samedi 23 août 2014

Senso (Luchino Visconti - 1954)

Ce très beau film, bien qu'offrant des scènes à grand spectacle (l'opéra de l'ouverture ou la bataille à l'issue du film) se focalise sur ce qu'est l'essence profonde de cet art, ainsi que la littérature : l'étude de personnage. Et ici, nous avons la rencontre d'un homme et d'une femme, dont on va voir au fur et à mesure que tout ce qu'ils présentent au monde est absolument faux. Et cette absence de vérité dans la relation entre eux va les mener à la mort, pour lui, et à la folie pour elle.
C'est à dire que Visconti touche ici du doigt le problème, mais n'amène pas la réponse. C'est donc de son point de vue non chrétien, un film d'une très grande honnêteté. Il ne propose pas de solution de substitution en relation avec l'air du temps. Il ne propose rien même qui soit en relation avec sa vie propre. Il constate le problème.
La trame historique du film se déroule lors de la fin de l'occupation autrichienne de l'Italie, et la poussée du nationalisme italien dans l'irrésistible ascension des nations dans toute l'Europe. Cette notion de nation est aujourd'hui un écueil pour nombre d'orthodoxes, car ils ne comprennent pas correctement la notion de phylétisme. Mais Senso ne traitant pas de la nation, je ne traiterai pas du phylétisme. La nation ici sert de prétexte à montrer la trahison de la comtesse : elle trahit l'honneur de sa famille pour esquiver le duel potentiellement fatal de Malher. Elle trahit les idéaux qu'elle professe puisqu'elle choisit comme amant un occupant. Elle trahit ses compagnons de lutte en acceptant de cacher l'argent puis en le donnant à Malher pour qu'il échappe aux combats. Et bien qu'on ne constate pas une grande proximité ou une tendresse quelconque avec son mari, elle trahit le sacrement du mariage. Il est difficile de dire lorsqu'elle est suivie, si son mari tient à elle véritablement ou s'il est soucieux des convenances...
Le personnage de Malher est encore plus noir que celui de la comtesse, qui elle au moins a l'excuse de la passion amoureuse. Ce qu'il a de plus qu'elle, c'est la lucidité sur lui-même. Le portrait qu'il lui dresse de lui même avant qu'elle ne le dénonce pour désertion est terrible : conscience de l'étendue du péché ou volonté de la dégoûter de lui ? un mélange de deux probablement.
La musique de Brückner (symphonie 7) choisie par Visconti est absolument parfaite.Il y a des scènes dont l'esthétique et le sens théologique sont grandioses : la scène du puits où les futurs amants se charment. On sait que le puits est dans le biblique le lieu des rencontres : les couples dans les lignées patriarcales ou bien Jésus et la Samaritaine. Ici le puits est inversé. Il a perdu toute sa dimension d'effusion de l'esprit. Il est le lieu où se scellent les mensonges, les trahisons. Les chimères l'emportent sur les serments, et les impressions dominent la raison. Les détails racontent que Visconti voulait tourner avec Bergman et Brando. Mais il a dans la personne d'Alida Valli et Farley Granger des personnes aussi d'une grande beauté, ce qui est important dans le domaine du contraste. La beauté ici n'est qu'extérieure. Ce film est une incontestable réussite, et lorsque l'on accompagne ces deux damnés dans leur damnation, nous taraude l'unique question que lance l'occident à ceux qui ouvrent les yeux : jusqu'où vont-ils descendre ?

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