dimanche 28 septembre 2014

Jodhaa Akbar (Ashutosh Gowariker - 2008)

Le nom vous l'indique peut-être, il s'agit d'un film indien. En soi, parler du cinéma indien est une indication de ce que sera ce blog, ou plutôt de ce qu'il ne sera pas : ce ne sera pas le lieu d'un type de cinéma, à savoir occidental. Le Christ s'est offert pour le monde, il est normal que la théologie du cinéma de l'ensemble du monde soit abordée. Le cinéma indien tient une place particulière dans l'industrie cinématographique : l'importance de sa production, et la place de la musique et de la danse dans les films. Sans que chaque film puisse être classé comme comédie musicale, il ne m'a pas été donné de voir (pour l'instant) un film où il n'y ait pas une chanson. C'est assez étonnant au départ, assez exotique, dépaysant, agaçant selon le degré de formatage occidental que vous avez. Comme toute industrie, Bollywood (ainsi se nomme l'équivalent indien d'Hollywood) produit des navets, mais elle produit aussi des œuvres remarquables. Ce film est remarquable du simple point de vue cinématographique, mais également du point de vue théologique; Une bonne raison pour l'évoquer, donc...

Il s'agit de l'histoire de la rencontre puis de l'amour entre l'empereur Moghol musulman Jalaluddin Mohammad et de la princesse Rajpoute hindoue Jodhaa Bai. L'empereur sera appelé akbar, ce qui donne le nom au film. Fresque historique grandiose de plus de 3h, où l'on ne s'ennuie pas un seul instant, où les décors sont absolument somptueux (visiblement tournés pour certains dans les lieux historiques, ce qui aide indiscutablement à la réussite finale). Tout est au rendez vous d'un bon moment de cinéma : les batailles, les trahisons, les retournements de l'histoire, les surprises, etc. Que ceux qui ne sont pas fans de l'approche musicale indienne se rassure, la partie chantée représente quelque chose de marginal, et de plutôt bien agencé dans l'histoire, ainsi le chant religieux hindou de Jodhaa qui retentit dans le palais au moment où les autorités religieuses musulmanes s'émeuvent de ce mariage mixte du point de vue religieux. Qu'on ne s'y trompe pas néanmoins, c'est une histoire d'amour, car c'est cela qui donne la trame au film.

Venons-en à la théologie : l’idylle entre un empereur musulman et une princesse hindoue concerne la théologie chrétienne, car tout concerne la théologie chrétienne. Mais surtout elle met en scène trois choses très fortes : premièrement une vision positive de l'Islam. Il est important de garder à l'esprit que Dieu a un plan pour l'Islam. Un tel phénomène historico-religieux n'a pas pu perdurer avec cette intensité sans l'aval de Dieu. Cela ne veut pas dire que l'Islam soit juste théologiquement. Cela veut dire que Dieu a permis l'Islam. Il faudra bien relire et méditer profondément tout ce qui concerne Ismaël dans la Bible pour bien comprendre l'Islam. Il faut absolument sortir des archétypes médiatiques violents. L'Islam en soi n'existe pas, il n'est que ce qu'en font les musulmans. Si tous étaient comme Jalaluddin, il aurait meilleure presse, c'est indéniable. Le film montre aussi des musulmans pointilleux. C'est très équilibré. Mais surtout on voit un empereur ayant un comportement que beaucoup de rois chrétiens n'ont pas eu. C'est peut être historiquement embelli, mais peu importe, c'est la théologie du film qui m'importe.
Deuxième chose très forte : la pratique hindoue en relation avec l'Islam. Tout comme nous, l'Islam est monothéiste et condamne l'adoration d'idoles. Hors on voit la princesse prier une statue d'un dieu, krishna en l’occurrence. Hors l'on voit bien que cette statue n'est pas ce qu'elle adore, mais bien le dieu qui est figuré par cette statue. Le souci n'est donc pas la statue, mais bien le fait d'adorer un autre dieu que Dieu. C'est cela qui heurte les responsables religieux qui font pression sur l'empereur pour empêcher cette union. Le film montre un empereur soucieux de pacifier la cohabitation et la coexistence des religions sur son empire. Il y parvient. Là où l’œcuménisme n'a pas d'intérêt sur le plan théologique car la vérité ne se discute pas, les rencontres religieuses sont précieuses pour adresser ce problème, qui ne peut être laissé à la médiocrité politique. Ce sujet est explosif, et nous voyons ici un exemple historique, dans un contexte au moins aussi compliqué que le notre, qui aboutit sur une réussite. Tirons-en les enseignements.

Enfin, troisième point, et grand étonnement lorsque j'ai vu cette scène, l'empereur, lorsqu'il doit décider s'il va épouser une princesse non musulmane va prier sur le tombeau d'un saint musulman et lui adresse sa prière pour qu'il l'adresse à Dieu. C'est une notion qui me semblait interdite en Islam. Si elle existe, elle révèle deux choses : le Christianisme authentique a bien plus influencé l'Islam qu'on ne le pensait, et le rejet de l'appel aux saints, est une dérive récente aussi bien dans le monde chrétien que dans le monde musulman. Cela pourrait être un des nombreux marqueurs fort d'un Christianisme authentique, et un point sur lequel, étrangement, les musulmans tels que l'empereur sont plus proche de la vérité (vous savez celle qui rend libre et qu'on ne doit donc pas négocier) que certains "chrétiens".

A voir sans réserve, pas forcément dans le cadre d'une paroisse, car trop éloigné du Christ et trop long, mais comme spectacle personnel; C'est tellement au dessus de la production américaine standard actuelle...
300 (Zack Snyder - 2006)

Seul un théologien averti pourra savourer le contenu théologique de ce petit bijou esthétique. Pour les amateurs de Game Of Thrones (la serie tv) on y retrouve des visages familiers chez les Lannisters. Le film a pour objet une bataille entre les grecs et les perses, et ceci est une phase importante de l'histoire du salut et du plan de Dieu.

En effet, le nom ineffable de Dieu comporte quatre lettres. Connu sous le nom de tétragramme, ce nom ne doit pas être prononce, ce qui participe de sa sanctification, car il est tout autre. Chacune de ces lettres sera voilée dans l'histoire, par un empire. Ceci est la lecture traditionnelle juive du livre de Daniel, connue de Saint Jérôme. Le premier empire est Babylone. Le second est la Perse. Le troisième est la Grèce, et enfin le dernier, Rome. Le Messie est celui qui viendra défaire le dernier empire. Chaque empire est de plus en plus puissant, puisqu'il submerge le précédent.

Et bien vous voyez ici, le moment le plus christique qui annonce le basculement a venir entre Perse et Grèce. Le contexte historique du film est le suivant : la bataille de Marathon s'est achevée par une victoire d'Athènes face aux perses (490 av JC). L'empereur perse revient avec une armée monumentale (les récits historiques de l'époque parlent d'un million de soldats) pour soumettre toute la Grèce. La ville de Sparte, conduit par le roi Léonidas, refuse de se soumettre et décide, avec seulement 300 guerriers d'affronter le géant perse. Les 300 tiendront en échec le tsunami perse pendant plusieurs jours dans la bataille des Thermopyles (480 av JC)

En quoi est-ce christique ? premièrement car les perses sont vainqueurs, et les grecs perdent lors de la bataille proprement dite, mais cette défaite de par son déroulement est une victoire qui permet quelques mois plus tard a la Grèce de mettre fin a l'invasion perse. Nous avons donc un sacrifice qui permet un triomphe, et nous avons une trahison, qui scelle le destin glorieux des 300 guerriers. C'est christique car le sacrifice spartiate montre un rapport a la mort des grecs qui est plus proche de la révélation chrétienne que celui des perses. Aucun des 300 n'est dupe de l'issue de la campagne. Et pourtant, pas de calcul politique, pas d'alliance, uniquement la recherché de la gloire et un attachement farouche a la liberté. Lorsque le traître, Ephialtes, se soumet a Xerxes, la mise en scène montre clairement la portée satanique de la démarche de Xerxes : il se proclame Dieu, veut être adore comme tel, et on présente au traître comme récompense tout un ensemble de sexualités qui montre un rapport au genre plus qu'ambigu. Même si l'hybris grec n'est pas chrétien en soi, on voit que pour permettre l'avènement de l'Église, il faut que la Perse cède a la Grèce. Ce sera fait de façon définitive avec l'odyssée d'Alexandre le Grand, au quatrième siècle avant JC.

Reste bien évidemment dans Sparte des choses choquantes pour un regard chrétien : l'agoge, période où l'on laisse le jeune garçon dans un environnement hostile afin de ne garder que les plus résistants. Pas étonnant que 300 hommes super entraînes ayant survécu a pareil traitement dans leur enfance aient causés du mal aux Perses.

Chaque chrétien devrait sélectionner avec passion tous les films permettant de se forger une indispensable culture antique. L’antiquité n'est ni plus ni moins que la préparation de la révélation. La contextualiser est plus qu'indispensable. Ensuite, il faut du discernement et laisser ce qui n'est pas chrétien de côté. Ainsi, le film est très violent, et a une esthétique parfois fantastique, parfois a la frontière de la bande dessinée. Le public est donc averti, mais c'est une incontestable réussite esthétique, cinématographique et dans sa vérité théologique. Ainsi, vous pourrez regarder d’œil neuf, l’arrivée de l’émissaire perse dans la ville de Sparte, plein de ses certitudes et de son arrogance. L'empire n'est jamais aussi arrogant, sur de lui et flamboyant que lorsqu'il est sur le point de s'effondrer...



mercredi 10 septembre 2014

Kiss of the dragon (chris nahon - 2001)

Voici un film d'arts martiaux qui pourrait passer pour particulièrement caricatural : un gentil contre plein de méchants qui va rétablir la justice et sauver une jolie demoiselle. Le caractère grossier du scénario serait ici équilibré par plusieurs scènes d'actions décoiffantes.
Et pourtant, voici un film où l'on n'attend rien de particulier du point de vue théologique, et où l'on trouve pas mal de concepts.
Premier concept : l'archétype féminin est une prostituée, victime d'une prostitution forcée par un serviteur de l'état. Elle est victime d'addictions, et son seul souhait est de préserver sa fille. Voyez cet archétype féminin comme la phase terminale de ce que le monde moderne propose à la femme : un système tyrannique qui vient de l'état, un lien cassé entre générations, pas d'archétype masculin complémentaire, et qui avec maladresse et charme mêlés tente maladroitement de nouer une relation humaine véritable.
Second concept : l'archétype masculin  est un guerrier qui va être attaqué avec un cynisme absolu par un système, et contre lequel il devra entamer une lutte à mort pour simplement survivre. A la toute fin, il comprend que toute la force dont il est capable, n'a de sens, n'a que pour seul objet, la rencontre avec le féminin, puisqu'il est évident que la fin du film ouvre sur une histoire d'amour entre les deux personnages.

Et le biblique le dit dès le récit de la Génèse : il n'est pas bon que l'homme soit seul. Un homme est fait pour vivre avec une femme, et vice-versa. La division poussée à son paroxysme confine l'homme dans la guerre et la femme dans la souffrance. Le mariage d'un homme et d'une femme est aujourd'hui devenu un acte anti-système. Ce film a finalement un caractère hautement subversif quand on y pense...

Ensuite pour les amateurs d'arts martiaux, les clins d’œil à Bruce Lee sont le lieu de plusieurs hommages, le plus marquant étant la scène ou Jet Li se bat seul dans un dojo face à de multiples assaillants, remake de la célèbre scène de nunchaku. Le méchant en titre, incarné par un excellent et déjanté Techky Karyo est une belle métaphore du système : il ne recule devant rien et se fiche bien des conséquences. La théologie n'est pas ce qui saute aux yeux au premier abord, et par nature ce film est violent, mais regardez les scènes entre Jet Li et la belle Bridget Fonda, et vous verrez émerger une inattendue résolution archétypale de la recontre du masculin et du féminin dans le monde moderne.

mercredi 3 septembre 2014

The prisoner - arrival (Don Chaffey - 1968)

premier épisode sur les 17 que comporte la série, arrival décrit l'arrivée du prisonnier, dont nous ne connaîtrons jamais le nom, dans "le village", un lieu mystérieux où semble internés tous ceux qui ont des "informations" liées aux agences de renseignements, et qu'un mystérieux numéro 1 souhaite connaître.
Ce qui motive l'arrivée du héros, c'est sa démission des services secrets. Le numéro 1 charge le numéro 2 de découvrir pourquoi.
Voyons dans cet épisode précisément, ce qui constitue la description d'un état proprement totalitaire, telle que décrite dans la série :
- il n'y a pas de police apparente. La technologie de surveillance complète ainsi que des faux prisonniers assurent le maintien de l'ordre. La puissance technologique est insurpassable.
- tout le monde a un numéro. Sans ce numéro il est impossible de faire quoi que ce soit.
- le village est très cosmopolite. On s'adressera à lui en français dans ce premier épisode
- on lui propose d'être haut placé dans le système de contrôle.
- le conseil du village, élu démocratiquement, est décrit comme un endroit de débat et de théâtre.
Le village est la miniature de notre monde et visiblement la liberté lui fait peur. Cette série est excellente pour comprendre que nous ne sommes pas en démocratie, que la liberté est un théâtre cynique. Le principe de dictature auquel nous sommes soumis est d'un style très particulier : il est subtil car les prisonniers n'ont pas conscience d'être prisonniers. Puissions nous toujours être aussi soucieux de notre liberté que le numéro 6 qui lance à la face du numéro 2 : I will not be pushed, filed, stamped, indexed, briefed, debriefed, or numbered. My life is my own. Ce qui fut traduit par : je ne veux pas me faire ficher, enregistrer, classer, déclasser ou numéroter. Ma vie m'appartient.
Souvenez-vous que sous Louis XIV présenté comme affreusement tyrannique, il n'y avait pas de carte d'identité. Un simple certificat de baptême vous permettait de voyager dans toute l’Europe...

mardi 2 septembre 2014

Groundhog day (Harold Ramis - 1993)

Ce film relativement inclassable puisqu'il s'agit à la fois d'une comédie romantique et d'un conte fantastique, est très plaisant à voir et à revoir. L'histoire est qu'un homme, placé dans un lieu qu'il méprise, dans des conditions qu'il déteste est condamné à revivre sans cesse le même jour : le jour de la marmotte (traduction plus fidèle du titre), une fête provinciale où une marmotte est censée prédire la durée restante de l'hiver. Présentateur météo d'une chaîne locale, il est parti dans une petit ville américaine, et n'a qu'une hâte : quitter ceux qu'il prend pour des ploucs et rentrer au plus vite dans son confort.
Ce principe le rend original : on revoit sans cesse les mêmes scènes, et le héros qui se débat dedans, cherchant à comprendre, les exploiter en tirer profit, etc. Il va passer par tous les stades : l'euphorie délictueuse, la dépression suicidaire, la séduction artificielle, etc. Métaphore assez brillante de notre vie, elle met en scène une personne qui a un avantage sur le commun des mortels : sa situation le met dans l'obligation de se poser les questions métaphysiques, et on voit passer tous les comportements que l'homme choisit dans un monde où il a été placé, en s'interrogeant rarement sur la finalité de la chose. L'athée est comme un homme jeté dans un lieu totalement prévu pour ses besoins, qui en jouirait sans jamais se poser la question de qui l'a mis là et pourquoi.
On voit dans le cheminement du héros, que sa réflexion va le mener petit à petit vers Dieu. Le film ne le met pas en avant, mais le montre de façon très subtile : après diverses phases, le héros (Phil) s'évertue à essayer de faire survivre un mendiant qu'il avait dédaigneusement ignoré dans ses premiers "jours". Mais Dieu continue à le rappeler quoi qu'il arrive. Et Phil va lever les yeux au ciel : il comprend que ce n'est pas cela que Dieu attend. Il va donc s'évertuer à accomplir la journée idéale. C'est là que le film devient très touchant : il va, à force d'étude et d'observation aider nombre de gens qui ont des soucis ce jour là. Ceci combiné à l'apprentissage patient de tout ce qui intéresse la femme dont il est amoureux et qu'il cherche à séduire, va contribuer à la réussite de cet objectif : il va réaliser la journée parfaite.
Cette journée arrive après l'échec d'une séduction un peu artificielle ou petit pas par petit pas, il avait réussi à troubler l’héroïne, Rita, mais pas à la séduire totalement. Une claque venait ponctuer inlassablement cette approche méthodique. C'est en réalisant la journée parfaite, en grande partie tournée vers l'aide à autrui qu'il parviendra à séduire celle qu'il aime.
Et c'est là que c'est théologiquement intéressant. Phil est dans la même situation qu'Abraham au chapitre 20 de la Genèse. C'est en aidant autrui, que son propre souci est adressé par la providence. Pour Abraham la difficulté est de devoir prier avec sincérité pour le gredin qui a enlevé sa femme pour la faire sienne. Pour Phil, la difficulté est de ne pas céder au désespoir existentiel, et de vouloir réaliser quelque chose sans aucun lendemain, puisque demain n'existe pas. C'est en faisant de sa journée, une journée parfaite, que demain va pouvoir aboutir. Très rafraîchissant...