vendredi 15 août 2014

Il vangelo secondo Matteo (Pier Paolo Pasolini - 1964)

Pier Paolo Pasolini, qui avait pris beaucoup de distance avec la société italienne de son époque, et qui fit preuve d'une grande lucidité dans ses engagements politiques, livre ici un Christ très catholique, très italien, très piétiste. Si le cinéphile peut y trouver son compte, et le film se laisse voir sans trop de difficultés, c'est le théologien qui peut ressortir quelque peu gêné car ce film est un échec de ce point de vu.
En terme de réalisme, le film est à mille lieux de tout : nous assistons à une histoire vieille de deux milles ans maintenant, et pourtant elle est traitée avec un prisme qui ne peut faire abstraction de deux milles ans de chrétienté. Les grands chapeaux bizarres des pharisiens en sont une preuve : on nous montre des gens qui se distinguent en tout des autres, et qui forment un pouvoir très à part. Or, au temps de Jésus, c'était plutôt lui le personnage déroutant, et les pharisiens la norme. Poursuivons sur le réalisme : on en retrouve rien du milieu ethnique judéen ou galiléen. On ne voit pas de tsit-tsit par exemple, ce qui est une particularité vestimentaire juive qui frappe tout de suite les yeux.
L'acteur qui joue le Christ n'est pas à la hauteur du rôle, et sa carrière montre qu'il n'était probablement pas fait pour cette activité de comédien. Pasolini a pris un jeune étudiant espagnol dont ce fut le premier film. Il n'est bien entendu pas ridicule, mais n'est pas à la hauteur du personnage. Le film est très fort sur deux passages : la succession des paroles du Christ dans des scènes très courtes qui sont montées à toute allure, donne aux passages très connus de l'Évangile une dynamique très efficace. on voit que Pasolini croit à la force de ce discours. Le procès qui est affrontement verbal avec les pharisiens selon Pasolini, est une grossière erreur mais un très bon moment du film. 
Au final, ce n'est d'ailleurs pas la narration matthéenne qui sert de fil conducteur au film, puisque des scènes d'autres évangiles figurent dans le film, et tout Matthieu n'y est pas. De plus, nous sommes très loin de qui fut Jésus de Nazareth, et nous sommes probablement très proches de la façon dont le Christ est vu par beaucoup de gens pieux et simples, mais sans grande culture biblique et chrétienne. Ce film est une belle évocation de ce que le Christ n'est pas, mais qu'on croit souvent qu'il est. J'en conseille la vision, mais avec le même détachement que le Christ dans son chemin de croix chez Pasolini...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire