Children of men (Alfonso Cuarón - 2006)
Si ce modeste blog cherche à traquer les traces théologiques inconscientes ou cachées dans les œuvres cinématographiques ou télévisuelles, la tâche est beaucoup plus aisée dans un film où les messages religieux sont explicites. L'histoire brièvement, est celle de notre monde en 2027 où l’humanité est devenue stérile, les états policiers règnent un peu partout sur terre, et où un homme est chargé par un groupe de résistants d'escorter une jeune réfugiée enceinte pour qu'elle puisse fuir une Angleterre néo-fasciste.
Le film est une incontestable réussite théologique et artistique. Les clins d’œil chrétiens sont innombrables :
- la stérilité qui est le signe biblique de quelque chose d'important
- la révélation de la maternité future de la jeune femme dans une étable
- les opposants au gouvernement qui se sont nommés les poissons
- le titre tiré d'un psaume (90 en hébreu : בְנֵי־אָדָֽם et 89 en grec : υἱοὶ τῶν ἀνθρώπων), le troisième verset traduit ainsi chez Chouraqui : "Tu fais retourner l'homme dans la poussière, mais tu dis : retournez, fils de l'humain".
- le monde entier hostile qui semble invincible, et qui sera au final vaincu par la simplicité et la pauvreté
- le réconfort qui est donné par une veille famille dans un petit appartement rempli d'icônes, ainsi que la très belle musique composée par un compositeur orthodoxe (John Tavener dont le travail mérite attention)
- La fille enceinte est escortée par Myriam (le nom hébreu de la Vierge Marie) et Théo (Theos signifie Dieu en grec)
Le film fait grand usage de façon très virtuose du plan séquence. C'est en soi un des éléments remarquables du film. Car cela pourrait être une prouesse technique d'un cinéaste qui veut se prouver des choses, ou impressionner son public de connaisseurs. Mais ceci est au service de la théologie, et c'est là que cela devient intéressant. Un long plan séquence met en scène une attaque en voiture par les rebelles. La scène marque la première vraie irruption de la violence dans le film, et elle est à couper le souffle. Elle est au delà de la fascination que la violence peut engendrer. Cette façon de la filmer n'est pas complice. Elle veut en montrer la continuité. Le plan séquence suivant montre la naissance de l'enfant, le premier enfant depuis des années. Il y a ce suspense de savoir si la malédiction dont on ne connait pas la cause est rompue, ou bien si un drame va survenir. La où le premier plan était dédié à la violence et à la mort, le deuxième l'est à la vie qui fait irruption. Le troisième, le plus long est une grande scène de guérilla urbaine, qui est le moment de bravoure du film, et le moment de grâce aussi. Les pleurs d'un nouveau né font stopper toutes les opérations militaires quelques instants, puis lorsqu'il n'est plus là, la violence se déchaîne à nouveau. Ce plan séquence, aussi long que les deux autres réunis, juxtapose la violence et la vie.
Ce film est un des meilleurs films de ces dernières années. Il ne met pas en scène une débauche d'effets spéciaux pour masquer une faiblesse de scénario comme c'est souvent malheureusement le cas. Ici, l'anticipation met en scène l'un des plus vieux soucis de l'homme. Abraham s'est affronté à lui depuis la fournaise d'Our Kasdim jusqu'au terrible moment de la Aquedat Yits'haq (la ligature d'Isaac) : l'espoir en Dieu. Le film vous fait suivre le parcours initiatique de Theo, ex activiste désabusé qui travaille pour le gouvernement, et qui regardait le monde sombrer dans un gigantesque cauchemar concentrationnaire, et qui découvre que Dieu, s'occupe toujours de son monde, d'une façon toujours difficile à percevoir. La malédiction a été vaincue... le tombeau est vide !!!
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