Titanic (James Cameron - 1997)
Inutile de présenter le célébrissime vainqueur de 11 oscars qui met en scène une histoire d'amour intense et tragique qui a lieu lors du terrible naufrage du Titanic, lors de sa première traversée entre l'Europe et l'Amérique. Le film est indéniablement un spectacle grandiose. Une grande partie de son succès est probablement aussi dû à l'histoire d'amour et pas uniquement à cette impressionnante débauche d'effets spéciaux.
Le film est très intéressant sous l'angle théologique sur trois points : l'attaque de la richesse, le comportement dans le désastre et enfin le caractère pascal de cet événement pour l'héroïne.
"je voyais toute ma vie comme si je l'avais déjà vécue, un défilé sans fin de fêtes et de cotillons, de yacht et de parties de polo. Toujours les mêmes gens mesquins, le même bavardage insignifiant. Je me sentais au bord d'un grand précipice. Sans personne pour me retenir, personne pour se soucier de moi, ou même me prêter attention." C'est ce que dit Rose, l'héroïne féminine avant de tenter de se suicider, moment de la rencontre avec le héros, Jack. Dans tout le film, à part une femme, mal considérée par les autres car nouvellement riche, et un homme, le constructeur du bateau, la classe dominante est montrée comme arrogante, stupide, sans cœur, vaniteuse, etc. Hormis les deux personnes mentionnées, cela est tellement brutal, en comparaison avec une classe laborieuse qui sait vivre correctement, s'amuser correctement, considérer l'autre correctement, que l'on frôle parfois la caricature, et le film est en passe de louper son attaque des riches. L'histoire réelle, pourtant, est un réquisitoire contre ces personnes : leur statut privilégié leur a donné un accès prioritaire aux canots de sauvetage insuffisamment nombreux, et un seul de ces canaux, conduit par un officier, est revenu en arrière pour sauver les gens de l'hypothermie dans les eaux glacées. Sur 1500 personnes tombées à l'eau, 6 seulement furent sauvées par l'unique canot qui partit à la recherche de survivants. Le ratio est très instructif. On comprend la chose suivante : la richesse est une épreuve terrible, qui ferme le cœur. Il faut relire l'Evangile de Luc, celui des pauvres et des petits, et relire Saint Jean Chrysostome, et ses féroces attaques contre les pauvres. Il y a chez les riches, une création artificielle d'une élection, une fausse relation à la providence. Tout ceci prendra fin face au trou d'une aiguille... l'attaque des riches est donc réussie, sur le fil du rasoir, une fois que tout est noué.Il n'y aura chez les gentlemans, aucun gentleman. Seule l'armée fera preuve de sens moral.
Le comportement dans le désastre est absolument fascinant : au tout début, alors qu'il faut se précipiter vers les canots, beaucoup ne réalisent pas. Le Titanic ne peut pas sombrer, ce n'est pas possible. La psychologie des personnages n'est pas romancée ici. Il s'agit des descriptions faites par les survivants. La scène la plus réussie sur ce point est celle du concepteur du navire, qui a compris que c'était sans issue, qui déambule au milieu de gens qui commandent à leur domestique de préparer un thé... Notre monde est le Titanic. Nous attendons une Parousie où tout va changer. En une fraction de seconde. Ceci, nul ne veut le réaliser, nul ne veut le croire. Même pour les croyants, c'est très dur à actualiser dans son existence.
Enfin, le caractère pascal peut paraître surprenant, mais songeons-y un instant. Et là, cela fait appel à l'inconscient du scénariste, car nous rentrons dans le fictionnel. Rose a une vie toute tracée, que beaucoup pourraient lui envier, mais où il manque juste de la vie. De la chaleur, de la vérité. Et la rencontre, pendant quelques heures, avec un homme qui va l'aimer et qui va mourir pour elle, la sauver de la mort, va transformer toute sa vie, sans retour arrière possible. Elle va tourner le dos à sa vie promise dans le luxe et le superficiel. Elle va vivre une vie plus simple mais plus vraie, et suprême renoncement, elle va mettre dans le somptueux bijou qui sert de trame à l'histoire, une valeur exclusivement morale et pas du tout financière. Rose, est l'archétype du chrétien qui rencontre le Christ. C'est assez évident quand on y recolle tous les morceaux du puzzle.
A noter des scènes très dures dans toute l'heure où se déroule le naufrage. Plus celui-ci avance, plus l'on voit des choses difficiles à supporter. Les gens se retrouvent devant des situations éthiques invraisemblables. Un officier se suicide d'ailleurs car les événements deviennent intolérables. Cameron n'hésite pas à amener des enfants, des vieillards. Il faut être préparé, sachant que cela s'est probablement passé de la sorte. Une mention spéciale pour l'orchestre : c'est une réalité historique, il joua jusqu'au bout. C'est un panache dans la mort qui est extraordinaire. La stupidité des constructeurs les ayant condamnés à mort, ils ont choisi de mourir de la sorte. Le scénariste leur prête la lucidité de penser qu'ils savaient pertinemment que nul n'écoutait. Le prêtre qui tient les gens au dessus du vide en récitant le psautier, est très bien mis en scène : ce prêtre fut la chose la plus haute avant que le bateau ne sombre. Pas forcément le film idéal à voir en paroisse, de part sa longueur aussi, mais un spectacle, plus chrétien qu'il n'y parait.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire