Heat (Michael Mann - 1995)
Michael Mann est un grand réalisateur, au style très personnel. Spécialiste dans les polars urbains, il met en scène la cité moderne, et mélange fascination et répulsion pour ces grands ensembles inhumains que sont devenus nos mégapoles actuelles. Il essaie de trouver une beauté dans cette laideur, et cette beauté c'est celle de ses personnages. Dans Heat il a deux personnages de choix, portés par deux acteurs d'exception : Al Pacino et Robert de Niro. C'était l'occasion pour ce film de mettre en scène les deux acteurs dans deux grandes scènes : la rencontre puis la mort. En effet Pacino joue un flic, et de Niro un truand. L'un court après l'autre mais les deux sont finalement les mêmes, ils se fascinent réciproquement, se respectent.
Ce qui me permet de passer immédiatement à la théologie. Ces deux personnages en miroir sont un très point de départ pour comprendre ce qu'est la sainteté. La sainteté n'est pas une façon de faire le bien en ayant une sorte de répulsion magique contre le mal. Le saint est quelqu'un qui a réussi à canaliser une énergie formidable pour la mettre au service de Dieu. Le vrai saint n'est pas celui qui n'a aucun désir. Le saint est celui qui canalise son désir vers quelque chose de plus haut. Le saint a quelque chose à sublimer. Il n'est pas privé de désir, sinon il serait aussi privé de mérite. Jean nous apprend que Dieu vomit les tièdes (Ap 3:15-16). Ainsi le flic et le voyou sont interchangeables. Ils ont les mêmes méthodes, les mêmes attitudes, se reconnaissent.
Saül n'a pas pu être roi car il était dégoûté du péché. C'est bien mais pas suffisant. Il a été vomi de la royauté d'Israël. David a pu être le roi immense que l'on sait parce qu'il a sublimé en lui tout ce qui dégoûtait Saül. Le personnage interprété par de Niro a un appétit immense de liberté. Il tente le braquage de la banque parce qu'il pense que cet argent va être le sésame pour une belle vie avec la femme qu'il vient de rencontrer. Pour cela, il n'hésite pas à faire du mal. Il met toute son intelligence, tout son courage, toute son habilité vers ce but. Cette soif de liberté à cette intensité là, elle est la condition sine qua none de la sainteté. Cela pourra paraître très paradoxal, mais nos prisons sont pleines de saints potentiels.
Du strict point de vue cinématographique, l'histoire est très intéressante, c'est un très bon polar, et la scène du braquage est vraiment - vraiment - impressionnante. Et le dialogue entre les deux acteurs, dans la fameuse scène du café est aussi un monument du cinéma, que tout cinéphile se devra d'avoir vu. Les deux monstres sacrés avaient joué ensemble dans le Parrain II, mais par définition, n'avaient pas pu avoir de scène ensemble, puisque de Niro jouait le rôle du père de Pacino (interprété par Marlon Brando dans le premier épisode), mais jeune.
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