12 angry men (Sydney Lumet - 1957)
Si je ne devais garder que 10 films de cinéma, ce film en ferait assurément partie. Pourtant, la plus grande partie du film se passe dans une seule pièce. Il s'agit de la délibération d'un jury. Rien de plus. Il fait horriblement chaud. Le ventilateur est cassé. Le soir même, il y a un très grand match de base-ball. Le procès a montré qu'à l'évidence la plus grossière, l'accusé, un jeune des quartiers défavorisés est coupable de parricide. Il a menacé son père de mort quelques heures auparavant. Le voisin du dessus a entendu le meurtre et l'a vu s'enfuir, et la voisine d'en face l'a carrément vu commis. Inutile de vous dire en ce cas, qu'un petit tour de table est suffisant pour le condamner. Mais arrive l'imprévu : un des douze jurés votent "non coupable". Et la loi les oblige à parvenir à un verdict unanime. Le film, absolument passionnant, montre tout le processus qui va mener à l'acquittement et au fait de rendre un verdict "non coupable".
Passons à la théologie. Ce film est un des meilleurs plaidoyers en ce qui concerne le jugement. Pas uniquement le jugement en terme judiciaire, mais le jugement en règle générale. Le jugement est présenté de façon très défavorable par le Christ. En fait, ce qu'Il explique, et le film en est une magnifique illustration, c'est toute la difficulté de juger. Est-ce que si tout le monde se comportait comme ce juré rebelle, le monde ne serait pas plus conforme aux enseignements du Christ ? Assurément !!! Le film nous présente toute les apparences de la culpabilité et nous montre qu'en creusant, qu'en cherchant avec honnêteté, à plusieurs, on peut parvenir à aller contre les apparences, dans l'établissement de la vérité. Et encore, la vérité est ici à prendre avec des pincettes. Il s'agit simplement de dire que la culpabilité est impossible à déclarer avec les pièces telles qu'elles sont. Cela signifie aussi que beaucoup de choses que croyons bonnes mais que nous ne connaissons pas en profondeur, sont en réalité mauvaises. L'eschatologie enseigne, qu'à la fin des temps, il y aura une telle inversion des valeurs, que l'on appellera bien mal et mal bien. Le Chrétien est celui qui sait prendre la distance avec son époque pour ne pas juger par réflexe. Ne sommes nous pas un peuple de prophètes ?
samedi 29 novembre 2014
mardi 11 novembre 2014
Heat (Michael Mann - 1995)
Michael Mann est un grand réalisateur, au style très personnel. Spécialiste dans les polars urbains, il met en scène la cité moderne, et mélange fascination et répulsion pour ces grands ensembles inhumains que sont devenus nos mégapoles actuelles. Il essaie de trouver une beauté dans cette laideur, et cette beauté c'est celle de ses personnages. Dans Heat il a deux personnages de choix, portés par deux acteurs d'exception : Al Pacino et Robert de Niro. C'était l'occasion pour ce film de mettre en scène les deux acteurs dans deux grandes scènes : la rencontre puis la mort. En effet Pacino joue un flic, et de Niro un truand. L'un court après l'autre mais les deux sont finalement les mêmes, ils se fascinent réciproquement, se respectent.
Ce qui me permet de passer immédiatement à la théologie. Ces deux personnages en miroir sont un très point de départ pour comprendre ce qu'est la sainteté. La sainteté n'est pas une façon de faire le bien en ayant une sorte de répulsion magique contre le mal. Le saint est quelqu'un qui a réussi à canaliser une énergie formidable pour la mettre au service de Dieu. Le vrai saint n'est pas celui qui n'a aucun désir. Le saint est celui qui canalise son désir vers quelque chose de plus haut. Le saint a quelque chose à sublimer. Il n'est pas privé de désir, sinon il serait aussi privé de mérite. Jean nous apprend que Dieu vomit les tièdes (Ap 3:15-16). Ainsi le flic et le voyou sont interchangeables. Ils ont les mêmes méthodes, les mêmes attitudes, se reconnaissent.
Saül n'a pas pu être roi car il était dégoûté du péché. C'est bien mais pas suffisant. Il a été vomi de la royauté d'Israël. David a pu être le roi immense que l'on sait parce qu'il a sublimé en lui tout ce qui dégoûtait Saül. Le personnage interprété par de Niro a un appétit immense de liberté. Il tente le braquage de la banque parce qu'il pense que cet argent va être le sésame pour une belle vie avec la femme qu'il vient de rencontrer. Pour cela, il n'hésite pas à faire du mal. Il met toute son intelligence, tout son courage, toute son habilité vers ce but. Cette soif de liberté à cette intensité là, elle est la condition sine qua none de la sainteté. Cela pourra paraître très paradoxal, mais nos prisons sont pleines de saints potentiels.
Du strict point de vue cinématographique, l'histoire est très intéressante, c'est un très bon polar, et la scène du braquage est vraiment - vraiment - impressionnante. Et le dialogue entre les deux acteurs, dans la fameuse scène du café est aussi un monument du cinéma, que tout cinéphile se devra d'avoir vu. Les deux monstres sacrés avaient joué ensemble dans le Parrain II, mais par définition, n'avaient pas pu avoir de scène ensemble, puisque de Niro jouait le rôle du père de Pacino (interprété par Marlon Brando dans le premier épisode), mais jeune.
Michael Mann est un grand réalisateur, au style très personnel. Spécialiste dans les polars urbains, il met en scène la cité moderne, et mélange fascination et répulsion pour ces grands ensembles inhumains que sont devenus nos mégapoles actuelles. Il essaie de trouver une beauté dans cette laideur, et cette beauté c'est celle de ses personnages. Dans Heat il a deux personnages de choix, portés par deux acteurs d'exception : Al Pacino et Robert de Niro. C'était l'occasion pour ce film de mettre en scène les deux acteurs dans deux grandes scènes : la rencontre puis la mort. En effet Pacino joue un flic, et de Niro un truand. L'un court après l'autre mais les deux sont finalement les mêmes, ils se fascinent réciproquement, se respectent.
Ce qui me permet de passer immédiatement à la théologie. Ces deux personnages en miroir sont un très point de départ pour comprendre ce qu'est la sainteté. La sainteté n'est pas une façon de faire le bien en ayant une sorte de répulsion magique contre le mal. Le saint est quelqu'un qui a réussi à canaliser une énergie formidable pour la mettre au service de Dieu. Le vrai saint n'est pas celui qui n'a aucun désir. Le saint est celui qui canalise son désir vers quelque chose de plus haut. Le saint a quelque chose à sublimer. Il n'est pas privé de désir, sinon il serait aussi privé de mérite. Jean nous apprend que Dieu vomit les tièdes (Ap 3:15-16). Ainsi le flic et le voyou sont interchangeables. Ils ont les mêmes méthodes, les mêmes attitudes, se reconnaissent.
Saül n'a pas pu être roi car il était dégoûté du péché. C'est bien mais pas suffisant. Il a été vomi de la royauté d'Israël. David a pu être le roi immense que l'on sait parce qu'il a sublimé en lui tout ce qui dégoûtait Saül. Le personnage interprété par de Niro a un appétit immense de liberté. Il tente le braquage de la banque parce qu'il pense que cet argent va être le sésame pour une belle vie avec la femme qu'il vient de rencontrer. Pour cela, il n'hésite pas à faire du mal. Il met toute son intelligence, tout son courage, toute son habilité vers ce but. Cette soif de liberté à cette intensité là, elle est la condition sine qua none de la sainteté. Cela pourra paraître très paradoxal, mais nos prisons sont pleines de saints potentiels.
Du strict point de vue cinématographique, l'histoire est très intéressante, c'est un très bon polar, et la scène du braquage est vraiment - vraiment - impressionnante. Et le dialogue entre les deux acteurs, dans la fameuse scène du café est aussi un monument du cinéma, que tout cinéphile se devra d'avoir vu. Les deux monstres sacrés avaient joué ensemble dans le Parrain II, mais par définition, n'avaient pas pu avoir de scène ensemble, puisque de Niro jouait le rôle du père de Pacino (interprété par Marlon Brando dans le premier épisode), mais jeune.
samedi 8 novembre 2014
The Lord of the Rings : The Fellowship of the Ring (Peter Jackson - 2001)
L'adaptation cinématographique d'un livre est toujours une grande épreuve, le plus souvent ponctuée par un échec. Ainsi le merveilleux Dune de Frank Herbert piètrement porté à l'écran par David Lynch. Ici, l'épreuve était d'autant plus grande, qu'il s'agissait d'un monument de la littérature fantastique mondiale, à savoir le Seigneur des anneaux. Son auteur, Tolkien, philologue de profession, avait réussi à créer un univers consistent, cohérent avec des langues, des races, des histoires, etc. L'adaptation est une parfaite réussite. Réussite d'autant plus grande, qu'elle est adaptation et non mise en image. C'est à dire que Jackson a pris des libertés avec Tolkien. Les puristes n'ont pas apprécié, mais ils peuvent toujours faire mieux... j'attends avec impatience de voir le résultat. Ce qui est intéressant avec cette distanciation d'avec l'oeuvre, est que plus Jackson est libre, meilleur est son film. Le premier des trois est le plus proche du livre, et le moins bon. C'est pourtant un film monumental, une incontestable réussite... c'est vous dire le niveau des deux autres !
Passons sans plus tarder à la théologie. Tolkien était un catholique convaincu, qui d'après ce que l'on sait a participé de ce renouveau catholique britannique dans l'orbite du cardinal Newman. Il était très très pratiquant et communiait très régulièrement. Grand ami de l'auteur du monde de Narnia, CS Lewis, il a partagé l'ambition de celui-ci : livrer une oeuvre chrétienne qui puisse être à la fois un divertissement et un message théologique de grande portée. Il a réussi les deux, mais je vais me concentrer exclusivement sur le deuxième point.
Ce premier opus de la trilogie met en scène la découverte de l'anneau de pouvoir et du choix de le détruire. Ici, l'on voit une vision très chrétienne : on ne peut pas utiliser l'arme du mal contre le mal. Le mal ne peut que faire le mal et ne peut jamais faire le bien. Ici Tolkien prend à contre-pied une certaine culture anglo-saxonne moderne avec les vampires amicaux, les morts vivants cools, et les sorcières sympathiques. Tolkien, à l'unisson de la Bible dit non : le mal n'est que le mal, il doit être détruit. Le film montre bien la tentation que représente l'utilisation du mal au profit du bien : Gandalf, Aragorn, Galadriel sont tentés et résistent. Boromir est renversé par la tentation.
Les références bibliques sont nombreuses pour qui sait ouvrir l'oeil. Le lecteur de Tolkien aura aussi pu les retrouver. Elles sont évidentes dans le Silmarillion. Gandalf est un ange. Il est envoyé pour accompagner et aider l'humanité dans sa quête, et Saroumane autre ange, représente la partie des anges qui chute. Les hobbits, ces gens simples, tellement simples que l'anneau les tente moins que les autres, sont de petites tailles. Ce sont les petits qui vont sauver le monde. Je vous laisse méditer cette assertion toute chrétienne. Enfin les nains représentent les juifs : à part, des tribus perdues, vieille race, de relation difficile avec les autres... Tolkien a bien réussi sa métaphore. Il n'avait même pas besoin de les mettre dans la Moria, nous avions compris sans cela (Moria est la montagne de Jérusalem).
Je réserve d'autres analyses théologiques dans les deux autres opus...
L'adaptation cinématographique d'un livre est toujours une grande épreuve, le plus souvent ponctuée par un échec. Ainsi le merveilleux Dune de Frank Herbert piètrement porté à l'écran par David Lynch. Ici, l'épreuve était d'autant plus grande, qu'il s'agissait d'un monument de la littérature fantastique mondiale, à savoir le Seigneur des anneaux. Son auteur, Tolkien, philologue de profession, avait réussi à créer un univers consistent, cohérent avec des langues, des races, des histoires, etc. L'adaptation est une parfaite réussite. Réussite d'autant plus grande, qu'elle est adaptation et non mise en image. C'est à dire que Jackson a pris des libertés avec Tolkien. Les puristes n'ont pas apprécié, mais ils peuvent toujours faire mieux... j'attends avec impatience de voir le résultat. Ce qui est intéressant avec cette distanciation d'avec l'oeuvre, est que plus Jackson est libre, meilleur est son film. Le premier des trois est le plus proche du livre, et le moins bon. C'est pourtant un film monumental, une incontestable réussite... c'est vous dire le niveau des deux autres !
Passons sans plus tarder à la théologie. Tolkien était un catholique convaincu, qui d'après ce que l'on sait a participé de ce renouveau catholique britannique dans l'orbite du cardinal Newman. Il était très très pratiquant et communiait très régulièrement. Grand ami de l'auteur du monde de Narnia, CS Lewis, il a partagé l'ambition de celui-ci : livrer une oeuvre chrétienne qui puisse être à la fois un divertissement et un message théologique de grande portée. Il a réussi les deux, mais je vais me concentrer exclusivement sur le deuxième point.
Ce premier opus de la trilogie met en scène la découverte de l'anneau de pouvoir et du choix de le détruire. Ici, l'on voit une vision très chrétienne : on ne peut pas utiliser l'arme du mal contre le mal. Le mal ne peut que faire le mal et ne peut jamais faire le bien. Ici Tolkien prend à contre-pied une certaine culture anglo-saxonne moderne avec les vampires amicaux, les morts vivants cools, et les sorcières sympathiques. Tolkien, à l'unisson de la Bible dit non : le mal n'est que le mal, il doit être détruit. Le film montre bien la tentation que représente l'utilisation du mal au profit du bien : Gandalf, Aragorn, Galadriel sont tentés et résistent. Boromir est renversé par la tentation.
Les références bibliques sont nombreuses pour qui sait ouvrir l'oeil. Le lecteur de Tolkien aura aussi pu les retrouver. Elles sont évidentes dans le Silmarillion. Gandalf est un ange. Il est envoyé pour accompagner et aider l'humanité dans sa quête, et Saroumane autre ange, représente la partie des anges qui chute. Les hobbits, ces gens simples, tellement simples que l'anneau les tente moins que les autres, sont de petites tailles. Ce sont les petits qui vont sauver le monde. Je vous laisse méditer cette assertion toute chrétienne. Enfin les nains représentent les juifs : à part, des tribus perdues, vieille race, de relation difficile avec les autres... Tolkien a bien réussi sa métaphore. Il n'avait même pas besoin de les mettre dans la Moria, nous avions compris sans cela (Moria est la montagne de Jérusalem).
Je réserve d'autres analyses théologiques dans les deux autres opus...
The prince of Egypt (1998)
Il n'y a pas ici à proprement parler d'analyse théologique possible sur ce dessin animé américain retraçant les épisodes bibliques liés à la vie de Moïse. En effet, le propos de ce blog, est de trouver les lectures théologiques conscientes ou inconscientes que posent les œuvres au spectateur. Hors ici, tout est ouvert et évident. Il n'y a pas de second degré, ou de subtilité, puisque le sujet en lui-même est biblique.
Ce n'est pas toute la vie de Moïse qui est décrite, mais principalement la partie qui va de sa naissance jusqu'à la sortie d'Égypte. L'ultime fin montre le donc de la Loi sur le Sinaï. Ce dessin animé est à voir pour plusieurs raisons.
Tout d'abord c'est une façon idéale d'amener du savoir biblique, religieux, théologique aux enfants, et pour les adultes en quête de savoir, un moyen simple et agréable de consolider son savoir vétéro-testamentaire. Ensuite, ce dessin animé est absolument remarquable. Bien que les choses inévitables y soient présentes, c'est toujours bien fait. Je pense ici particulièrement aux chansons, qui sont parfois pénibles aux oreilles adultes. La musique en elle-même est de très très bon niveau, puisque c'est le maître Hans Zimmer qui signe la bande originale.
La proximité de Moïse avec le système de pouvoir égyptien est bien montrée. La difficile séparation d'avec son frère qui deviendra Pharaon est bien abordée. Le traitement est subtil, et les adultes trouveront aussi de quoi se régaler au niveau simplement psychologique. Si je devais mettre un seul bémol, ce serait : trop court. Les plaies passent vite, trop vite. Le public visé explique cela, car les plaies sont très violentes dans l'absolu et pourraient choquer les enfants.
A noter une réalisation mêlant image de synthèse et dessin animé traditionnel d'une qualité impressionnante. L'ange exterminateur des premiers-nés, le buisson ardent et surtout la traversée de la mer rouge sont du grand spectacle.
A voir !!!
Il n'y a pas ici à proprement parler d'analyse théologique possible sur ce dessin animé américain retraçant les épisodes bibliques liés à la vie de Moïse. En effet, le propos de ce blog, est de trouver les lectures théologiques conscientes ou inconscientes que posent les œuvres au spectateur. Hors ici, tout est ouvert et évident. Il n'y a pas de second degré, ou de subtilité, puisque le sujet en lui-même est biblique.
Ce n'est pas toute la vie de Moïse qui est décrite, mais principalement la partie qui va de sa naissance jusqu'à la sortie d'Égypte. L'ultime fin montre le donc de la Loi sur le Sinaï. Ce dessin animé est à voir pour plusieurs raisons.
Tout d'abord c'est une façon idéale d'amener du savoir biblique, religieux, théologique aux enfants, et pour les adultes en quête de savoir, un moyen simple et agréable de consolider son savoir vétéro-testamentaire. Ensuite, ce dessin animé est absolument remarquable. Bien que les choses inévitables y soient présentes, c'est toujours bien fait. Je pense ici particulièrement aux chansons, qui sont parfois pénibles aux oreilles adultes. La musique en elle-même est de très très bon niveau, puisque c'est le maître Hans Zimmer qui signe la bande originale.
La proximité de Moïse avec le système de pouvoir égyptien est bien montrée. La difficile séparation d'avec son frère qui deviendra Pharaon est bien abordée. Le traitement est subtil, et les adultes trouveront aussi de quoi se régaler au niveau simplement psychologique. Si je devais mettre un seul bémol, ce serait : trop court. Les plaies passent vite, trop vite. Le public visé explique cela, car les plaies sont très violentes dans l'absolu et pourraient choquer les enfants.
A noter une réalisation mêlant image de synthèse et dessin animé traditionnel d'une qualité impressionnante. L'ange exterminateur des premiers-nés, le buisson ardent et surtout la traversée de la mer rouge sont du grand spectacle.
A voir !!!
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