mardi 2 septembre 2014

Groundhog day (Harold Ramis - 1993)

Ce film relativement inclassable puisqu'il s'agit à la fois d'une comédie romantique et d'un conte fantastique, est très plaisant à voir et à revoir. L'histoire est qu'un homme, placé dans un lieu qu'il méprise, dans des conditions qu'il déteste est condamné à revivre sans cesse le même jour : le jour de la marmotte (traduction plus fidèle du titre), une fête provinciale où une marmotte est censée prédire la durée restante de l'hiver. Présentateur météo d'une chaîne locale, il est parti dans une petit ville américaine, et n'a qu'une hâte : quitter ceux qu'il prend pour des ploucs et rentrer au plus vite dans son confort.
Ce principe le rend original : on revoit sans cesse les mêmes scènes, et le héros qui se débat dedans, cherchant à comprendre, les exploiter en tirer profit, etc. Il va passer par tous les stades : l'euphorie délictueuse, la dépression suicidaire, la séduction artificielle, etc. Métaphore assez brillante de notre vie, elle met en scène une personne qui a un avantage sur le commun des mortels : sa situation le met dans l'obligation de se poser les questions métaphysiques, et on voit passer tous les comportements que l'homme choisit dans un monde où il a été placé, en s'interrogeant rarement sur la finalité de la chose. L'athée est comme un homme jeté dans un lieu totalement prévu pour ses besoins, qui en jouirait sans jamais se poser la question de qui l'a mis là et pourquoi.
On voit dans le cheminement du héros, que sa réflexion va le mener petit à petit vers Dieu. Le film ne le met pas en avant, mais le montre de façon très subtile : après diverses phases, le héros (Phil) s'évertue à essayer de faire survivre un mendiant qu'il avait dédaigneusement ignoré dans ses premiers "jours". Mais Dieu continue à le rappeler quoi qu'il arrive. Et Phil va lever les yeux au ciel : il comprend que ce n'est pas cela que Dieu attend. Il va donc s'évertuer à accomplir la journée idéale. C'est là que le film devient très touchant : il va, à force d'étude et d'observation aider nombre de gens qui ont des soucis ce jour là. Ceci combiné à l'apprentissage patient de tout ce qui intéresse la femme dont il est amoureux et qu'il cherche à séduire, va contribuer à la réussite de cet objectif : il va réaliser la journée parfaite.
Cette journée arrive après l'échec d'une séduction un peu artificielle ou petit pas par petit pas, il avait réussi à troubler l’héroïne, Rita, mais pas à la séduire totalement. Une claque venait ponctuer inlassablement cette approche méthodique. C'est en réalisant la journée parfaite, en grande partie tournée vers l'aide à autrui qu'il parviendra à séduire celle qu'il aime.
Et c'est là que c'est théologiquement intéressant. Phil est dans la même situation qu'Abraham au chapitre 20 de la Genèse. C'est en aidant autrui, que son propre souci est adressé par la providence. Pour Abraham la difficulté est de devoir prier avec sincérité pour le gredin qui a enlevé sa femme pour la faire sienne. Pour Phil, la difficulté est de ne pas céder au désespoir existentiel, et de vouloir réaliser quelque chose sans aucun lendemain, puisque demain n'existe pas. C'est en faisant de sa journée, une journée parfaite, que demain va pouvoir aboutir. Très rafraîchissant...

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