d'un dieu, krishna en l’occurrence. Hors l'on voit bien que cette statue n'est pas ce qu'elle adore, mais bien le dieu qui est figuré par cette statue. Le souci n'est donc pas la statue, mais bien le fait d'adorer un autre dieu que Dieu. C'est cela qui heurte les responsables religieux qui font pression sur l'empereur pour empêcher cette union. Le film montre un empereur soucieux de pacifier la cohabitation et la coexistence des religions sur son empire. Il y parvient. Là où l’œcuménisme n'a pas d'intérêt sur le plan théologique car la vérité ne se discute pas, les rencontres religieuses sont précieuses pour adresser ce problème, qui ne peut être laissé à la médiocrité politique. Ce sujet est explosif, et nous voyons ici un exemple historique, dans un contexte au moins aussi compliqué que le notre, qui aboutit sur une réussite. Tirons-en les enseignements.
Enfin, troisième point, et grand étonnement lorsque j'ai vu cette scène, l'empereur, lorsqu'il doit décider s'il va épouser une princesse non musulmane va prier sur le tombeau d'un saint musulman et lui adresse sa prière pour qu'il l'adresse à Dieu. C'est une notion qui me semblait interdite en Islam. Si elle existe, elle révèle deux choses : le Christianisme authentique a bien plus influencé l'Islam qu'on ne le pensait, et le rejet de l'appel aux saints, est une dérive récente aussi bien dans le monde chrétien que dans le monde musulman. Cela pourrait être un des nombreux marqueurs fort d'un Christianisme authentique, et un point sur lequel, étrangement, les musulmans tels que l'empereur sont plus proche de la vérité (vous savez celle qui rend libre et qu'on ne doit donc pas négocier) que certains "chrétiens".
A voir sans réserve, pas forcément dans le cadre d'une paroisse, car trop éloigné du Christ et trop long, mais comme spectacle personnel; C'est tellement au dessus de la production américaine standard actuelle...
300 (Zack Snyder - 2006)
Seul un théologien averti pourra savourer le contenu théologique de ce petit bijou esthétique. Pour les amateurs de Game Of Thrones (la serie tv) on y retrouve des visages familiers chez les Lannisters. Le film a pour objet une bataille entre les grecs et les perses, et ceci est une phase importante de l'histoire du salut et du plan de Dieu.
En effet, le nom ineffable de Dieu comporte quatre lettres. Connu sous le nom de tétragramme, ce nom ne doit pas être prononce, ce qui participe de sa sanctification, car il est tout autre. Chacune de ces lettres sera voilée dans l'histoire, par un empire. Ceci est la lecture traditionnelle juive du livre de Daniel, connue de Saint Jérôme. Le premier empire est Babylone. Le second est la Perse. Le troisième est la Grèce, et enfin le dernier, Rome. Le Messie est celui qui viendra défaire le dernier empire. Chaque empire est de plus en plus puissant, puisqu'il submerge le précédent.
Et bien vous voyez ici, le moment le plus christique qui annonce le basculement a venir entre Perse et Grèce. Le contexte historique du film est le suivant : la bataille de Marathon s'est achevée par une victoire d'Athènes face aux perses (490 av JC). L'empereur perse revient avec une armée monumentale (les récits historiques de l'époque parlent d'un million de soldats) pour soumettre toute la Grèce. La ville de Sparte, conduit par le roi Léonidas, refuse de se soumettre et décide, avec seulement 300 guerriers d'affronter le géant perse. Les 300 tiendront en échec le tsunami perse pendant plusieurs jours dans la bataille des Thermopyles (480 av JC)
En quoi est-ce christique ? premièrement car les perses sont vainqueurs, et les grecs perdent lors de la bataille proprement dite, mais cette défaite de par son déroulement est une victoire qui permet quelques mois plus tard a la Grèce de mettre fin a l'invasion perse. Nous avons donc un sacrifice qui permet un triomphe, et nous avons une trahison, qui scelle le destin glorieux des 300 guerriers. C'est christique car le sacrifice spartiate montre un rapport a la mort des grecs qui est plus proche de la révélation chrétienne que celui des perses. Aucun des 300 n'est dupe de l'issue de la campagne. Et pourtant, pas de calcul politique, pas d'alliance, uniquement la recherché de la gloire et un attachement farouche a la liberté. Lorsque le traître, Ephialtes, se soumet a Xerxes, la mise en scène montre clairement la portée satanique de la démarche de Xerxes : il se proclame Dieu, veut être adore comme tel, et on présente au traître comme récompense tout un ensemble de sexualités qui montre un rapport au genre plus qu'ambigu. Même si l'hybris grec n'est pas chrétien en soi, on voit que pour permettre l'avènement de l'Église, il faut que la Perse cède a la Grèce. Ce sera fait de façon définitive avec l'odyssée d'Alexandre le Grand, au quatrième siècle avant JC.
Reste bien évidemment dans Sparte des choses choquantes pour un regard chrétien : l'agoge, période où l'on laisse le jeune garçon dans un environnement hostile afin de ne garder que les plus résistants. Pas étonnant que 300 hommes super entraînes ayant survécu a pareil traitement dans leur enfance aient causés du mal aux Perses.
Chaque chrétien devrait sélectionner avec passion tous les films permettant de se forger une indispensable culture antique. L’antiquité n'est ni plus ni moins que la préparation de la révélation. La contextualiser est plus qu'indispensable. Ensuite, il faut du discernement et laisser ce qui n'est pas chrétien de côté. Ainsi, le film est très violent, et a une esthétique parfois fantastique, parfois a la frontière de la bande dessinée. Le public est donc averti, mais c'est une incontestable réussite esthétique, cinématographique et dans sa vérité théologique. Ainsi, vous pourrez regarder d’œil neuf, l’arrivée de l’émissaire perse dans la ville de Sparte, plein de ses certitudes et de son arrogance. L'empire n'est jamais aussi arrogant, sur de lui et flamboyant que lorsqu'il est sur le point de s'effondrer...
Seul un théologien averti pourra savourer le contenu théologique de ce petit bijou esthétique. Pour les amateurs de Game Of Thrones (la serie tv) on y retrouve des visages familiers chez les Lannisters. Le film a pour objet une bataille entre les grecs et les perses, et ceci est une phase importante de l'histoire du salut et du plan de Dieu.
En effet, le nom ineffable de Dieu comporte quatre lettres. Connu sous le nom de tétragramme, ce nom ne doit pas être prononce, ce qui participe de sa sanctification, car il est tout autre. Chacune de ces lettres sera voilée dans l'histoire, par un empire. Ceci est la lecture traditionnelle juive du livre de Daniel, connue de Saint Jérôme. Le premier empire est Babylone. Le second est la Perse. Le troisième est la Grèce, et enfin le dernier, Rome. Le Messie est celui qui viendra défaire le dernier empire. Chaque empire est de plus en plus puissant, puisqu'il submerge le précédent.
Et bien vous voyez ici, le moment le plus christique qui annonce le basculement a venir entre Perse et Grèce. Le contexte historique du film est le suivant : la bataille de Marathon s'est achevée par une victoire d'Athènes face aux perses (490 av JC). L'empereur perse revient avec une armée monumentale (les récits historiques de l'époque parlent d'un million de soldats) pour soumettre toute la Grèce. La ville de Sparte, conduit par le roi Léonidas, refuse de se soumettre et décide, avec seulement 300 guerriers d'affronter le géant perse. Les 300 tiendront en échec le tsunami perse pendant plusieurs jours dans la bataille des Thermopyles (480 av JC)
En quoi est-ce christique ? premièrement car les perses sont vainqueurs, et les grecs perdent lors de la bataille proprement dite, mais cette défaite de par son déroulement est une victoire qui permet quelques mois plus tard a la Grèce de mettre fin a l'invasion perse. Nous avons donc un sacrifice qui permet un triomphe, et nous avons une trahison, qui scelle le destin glorieux des 300 guerriers. C'est christique car le sacrifice spartiate montre un rapport a la mort des grecs qui est plus proche de la révélation chrétienne que celui des perses. Aucun des 300 n'est dupe de l'issue de la campagne. Et pourtant, pas de calcul politique, pas d'alliance, uniquement la recherché de la gloire et un attachement farouche a la liberté. Lorsque le traître, Ephialtes, se soumet a Xerxes, la mise en scène montre clairement la portée satanique de la démarche de Xerxes : il se proclame Dieu, veut être adore comme tel, et on présente au traître comme récompense tout un ensemble de sexualités qui montre un rapport au genre plus qu'ambigu. Même si l'hybris grec n'est pas chrétien en soi, on voit que pour permettre l'avènement de l'Église, il faut que la Perse cède a la Grèce. Ce sera fait de façon définitive avec l'odyssée d'Alexandre le Grand, au quatrième siècle avant JC.
Reste bien évidemment dans Sparte des choses choquantes pour un regard chrétien : l'agoge, période où l'on laisse le jeune garçon dans un environnement hostile afin de ne garder que les plus résistants. Pas étonnant que 300 hommes super entraînes ayant survécu a pareil traitement dans leur enfance aient causés du mal aux Perses.
Chaque chrétien devrait sélectionner avec passion tous les films permettant de se forger une indispensable culture antique. L’antiquité n'est ni plus ni moins que la préparation de la révélation. La contextualiser est plus qu'indispensable. Ensuite, il faut du discernement et laisser ce qui n'est pas chrétien de côté. Ainsi, le film est très violent, et a une esthétique parfois fantastique, parfois a la frontière de la bande dessinée. Le public est donc averti, mais c'est une incontestable réussite esthétique, cinématographique et dans sa vérité théologique. Ainsi, vous pourrez regarder d’œil neuf, l’arrivée de l’émissaire perse dans la ville de Sparte, plein de ses certitudes et de son arrogance. L'empire n'est jamais aussi arrogant, sur de lui et flamboyant que lorsqu'il est sur le point de s'effondrer...
mercredi 10 septembre 2014
Kiss of the dragon (chris nahon - 2001)
Voici un film d'arts martiaux qui pourrait passer pour particulièrement caricatural : un gentil contre plein de méchants qui va rétablir la justice et sauver une jolie demoiselle. Le caractère grossier du scénario serait ici équilibré par plusieurs scènes d'actions décoiffantes.
Et pourtant, voici un film où l'on n'attend rien de particulier du point de vue théologique, et où l'on trouve pas mal de concepts.
Premier concept : l'archétype féminin est une prostituée, victime d'une prostitution forcée par un serviteur de l'état. Elle est victime d'addictions, et son seul souhait est de préserver sa fille. Voyez cet archétype féminin comme la phase terminale de ce que le monde moderne propose à la femme : un système tyrannique qui vient de l'état, un lien cassé entre générations, pas d'archétype masculin complémentaire, et qui avec maladresse et charme mêlés tente maladroitement de nouer une relation humaine véritable.
Second concept : l'archétype masculin est un guerrier qui va être attaqué avec un cynisme absolu par un système, et contre lequel il devra entamer une lutte à mort pour simplement survivre. A la toute fin, il comprend que toute la force dont il est capable, n'a de sens, n'a que pour seul objet, la rencontre avec le féminin, puisqu'il est évident que la fin du film ouvre sur une histoire d'amour entre les deux personnages.
Et le biblique le dit dès le récit de la Génèse : il n'est pas bon que l'homme soit seul. Un homme est fait pour vivre avec une femme, et vice-versa. La division poussée à son paroxysme confine l'homme dans la guerre et la femme dans la souffrance. Le mariage d'un homme et d'une femme est aujourd'hui devenu un acte anti-système. Ce film a finalement un caractère hautement subversif quand on y pense...
Ensuite pour les amateurs d'arts martiaux, les clins d’œil à Bruce Lee sont le lieu de plusieurs hommages, le plus marquant étant la scène ou Jet Li se bat seul dans un dojo face à de multiples assaillants, remake de la célèbre scène de nunchaku. Le méchant en titre, incarné par un excellent et déjanté Techky Karyo est une belle métaphore du système : il ne recule devant rien et se fiche bien des conséquences. La théologie n'est pas ce qui saute aux yeux au premier abord, et par nature ce film est violent, mais regardez les scènes entre Jet Li et la belle Bridget Fonda, et vous verrez émerger une inattendue résolution archétypale de la recontre du masculin et du féminin dans le monde moderne.
Voici un film d'arts martiaux qui pourrait passer pour particulièrement caricatural : un gentil contre plein de méchants qui va rétablir la justice et sauver une jolie demoiselle. Le caractère grossier du scénario serait ici équilibré par plusieurs scènes d'actions décoiffantes.
Et pourtant, voici un film où l'on n'attend rien de particulier du point de vue théologique, et où l'on trouve pas mal de concepts.
Premier concept : l'archétype féminin est une prostituée, victime d'une prostitution forcée par un serviteur de l'état. Elle est victime d'addictions, et son seul souhait est de préserver sa fille. Voyez cet archétype féminin comme la phase terminale de ce que le monde moderne propose à la femme : un système tyrannique qui vient de l'état, un lien cassé entre générations, pas d'archétype masculin complémentaire, et qui avec maladresse et charme mêlés tente maladroitement de nouer une relation humaine véritable.
Second concept : l'archétype masculin est un guerrier qui va être attaqué avec un cynisme absolu par un système, et contre lequel il devra entamer une lutte à mort pour simplement survivre. A la toute fin, il comprend que toute la force dont il est capable, n'a de sens, n'a que pour seul objet, la rencontre avec le féminin, puisqu'il est évident que la fin du film ouvre sur une histoire d'amour entre les deux personnages.
Et le biblique le dit dès le récit de la Génèse : il n'est pas bon que l'homme soit seul. Un homme est fait pour vivre avec une femme, et vice-versa. La division poussée à son paroxysme confine l'homme dans la guerre et la femme dans la souffrance. Le mariage d'un homme et d'une femme est aujourd'hui devenu un acte anti-système. Ce film a finalement un caractère hautement subversif quand on y pense...
Ensuite pour les amateurs d'arts martiaux, les clins d’œil à Bruce Lee sont le lieu de plusieurs hommages, le plus marquant étant la scène ou Jet Li se bat seul dans un dojo face à de multiples assaillants, remake de la célèbre scène de nunchaku. Le méchant en titre, incarné par un excellent et déjanté Techky Karyo est une belle métaphore du système : il ne recule devant rien et se fiche bien des conséquences. La théologie n'est pas ce qui saute aux yeux au premier abord, et par nature ce film est violent, mais regardez les scènes entre Jet Li et la belle Bridget Fonda, et vous verrez émerger une inattendue résolution archétypale de la recontre du masculin et du féminin dans le monde moderne.
mercredi 3 septembre 2014
The prisoner - arrival (Don Chaffey - 1968)
premier épisode sur les 17 que comporte la série, arrival décrit l'arrivée du prisonnier, dont nous ne connaîtrons jamais le nom, dans "le village", un lieu mystérieux où semble internés tous ceux qui ont des "informations" liées aux agences de renseignements, et qu'un mystérieux numéro 1 souhaite connaître.
Ce qui motive l'arrivée du héros, c'est sa démission des services secrets. Le numéro 1 charge le numéro 2 de découvrir pourquoi.
Voyons dans cet épisode précisément, ce qui constitue la description d'un état proprement totalitaire, telle que décrite dans la série :
- il n'y a pas de police apparente. La technologie de surveillance complète ainsi que des faux prisonniers assurent le maintien de l'ordre. La puissance technologique est insurpassable.
- tout le monde a un numéro. Sans ce numéro il est impossible de faire quoi que ce soit.
- le village est très cosmopolite. On s'adressera à lui en français dans ce premier épisode
- on lui propose d'être haut placé dans le système de contrôle.
- le conseil du village, élu démocratiquement, est décrit comme un endroit de débat et de théâtre.
Le village est la miniature de notre monde et visiblement la liberté lui fait peur. Cette série est excellente pour comprendre que nous ne sommes pas en démocratie, que la liberté est un théâtre cynique. Le principe de dictature auquel nous sommes soumis est d'un style très particulier : il est subtil car les prisonniers n'ont pas conscience d'être prisonniers. Puissions nous toujours être aussi soucieux de notre liberté que le numéro 6 qui lance à la face du numéro 2 : I will not be pushed, filed, stamped, indexed, briefed, debriefed, or numbered. My life is my own. Ce qui fut traduit par : je ne veux pas me faire ficher, enregistrer, classer, déclasser ou numéroter. Ma vie m'appartient.
Souvenez-vous que sous Louis XIV présenté comme affreusement tyrannique, il n'y avait pas de carte d'identité. Un simple certificat de baptême vous permettait de voyager dans toute l’Europe...
premier épisode sur les 17 que comporte la série, arrival décrit l'arrivée du prisonnier, dont nous ne connaîtrons jamais le nom, dans "le village", un lieu mystérieux où semble internés tous ceux qui ont des "informations" liées aux agences de renseignements, et qu'un mystérieux numéro 1 souhaite connaître.
Ce qui motive l'arrivée du héros, c'est sa démission des services secrets. Le numéro 1 charge le numéro 2 de découvrir pourquoi.
Voyons dans cet épisode précisément, ce qui constitue la description d'un état proprement totalitaire, telle que décrite dans la série :
- il n'y a pas de police apparente. La technologie de surveillance complète ainsi que des faux prisonniers assurent le maintien de l'ordre. La puissance technologique est insurpassable.
- tout le monde a un numéro. Sans ce numéro il est impossible de faire quoi que ce soit.
- le village est très cosmopolite. On s'adressera à lui en français dans ce premier épisode
- on lui propose d'être haut placé dans le système de contrôle.
- le conseil du village, élu démocratiquement, est décrit comme un endroit de débat et de théâtre.
Le village est la miniature de notre monde et visiblement la liberté lui fait peur. Cette série est excellente pour comprendre que nous ne sommes pas en démocratie, que la liberté est un théâtre cynique. Le principe de dictature auquel nous sommes soumis est d'un style très particulier : il est subtil car les prisonniers n'ont pas conscience d'être prisonniers. Puissions nous toujours être aussi soucieux de notre liberté que le numéro 6 qui lance à la face du numéro 2 : I will not be pushed, filed, stamped, indexed, briefed, debriefed, or numbered. My life is my own. Ce qui fut traduit par : je ne veux pas me faire ficher, enregistrer, classer, déclasser ou numéroter. Ma vie m'appartient.
Souvenez-vous que sous Louis XIV présenté comme affreusement tyrannique, il n'y avait pas de carte d'identité. Un simple certificat de baptême vous permettait de voyager dans toute l’Europe...
mardi 2 septembre 2014
Groundhog day (Harold Ramis - 1993)
Ce film relativement inclassable puisqu'il s'agit à la fois d'une comédie romantique et d'un conte fantastique, est très plaisant à voir et à revoir. L'histoire est qu'un homme, placé dans un lieu qu'il méprise, dans des conditions qu'il déteste est condamné à revivre sans cesse le même jour : le jour de la marmotte (traduction plus fidèle du titre), une fête provinciale où une marmotte est censée prédire la durée restante de l'hiver. Présentateur météo d'une chaîne locale, il est parti dans une petit ville américaine, et n'a qu'une hâte : quitter ceux qu'il prend pour des ploucs et rentrer au plus vite dans son confort.
Ce principe le rend original : on revoit sans cesse les mêmes scènes, et le héros qui se débat dedans, cherchant à comprendre, les exploiter en tirer profit, etc. Il va passer par tous les stades : l'euphorie délictueuse, la dépression suicidaire, la séduction artificielle, etc. Métaphore assez brillante de notre vie, elle met en scène une personne qui a un avantage sur le commun des mortels : sa situation le met dans l'obligation de se poser les questions métaphysiques, et on voit passer tous les comportements que l'homme choisit dans un monde où il a été placé, en s'interrogeant rarement sur la finalité de la chose. L'athée est comme un homme jeté dans un lieu totalement prévu pour ses besoins, qui en jouirait sans jamais se poser la question de qui l'a mis là et pourquoi.
On voit dans le cheminement du héros, que sa réflexion va le mener petit à petit vers Dieu. Le film ne le met pas en avant, mais le montre de façon très subtile : après diverses phases, le héros (Phil) s'évertue à essayer de faire survivre un mendiant qu'il avait dédaigneusement ignoré dans ses premiers "jours". Mais Dieu continue à le rappeler quoi qu'il arrive. Et Phil va lever les yeux au ciel : il comprend que ce n'est pas cela que Dieu attend. Il va donc s'évertuer à accomplir la journée idéale. C'est là que le film devient très touchant : il va, à force d'étude et d'observation aider nombre de gens qui ont des soucis ce jour là. Ceci combiné à l'apprentissage patient de tout ce qui intéresse la femme dont il est amoureux et qu'il cherche à séduire, va contribuer à la réussite de cet objectif : il va réaliser la journée parfaite.
Cette journée arrive après l'échec d'une séduction un peu artificielle ou petit pas par petit pas, il avait réussi à troubler l’héroïne, Rita, mais pas à la séduire totalement. Une claque venait ponctuer inlassablement cette approche méthodique. C'est en réalisant la journée parfaite, en grande partie tournée vers l'aide à autrui qu'il parviendra à séduire celle qu'il aime.
Et c'est là que c'est théologiquement intéressant. Phil est dans la même situation qu'Abraham au chapitre 20 de la Genèse. C'est en aidant autrui, que son propre souci est adressé par la providence. Pour Abraham la difficulté est de devoir prier avec sincérité pour le gredin qui a enlevé sa femme pour la faire sienne. Pour Phil, la difficulté est de ne pas céder au désespoir existentiel, et de vouloir réaliser quelque chose sans aucun lendemain, puisque demain n'existe pas. C'est en faisant de sa journée, une journée parfaite, que demain va pouvoir aboutir. Très rafraîchissant...
Ce film relativement inclassable puisqu'il s'agit à la fois d'une comédie romantique et d'un conte fantastique, est très plaisant à voir et à revoir. L'histoire est qu'un homme, placé dans un lieu qu'il méprise, dans des conditions qu'il déteste est condamné à revivre sans cesse le même jour : le jour de la marmotte (traduction plus fidèle du titre), une fête provinciale où une marmotte est censée prédire la durée restante de l'hiver. Présentateur météo d'une chaîne locale, il est parti dans une petit ville américaine, et n'a qu'une hâte : quitter ceux qu'il prend pour des ploucs et rentrer au plus vite dans son confort.
Ce principe le rend original : on revoit sans cesse les mêmes scènes, et le héros qui se débat dedans, cherchant à comprendre, les exploiter en tirer profit, etc. Il va passer par tous les stades : l'euphorie délictueuse, la dépression suicidaire, la séduction artificielle, etc. Métaphore assez brillante de notre vie, elle met en scène une personne qui a un avantage sur le commun des mortels : sa situation le met dans l'obligation de se poser les questions métaphysiques, et on voit passer tous les comportements que l'homme choisit dans un monde où il a été placé, en s'interrogeant rarement sur la finalité de la chose. L'athée est comme un homme jeté dans un lieu totalement prévu pour ses besoins, qui en jouirait sans jamais se poser la question de qui l'a mis là et pourquoi.
On voit dans le cheminement du héros, que sa réflexion va le mener petit à petit vers Dieu. Le film ne le met pas en avant, mais le montre de façon très subtile : après diverses phases, le héros (Phil) s'évertue à essayer de faire survivre un mendiant qu'il avait dédaigneusement ignoré dans ses premiers "jours". Mais Dieu continue à le rappeler quoi qu'il arrive. Et Phil va lever les yeux au ciel : il comprend que ce n'est pas cela que Dieu attend. Il va donc s'évertuer à accomplir la journée idéale. C'est là que le film devient très touchant : il va, à force d'étude et d'observation aider nombre de gens qui ont des soucis ce jour là. Ceci combiné à l'apprentissage patient de tout ce qui intéresse la femme dont il est amoureux et qu'il cherche à séduire, va contribuer à la réussite de cet objectif : il va réaliser la journée parfaite.
Cette journée arrive après l'échec d'une séduction un peu artificielle ou petit pas par petit pas, il avait réussi à troubler l’héroïne, Rita, mais pas à la séduire totalement. Une claque venait ponctuer inlassablement cette approche méthodique. C'est en réalisant la journée parfaite, en grande partie tournée vers l'aide à autrui qu'il parviendra à séduire celle qu'il aime.
Et c'est là que c'est théologiquement intéressant. Phil est dans la même situation qu'Abraham au chapitre 20 de la Genèse. C'est en aidant autrui, que son propre souci est adressé par la providence. Pour Abraham la difficulté est de devoir prier avec sincérité pour le gredin qui a enlevé sa femme pour la faire sienne. Pour Phil, la difficulté est de ne pas céder au désespoir existentiel, et de vouloir réaliser quelque chose sans aucun lendemain, puisque demain n'existe pas. C'est en faisant de sa journée, une journée parfaite, que demain va pouvoir aboutir. Très rafraîchissant...
dimanche 24 août 2014
Children of men (Alfonso Cuarón - 2006)
Si ce modeste blog cherche à traquer les traces théologiques inconscientes ou cachées dans les œuvres cinématographiques ou télévisuelles, la tâche est beaucoup plus aisée dans un film où les messages religieux sont explicites. L'histoire brièvement, est celle de notre monde en 2027 où l’humanité est devenue stérile, les états policiers règnent un peu partout sur terre, et où un homme est chargé par un groupe de résistants d'escorter une jeune réfugiée enceinte pour qu'elle puisse fuir une Angleterre néo-fasciste.
Le film est une incontestable réussite théologique et artistique. Les clins d’œil chrétiens sont innombrables :
- la stérilité qui est le signe biblique de quelque chose d'important
- la révélation de la maternité future de la jeune femme dans une étable
- les opposants au gouvernement qui se sont nommés les poissons
- le titre tiré d'un psaume (90 en hébreu : בְנֵי־אָדָֽם et 89 en grec : υἱοὶ τῶν ἀνθρώπων), le troisième verset traduit ainsi chez Chouraqui : "Tu fais retourner l'homme dans la poussière, mais tu dis : retournez, fils de l'humain".
- le monde entier hostile qui semble invincible, et qui sera au final vaincu par la simplicité et la pauvreté
- le réconfort qui est donné par une veille famille dans un petit appartement rempli d'icônes, ainsi que la très belle musique composée par un compositeur orthodoxe (John Tavener dont le travail mérite attention)
- La fille enceinte est escortée par Myriam (le nom hébreu de la Vierge Marie) et Théo (Theos signifie Dieu en grec)
Le film fait grand usage de façon très virtuose du plan séquence. C'est en soi un des éléments remarquables du film. Car cela pourrait être une prouesse technique d'un cinéaste qui veut se prouver des choses, ou impressionner son public de connaisseurs. Mais ceci est au service de la théologie, et c'est là que cela devient intéressant. Un long plan séquence met en scène une attaque en voiture par les rebelles. La scène marque la première vraie irruption de la violence dans le film, et elle est à couper le souffle. Elle est au delà de la fascination que la violence peut engendrer. Cette façon de la filmer n'est pas complice. Elle veut en montrer la continuité. Le plan séquence suivant montre la naissance de l'enfant, le premier enfant depuis des années. Il y a ce suspense de savoir si la malédiction dont on ne connait pas la cause est rompue, ou bien si un drame va survenir. La où le premier plan était dédié à la violence et à la mort, le deuxième l'est à la vie qui fait irruption. Le troisième, le plus long est une grande scène de guérilla urbaine, qui est le moment de bravoure du film, et le moment de grâce aussi. Les pleurs d'un nouveau né font stopper toutes les opérations militaires quelques instants, puis lorsqu'il n'est plus là, la violence se déchaîne à nouveau. Ce plan séquence, aussi long que les deux autres réunis, juxtapose la violence et la vie.
Ce film est un des meilleurs films de ces dernières années. Il ne met pas en scène une débauche d'effets spéciaux pour masquer une faiblesse de scénario comme c'est souvent malheureusement le cas. Ici, l'anticipation met en scène l'un des plus vieux soucis de l'homme. Abraham s'est affronté à lui depuis la fournaise d'Our Kasdim jusqu'au terrible moment de la Aquedat Yits'haq (la ligature d'Isaac) : l'espoir en Dieu. Le film vous fait suivre le parcours initiatique de Theo, ex activiste désabusé qui travaille pour le gouvernement, et qui regardait le monde sombrer dans un gigantesque cauchemar concentrationnaire, et qui découvre que Dieu, s'occupe toujours de son monde, d'une façon toujours difficile à percevoir. La malédiction a été vaincue... le tombeau est vide !!!
Si ce modeste blog cherche à traquer les traces théologiques inconscientes ou cachées dans les œuvres cinématographiques ou télévisuelles, la tâche est beaucoup plus aisée dans un film où les messages religieux sont explicites. L'histoire brièvement, est celle de notre monde en 2027 où l’humanité est devenue stérile, les états policiers règnent un peu partout sur terre, et où un homme est chargé par un groupe de résistants d'escorter une jeune réfugiée enceinte pour qu'elle puisse fuir une Angleterre néo-fasciste.
Le film est une incontestable réussite théologique et artistique. Les clins d’œil chrétiens sont innombrables :
- la stérilité qui est le signe biblique de quelque chose d'important
- la révélation de la maternité future de la jeune femme dans une étable
- les opposants au gouvernement qui se sont nommés les poissons
- le titre tiré d'un psaume (90 en hébreu : בְנֵי־אָדָֽם et 89 en grec : υἱοὶ τῶν ἀνθρώπων), le troisième verset traduit ainsi chez Chouraqui : "Tu fais retourner l'homme dans la poussière, mais tu dis : retournez, fils de l'humain".
- le monde entier hostile qui semble invincible, et qui sera au final vaincu par la simplicité et la pauvreté
- le réconfort qui est donné par une veille famille dans un petit appartement rempli d'icônes, ainsi que la très belle musique composée par un compositeur orthodoxe (John Tavener dont le travail mérite attention)
- La fille enceinte est escortée par Myriam (le nom hébreu de la Vierge Marie) et Théo (Theos signifie Dieu en grec)
Le film fait grand usage de façon très virtuose du plan séquence. C'est en soi un des éléments remarquables du film. Car cela pourrait être une prouesse technique d'un cinéaste qui veut se prouver des choses, ou impressionner son public de connaisseurs. Mais ceci est au service de la théologie, et c'est là que cela devient intéressant. Un long plan séquence met en scène une attaque en voiture par les rebelles. La scène marque la première vraie irruption de la violence dans le film, et elle est à couper le souffle. Elle est au delà de la fascination que la violence peut engendrer. Cette façon de la filmer n'est pas complice. Elle veut en montrer la continuité. Le plan séquence suivant montre la naissance de l'enfant, le premier enfant depuis des années. Il y a ce suspense de savoir si la malédiction dont on ne connait pas la cause est rompue, ou bien si un drame va survenir. La où le premier plan était dédié à la violence et à la mort, le deuxième l'est à la vie qui fait irruption. Le troisième, le plus long est une grande scène de guérilla urbaine, qui est le moment de bravoure du film, et le moment de grâce aussi. Les pleurs d'un nouveau né font stopper toutes les opérations militaires quelques instants, puis lorsqu'il n'est plus là, la violence se déchaîne à nouveau. Ce plan séquence, aussi long que les deux autres réunis, juxtapose la violence et la vie.
Ce film est un des meilleurs films de ces dernières années. Il ne met pas en scène une débauche d'effets spéciaux pour masquer une faiblesse de scénario comme c'est souvent malheureusement le cas. Ici, l'anticipation met en scène l'un des plus vieux soucis de l'homme. Abraham s'est affronté à lui depuis la fournaise d'Our Kasdim jusqu'au terrible moment de la Aquedat Yits'haq (la ligature d'Isaac) : l'espoir en Dieu. Le film vous fait suivre le parcours initiatique de Theo, ex activiste désabusé qui travaille pour le gouvernement, et qui regardait le monde sombrer dans un gigantesque cauchemar concentrationnaire, et qui découvre que Dieu, s'occupe toujours de son monde, d'une façon toujours difficile à percevoir. La malédiction a été vaincue... le tombeau est vide !!!
samedi 23 août 2014
Senso (Luchino Visconti - 1954)
Ce très beau film, bien qu'offrant des scènes à grand spectacle (l'opéra de l'ouverture ou la bataille à l'issue du film) se focalise sur ce qu'est l'essence profonde de cet art, ainsi que la littérature : l'étude de personnage. Et ici, nous avons la rencontre d'un homme et d'une femme, dont on va voir au fur et à mesure que tout ce qu'ils présentent au monde est absolument faux. Et cette absence de vérité dans la relation entre eux va les mener à la mort, pour lui, et à la folie pour elle.
C'est à dire que Visconti touche ici du doigt le problème, mais n'amène pas la réponse. C'est donc de son point de vue non chrétien, un film d'une très grande honnêteté. Il ne propose pas de solution de substitution en relation avec l'air du temps. Il ne propose rien même qui soit en relation avec sa vie propre. Il constate le problème.
La trame historique du film se déroule lors de la fin de l'occupation autrichienne de l'Italie, et la poussée du nationalisme italien dans l'irrésistible ascension des nations dans toute l'Europe. Cette notion de nation est aujourd'hui un écueil pour nombre d'orthodoxes, car ils ne comprennent pas correctement la notion de phylétisme. Mais Senso ne traitant pas de la nation, je ne traiterai pas du phylétisme. La nation ici sert de prétexte à montrer la trahison de la comtesse : elle trahit l'honneur de sa famille pour esquiver le duel potentiellement fatal de Malher. Elle trahit les idéaux qu'elle professe puisqu'elle choisit comme amant un occupant. Elle trahit ses compagnons de lutte en acceptant de cacher l'argent puis en le donnant à Malher pour qu'il échappe aux combats. Et bien qu'on ne constate pas une grande proximité ou une tendresse quelconque avec son mari, elle trahit le sacrement du mariage. Il est difficile de dire lorsqu'elle est suivie, si son mari tient à elle véritablement ou s'il est soucieux des convenances...
Le personnage de Malher est encore plus noir que celui de la comtesse, qui elle au moins a l'excuse de la passion amoureuse. Ce qu'il a de plus qu'elle, c'est la lucidité sur lui-même. Le portrait qu'il lui dresse de lui même avant qu'elle ne le dénonce pour désertion est terrible : conscience de l'étendue du péché ou volonté de la dégoûter de lui ? un mélange de deux probablement.
La musique de Brückner (symphonie 7) choisie par Visconti est absolument parfaite.Il y a des scènes dont l'esthétique et le sens théologique sont grandioses : la scène du puits où les futurs amants se charment. On sait que le puits est dans le biblique le lieu des rencontres : les couples dans les lignées patriarcales ou bien Jésus et la Samaritaine. Ici le puits est inversé. Il a perdu toute sa dimension d'effusion de l'esprit. Il est le lieu où se scellent les mensonges, les trahisons. Les chimères l'emportent sur les serments, et les impressions dominent la raison. Les détails racontent que Visconti voulait tourner avec Bergman et Brando. Mais il a dans la personne d'Alida Valli et Farley Granger des personnes aussi d'une grande beauté, ce qui est important dans le domaine du contraste. La beauté ici n'est qu'extérieure. Ce film est une incontestable réussite, et lorsque l'on accompagne ces deux damnés dans leur damnation, nous taraude l'unique question que lance l'occident à ceux qui ouvrent les yeux : jusqu'où vont-ils descendre ?
Ce très beau film, bien qu'offrant des scènes à grand spectacle (l'opéra de l'ouverture ou la bataille à l'issue du film) se focalise sur ce qu'est l'essence profonde de cet art, ainsi que la littérature : l'étude de personnage. Et ici, nous avons la rencontre d'un homme et d'une femme, dont on va voir au fur et à mesure que tout ce qu'ils présentent au monde est absolument faux. Et cette absence de vérité dans la relation entre eux va les mener à la mort, pour lui, et à la folie pour elle.
C'est à dire que Visconti touche ici du doigt le problème, mais n'amène pas la réponse. C'est donc de son point de vue non chrétien, un film d'une très grande honnêteté. Il ne propose pas de solution de substitution en relation avec l'air du temps. Il ne propose rien même qui soit en relation avec sa vie propre. Il constate le problème.
La trame historique du film se déroule lors de la fin de l'occupation autrichienne de l'Italie, et la poussée du nationalisme italien dans l'irrésistible ascension des nations dans toute l'Europe. Cette notion de nation est aujourd'hui un écueil pour nombre d'orthodoxes, car ils ne comprennent pas correctement la notion de phylétisme. Mais Senso ne traitant pas de la nation, je ne traiterai pas du phylétisme. La nation ici sert de prétexte à montrer la trahison de la comtesse : elle trahit l'honneur de sa famille pour esquiver le duel potentiellement fatal de Malher. Elle trahit les idéaux qu'elle professe puisqu'elle choisit comme amant un occupant. Elle trahit ses compagnons de lutte en acceptant de cacher l'argent puis en le donnant à Malher pour qu'il échappe aux combats. Et bien qu'on ne constate pas une grande proximité ou une tendresse quelconque avec son mari, elle trahit le sacrement du mariage. Il est difficile de dire lorsqu'elle est suivie, si son mari tient à elle véritablement ou s'il est soucieux des convenances...
Le personnage de Malher est encore plus noir que celui de la comtesse, qui elle au moins a l'excuse de la passion amoureuse. Ce qu'il a de plus qu'elle, c'est la lucidité sur lui-même. Le portrait qu'il lui dresse de lui même avant qu'elle ne le dénonce pour désertion est terrible : conscience de l'étendue du péché ou volonté de la dégoûter de lui ? un mélange de deux probablement.
La musique de Brückner (symphonie 7) choisie par Visconti est absolument parfaite.Il y a des scènes dont l'esthétique et le sens théologique sont grandioses : la scène du puits où les futurs amants se charment. On sait que le puits est dans le biblique le lieu des rencontres : les couples dans les lignées patriarcales ou bien Jésus et la Samaritaine. Ici le puits est inversé. Il a perdu toute sa dimension d'effusion de l'esprit. Il est le lieu où se scellent les mensonges, les trahisons. Les chimères l'emportent sur les serments, et les impressions dominent la raison. Les détails racontent que Visconti voulait tourner avec Bergman et Brando. Mais il a dans la personne d'Alida Valli et Farley Granger des personnes aussi d'une grande beauté, ce qui est important dans le domaine du contraste. La beauté ici n'est qu'extérieure. Ce film est une incontestable réussite, et lorsque l'on accompagne ces deux damnés dans leur damnation, nous taraude l'unique question que lance l'occident à ceux qui ouvrent les yeux : jusqu'où vont-ils descendre ?
samedi 16 août 2014
The grapes of wrath (John Ford - 1940)
Inutile de perdre du temps : c'est un chef d'oeuvre. La direction, les acteurs et le message théologique sont de toute première importance. Oscarisé comme meilleur metteur en scène, Ford réalise ici un film dont pas une scène ne manque de force, de beauté ou ne traîne en longueur.
Pour les acteurs, pas un ne fait défaut, bien entendu, mais quatre acteurs vous frappent au plus profond de l'âme. Henri Fonda, condamné de façon très sévère pour une mort involontaire suite à une rixe, et qui revient dans une situation où règne la plus profonde injustice sans que l'on y puisse apparemment rien. Il va suivre tout un chemin d'épreuve qui vont lui faire tenir ce discours quasi christique à la fin : "I'll be all around in the dark. I'll be everywhere. Wherever you can look, wherever there's a fight, so hungry people can eat, I'll be there. Wherever there's a cop beatin' up a guy, I'll be there. I'll be in the way guys yell when they're mad. I'll be in the way kids laugh when they're hungry and they know supper's ready, and when the people are eatin' the stuff they raise and livin' in the houses they build, I'll be there, too. (je serai autour dans l'obscurité. Je serai partout. Partout où vous regarderez, partout où il y a une lutte, pour que les affamés puissent manger, je serai là. Partout où il y aura un flic pour taper un mec, je serai là. Je serai dans la façon dont les gens crient lorsqu'ils deviennent fous. Je serai dans la façon dont les gosses rient quand ils ont faim et qu'ils savent que le souper est prêt, et quand les gens mangent ce qu'ils ont cultivés dans les maisons qu'ils ont construites, je serai encore là.)". Il y a là tout un programme politique et méta-politique de premier ordre. Et Tom Joad (le rôle de Fonda) choisit de l'incarner, lorsque le prêcheur Casy se fait tuer par les auxiliaires des possédants.
Casy justement, est un ex-prêcheur, qui ne prêche plus depuis qu'il doute, mais qui accompagne les Joad dans leur périple vers cette terre promise qu'on leur a fait miroiter : la californie. John Carradine interprète cet illuminé attachant avec un brio rare. Il n'a pas cessé de prêcher par désintérêt de la religion, mais parce qu'il n'avait plus le feu sacré en lui. On se sent pas de rejet, pas de doute adolescent. Ce feu sacré va revenir dans le cadre de la lutte sociale. Si l'Eglise ne peut être un syndicat ou un organisme de charité, elle se doit aussi de s'incarner dans cette dimension là, et d'avoir une voix qui porte haut et fort. Aujourd'hui sa voix fait défaut sur les banques et toute cette caste de voleur et de bonimenteurs. Un Saint Jean Chrysostome ne serait pas resté muet sur ces bandits qui sont en train de détruire le monde. Casy incarne jusque dans sa mort, une contradiction que l'Eglise doit relever : elle doit donner au pauvre pour être digne de sa tête (discours eschatologique dans Matthieu), mais elle doit aussi dénoncer l'argent en tant que puissance satanique principielle : on ne peut servir Dieu et l'argent dit le Seigneur.
Muley est ce pauvre, dans le début du film, magistralement interprété par John Qualen, qui ne comprend pas, et qui résiste un peu naïvement aux expropriations, en demeurant comme un fantôme dans ces maisons désertées avant que les banques ne les détruisent.
Et enfin, oscar du second rôle féminin, pour Jane Darwell, qui joue la matriarche du clan Joad (Ma Joad) sur qui tout repose, et dont les relations avec Tom sont d'une pudeur et d'une beauté renversante. Elle dit à la toute fin du film : "I ain't never gonna be scared no more. I was, though. For a while it looked as though we was beat. Good and beat. Looked like we didn't have nobody in the whole wide world but enemies. Like nobody was friendly no more. Made me feel kinda bad and scared too, like we was lost and nobody cared.... Rich fellas come up and they die, and their kids ain't no good and they die out, but we keep a-coming. We're the people that live. They can't wipe us out, they can't lick us. We'll go on forever, Pa, cos we're the people. (Je n'aurais plus peur. c'était dur. Pendant un moment j'ai même cru qu'on étaient fichus.Complètement fichus. On aurait dit qu'on avait que des ennemis dans le monde entier. Comme si plus personne n'était amical. Ca m'a fait mal, et peur aussi, comme si nous étions perdus et tout le monde s'en fichait. Les riches viennent et meurent, mais leurs gamins arrivent et ne sont bons à rien, et quand ils meurent, nous on reste. Nous sommes ceux qui vivent. Ils ne peuvent pas nous chasser, ni nous écraser. On continuera toujours, car nous sommes le peuple)". Message théologique très fort également. Les riches ne font pas partie du peuple. Ils ne se rattachent à aucune nation, à aucun ensemble qu'eux même, habitués à régner, et à causer du dommage.
Quel est le message théologique du film ? il est multiple. On l'a vu, l'exigence de justice sociale. L'exigence de vérité également. Un dialogue au début du film est éclairant sur la chaîne de responsabilité, et sur la morale qui émane des institutions bancaires, de Mamon. C'est lorsque Muley reçoit son avis d'expropriation par un sous-fifre de la banque, qui vient dans une belle voiture :
- écoute Muley, après cette sécheresse, je ne peux plus te garder. J'équilibre même pas les comptes. Avec un seul tracteur on fait tout le travail et on a qu'un salaire à payer
- Nous, on peut pas baisser notre part de récolte, impossible. Les gosses mangent à peine et ils sont si mal habillés qu'on aurait honte, si les autres n'étaient pas pareils
- j'y peux rien, ce sont les ordres, vous devez partir
- je dois quitter ma terre ?
- j'y suis pour rien moi
- c'est qui alors ?
- le proprio, la Shawnee Land & Cattle Company
- et c'est qui ça ?
- personne, une compagnie.
- elle a bien un président qui sait à quoi sert un fusil ?
- il n'y est rien pour rien, c'est la banque qui décide
- bon, où est la banque ?
- à Tulsa
- mais le directeur y est pour rien non plus. Il s'use la santé à obéir aux ordres.
- on tire sur qui alors ?
- j'en sais rien. Je te le dirai, mais je ne sais pas qui est le fautif.
Hors, ce dialogue est celui de l'absence de la connaissance. Mais le Christ a dit, la vérité vous rendra libre. Alors, on peut savoir qui est en haut, qui fait quoi, pourquoi les choses arrivent. Cette sentence du Seigneur est une invitation à comprendre, à connaître la vérité. Pour cela il faut étudier. Les mécanismes qui ont conduits à la crise de 1929 sont connus. La façon d'en sortir aussi. Ce film devrait vous donner une soif d'autonomie et de justice. Qu'il vous donne aussi une soif de connaissance...
vendredi 15 août 2014
Il vangelo secondo Matteo (Pier Paolo Pasolini - 1964)
Pier Paolo Pasolini, qui avait pris beaucoup de distance avec la société italienne de son époque, et qui fit preuve d'une grande lucidité dans ses engagements politiques, livre ici un Christ très catholique, très italien, très piétiste. Si le cinéphile peut y trouver son compte, et le film se laisse voir sans trop de difficultés, c'est le théologien qui peut ressortir quelque peu gêné car ce film est un échec de ce point de vu.
En terme de réalisme, le film est à mille lieux de tout : nous assistons à une histoire vieille de deux milles ans maintenant, et pourtant elle est traitée avec un prisme qui ne peut faire abstraction de deux milles ans de chrétienté. Les grands chapeaux bizarres des pharisiens en sont une preuve : on nous montre des gens qui se distinguent en tout des autres, et qui forment un pouvoir très à part. Or, au temps de Jésus, c'était plutôt lui le personnage déroutant, et les pharisiens la norme. Poursuivons sur le réalisme : on en retrouve rien du milieu ethnique judéen ou galiléen. On ne voit pas de tsit-tsit par exemple, ce qui est une particularité vestimentaire juive qui frappe tout de suite les yeux.
L'acteur qui joue le Christ n'est pas à la hauteur du rôle, et sa carrière montre qu'il n'était probablement pas fait pour cette activité de comédien. Pasolini a pris un jeune étudiant espagnol dont ce fut le premier film. Il n'est bien entendu pas ridicule, mais n'est pas à la hauteur du personnage. Le film est très fort sur deux passages : la succession des paroles du Christ dans des scènes très courtes qui sont montées à toute allure, donne aux passages très connus de l'Évangile une dynamique très efficace. on voit que Pasolini croit à la force de ce discours. Le procès qui est affrontement verbal avec les pharisiens selon Pasolini, est une grossière erreur mais un très bon moment du film.
Au final, ce n'est d'ailleurs pas la narration matthéenne qui sert de fil conducteur au film, puisque des scènes d'autres évangiles figurent dans le film, et tout Matthieu n'y est pas. De plus, nous sommes très loin de qui fut Jésus de Nazareth, et nous sommes probablement très proches de la façon dont le Christ est vu par beaucoup de gens pieux et simples, mais sans grande culture biblique et chrétienne. Ce film est une belle évocation de ce que le Christ n'est pas, mais qu'on croit souvent qu'il est. J'en conseille la vision, mais avec le même détachement que le Christ dans son chemin de croix chez Pasolini...
Pier Paolo Pasolini, qui avait pris beaucoup de distance avec la société italienne de son époque, et qui fit preuve d'une grande lucidité dans ses engagements politiques, livre ici un Christ très catholique, très italien, très piétiste. Si le cinéphile peut y trouver son compte, et le film se laisse voir sans trop de difficultés, c'est le théologien qui peut ressortir quelque peu gêné car ce film est un échec de ce point de vu.
En terme de réalisme, le film est à mille lieux de tout : nous assistons à une histoire vieille de deux milles ans maintenant, et pourtant elle est traitée avec un prisme qui ne peut faire abstraction de deux milles ans de chrétienté. Les grands chapeaux bizarres des pharisiens en sont une preuve : on nous montre des gens qui se distinguent en tout des autres, et qui forment un pouvoir très à part. Or, au temps de Jésus, c'était plutôt lui le personnage déroutant, et les pharisiens la norme. Poursuivons sur le réalisme : on en retrouve rien du milieu ethnique judéen ou galiléen. On ne voit pas de tsit-tsit par exemple, ce qui est une particularité vestimentaire juive qui frappe tout de suite les yeux.
L'acteur qui joue le Christ n'est pas à la hauteur du rôle, et sa carrière montre qu'il n'était probablement pas fait pour cette activité de comédien. Pasolini a pris un jeune étudiant espagnol dont ce fut le premier film. Il n'est bien entendu pas ridicule, mais n'est pas à la hauteur du personnage. Le film est très fort sur deux passages : la succession des paroles du Christ dans des scènes très courtes qui sont montées à toute allure, donne aux passages très connus de l'Évangile une dynamique très efficace. on voit que Pasolini croit à la force de ce discours. Le procès qui est affrontement verbal avec les pharisiens selon Pasolini, est une grossière erreur mais un très bon moment du film.
Au final, ce n'est d'ailleurs pas la narration matthéenne qui sert de fil conducteur au film, puisque des scènes d'autres évangiles figurent dans le film, et tout Matthieu n'y est pas. De plus, nous sommes très loin de qui fut Jésus de Nazareth, et nous sommes probablement très proches de la façon dont le Christ est vu par beaucoup de gens pieux et simples, mais sans grande culture biblique et chrétienne. Ce film est une belle évocation de ce que le Christ n'est pas, mais qu'on croit souvent qu'il est. J'en conseille la vision, mais avec le même détachement que le Christ dans son chemin de croix chez Pasolini...
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