Jodhaa Akbar (Ashutosh Gowariker - 2008)
Le nom vous l'indique peut-être, il s'agit d'un film indien. En soi, parler du cinéma indien est une indication de ce que sera ce blog, ou plutôt de ce qu'il ne sera pas : ce ne sera pas le lieu d'un type de cinéma, à savoir occidental. Le Christ s'est offert pour le monde, il est normal que la théologie du cinéma de l'ensemble du monde soit abordée. Le cinéma indien tient une place particulière dans l'industrie cinématographique : l'importance de sa production, et la place de la musique et de la danse dans les films. Sans que chaque film puisse être classé comme comédie musicale, il ne m'a pas été donné de voir (pour l'instant) un film où il n'y ait pas une chanson. C'est assez étonnant au départ, assez exotique, dépaysant, agaçant selon le degré de formatage occidental que vous avez. Comme toute industrie, Bollywood (ainsi se nomme l'équivalent indien d'Hollywood) produit des navets, mais elle produit aussi des œuvres remarquables. Ce film est remarquable du simple point de vue cinématographique, mais également du point de vue théologique; Une bonne raison pour l'évoquer, donc...
Il s'agit de l'histoire de la rencontre puis de l'amour entre l'empereur Moghol musulman Jalaluddin Mohammad et de la princesse Rajpoute hindoue Jodhaa Bai. L'empereur sera appelé akbar, ce qui donne le nom au film. Fresque historique grandiose de plus de 3h, où l'on ne s'ennuie pas un seul instant, où les décors sont absolument somptueux (visiblement tournés pour certains dans les lieux historiques, ce qui aide indiscutablement à la réussite finale). Tout est au rendez vous d'un bon moment de cinéma : les batailles, les trahisons, les retournements de l'histoire, les surprises, etc. Que ceux qui ne sont pas fans de l'approche musicale indienne se rassure, la partie chantée représente quelque chose de marginal, et de plutôt bien agencé dans l'histoire, ainsi le chant religieux hindou de Jodhaa qui retentit dans le palais au moment où les autorités religieuses musulmanes s'émeuvent de ce mariage mixte du point de vue religieux. Qu'on ne s'y trompe pas néanmoins, c'est une histoire d'amour, car c'est cela qui donne la trame au film.
Venons-en à la théologie : l’idylle entre un empereur musulman et une princesse hindoue concerne la théologie chrétienne, car tout concerne la théologie chrétienne. Mais surtout elle met en scène trois choses très fortes : premièrement une vision positive de l'Islam. Il est important de garder à l'esprit que Dieu a un plan pour l'Islam. Un tel phénomène historico-religieux n'a pas pu perdurer avec cette intensité sans l'aval de Dieu. Cela ne veut pas dire que l'Islam soit juste théologiquement. Cela veut dire que Dieu a permis l'Islam. Il faudra bien relire et méditer profondément tout ce qui concerne Ismaël dans la Bible pour bien comprendre l'Islam. Il faut absolument sortir des archétypes médiatiques violents. L'Islam en soi n'existe pas, il n'est que ce qu'en font les musulmans. Si tous étaient comme Jalaluddin, il aurait meilleure presse, c'est indéniable. Le film montre aussi des musulmans pointilleux. C'est très équilibré. Mais surtout on voit un empereur ayant un comportement que beaucoup de rois chrétiens n'ont pas eu. C'est peut être historiquement embelli, mais peu importe, c'est la théologie du film qui m'importe.
Deuxième chose très forte : la pratique hindoue en relation avec l'Islam. Tout comme nous, l'Islam est monothéiste et condamne l'adoration d'idoles. Hors on voit la princesse prier une statue d'un dieu, krishna en l’occurrence. Hors l'on voit bien que cette statue n'est pas ce qu'elle adore, mais bien le dieu qui est figuré par cette statue. Le souci n'est donc pas la statue, mais bien le fait d'adorer un autre dieu que Dieu. C'est cela qui heurte les responsables religieux qui font pression sur l'empereur pour empêcher cette union. Le film montre un empereur soucieux de pacifier la cohabitation et la coexistence des religions sur son empire. Il y parvient. Là où l’œcuménisme n'a pas d'intérêt sur le plan théologique car la vérité ne se discute pas, les rencontres religieuses sont précieuses pour adresser ce problème, qui ne peut être laissé à la médiocrité politique. Ce sujet est explosif, et nous voyons ici un exemple historique, dans un contexte au moins aussi compliqué que le notre, qui aboutit sur une réussite. Tirons-en les enseignements.
Enfin, troisième point, et grand étonnement lorsque j'ai vu cette scène, l'empereur, lorsqu'il doit décider s'il va épouser une princesse non musulmane va prier sur le tombeau d'un saint musulman et lui adresse sa prière pour qu'il l'adresse à Dieu. C'est une notion qui me semblait interdite en Islam. Si elle existe, elle révèle deux choses : le Christianisme authentique a bien plus influencé l'Islam qu'on ne le pensait, et le rejet de l'appel aux saints, est une dérive récente aussi bien dans le monde chrétien que dans le monde musulman. Cela pourrait être un des nombreux marqueurs fort d'un Christianisme authentique, et un point sur lequel, étrangement, les musulmans tels que l'empereur sont plus proche de la vérité (vous savez celle qui rend libre et qu'on ne doit donc pas négocier) que certains "chrétiens".
A voir sans réserve, pas forcément dans le cadre d'une paroisse, car trop éloigné du Christ et trop long, mais comme spectacle personnel; C'est tellement au dessus de la production américaine standard actuelle...
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