samedi 25 octobre 2014

2001 A space odissey (Stanley Kubrick - 1968)

en rédigeant cette critique, je suis conscient de m'attaquer à un monument. Ce qu'on a fait de mieux en science-fiction, et peut-être de mieux au cinéma tout court. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai vu le film. Au début, c'était pour comprendre cette fin énigmatique. J'ai lu le livre, ce qui m'a conforté sur ma compréhension. Et puis il y a toujours le doute de se dire que Kubrick a voulu dire autre chose que Clarke, bien qu'ils aient collaborés ensemble dans l'écriture du film.
L'oeuvre littéraire de Clarke tourne autour d'un seul thème : la rencontre entre l'homme et l'extra-terrestre. Cela en fait une sorte d'anti Asimov dans la science-fiction, puisque Asimov ne base jamais rien sur les extra-terrestre mais tout sur l'humain face à la technologie, personnifiée par les robots. La technologie n'est pas absente chez Clarke, HAL étant un élément central du livre et du film.

Inutile de faire une critique purement factuelle du film, il vous suffira de googler pour voir de très très bonnes critiques en anglais ou en français. Passons directement à une analyse théologique. C'est une oeuvre à trois personnages : l'homme, la machine et le monolithe. Le monolithe intervient, et est la cause de chaque changement dans l'odyssée humaine. Dans une conscience chrétienne, c'est Dieu qui guide cette odyssée, qui la veut, qui l'accompagne et qui la dirige bien que l'homme soit libre. Le monolithe, c'est Dieu. Il apparaît cinq fois dans le film. La première est le tout début du film. Ecran noir pendant plusieurs minutes avec le requiem de Ligeti. Cette musique, celle des morts, accompagne le monolithe tout au long du film. C'est le moment de la création du monde. Deuxième moment, celui de la création de l'homme : le monolithe élit le singe et l'introduit à la notion d'outil. La Bible montre Dieu promettant la suprématie de l'homme sur le monde, et le film montre la réalisation de cette promesse, les moyens. L'utilisation de cet outil va lui permettre au fur et à mesure des progrès d'aboutir dans l'espace. Le passage dans le livre est saisissant. Kubrick le résume génialement : le singe propulse l'os et le fondu enchaîné montre un vaisseau spatial en apesanteur. En 10 secondes Kubrick nous montre, que le jour où le premier proto-homme a pris un os pour en faire un outil, cela nous a conduit mécaniquement, des siècles et siècles plus tard à la conquête spatiale. De façon inévitable... Troisième monolithe sur la lune. Il attendait que l'homme aboutisse à ce degré de progrès pour lui montrer l'étape suivante. Un point près de la planète Jupiter. Quatrième monolithe donc près de Jupiter puis le dernier monolithe, le cinquième, dans la chambre ou Dave meurt et devient une sorte d'enfant céleste.

Lorsque l'homme avait découvert l'outil et allait devenir l'espèce dominante sur terre, il avait scellé son destin immédiatement en tuant un autre homme. On retrouve ici des thèmes bibliques structurant : la chute, le meurtre du frère. L'ordinateur HAL (décalage sur IBM d'une lettre) est l'aboutissement de cette étape qui doit être dépassée, accomplie, abandonnée, surpassée : l'ère technologique. Dans l'histoire, HAL envient à conclure que le meilleur moyen d'accomplir sa mission est de tuer tout l'équipage, ce qui donne lieu à une scène absolument grandiose : Dave seul dans sa petite capsule dans l'espace, qui demande à HAL de lui ouvrir la porte pour qu'il puisse entrer dans le vaisseau, et HAL refuse. Je ne crois pas avoir jamais vu dans un film plus grande évocation de la solitude tragique de l'homme, et Kubrick nous indique que la technologie, la machine, la science y concourent parfaitement. La prochaine étape de l'humanité démarre donc lorsque Dave débranche HAL.

Il y a du théologique encore plus puissant dans le film : le voyage dans le monolithe jusque la chambre de la fin nous montre une sorte de voyage à une vitesse vertigineuse au travers de l'espace où la lumière est au départ verticale, puis devient horizontale. Ces deux dimensions, réunies sur la Croix, doivent être traversées pour aller au terme de ce voyage. Ce sont l'immanence et la transcendance. Difficile à concilier en nous et dans le monde. Nous avons besoin de prêtres et de travailleurs. Nous devons être un peu des deux pour aller au bout du voyage.

Kubrick a peut-être associé le monolithe à un écran de cinéma. Depuis que le Christ s'est incarné, l'icône est devenu un véritable objet théologique, support orthodoxe de la vénération. La personne du Christ est représentable, et l'icône va défier les lois de la représentation mathématique pour faire entrevoir les lois de l'autre monde. Le monolithe chez Kubrick semble être aussi ce qui permet de franchir les étapes de la compréhension, ce qui rejoint un concept théologique chrétien : c'est Dieu qui est à l'initiative. Il attend la réponse de l'homme, mais fait toujours le premier pas. Face à l'icône, deux attitudes possibles : la prière ou l'incompréhension. Le monolithe est probablement l'icône de la volonté divine pour l'homme.

Le bébé céleste final est un des éléments les plus déroutants au départ. Si vous prêtez attention au voyage cosmique final vous verrez un moment qui ressemble fort à un spermatozoïde allant vers un ovule, et vous verrez ensuite ce qui ressemble à une sorte de fœtus. Ce voyage est naissance.Quel est cet enfant ? l'humanité future. Kubrick ne montre pas l'espace comme le futur de l'humanité, puisque l'enfant revient sur terre. Il nous montre que l'espace n'est pas notre destination. La folie humaine d'aller conquérir l'espace est une voie sans issue, mais un passage nécessaire, un échec expérience pour revenir aux fondamentaux d'un monde en gestation. La séquence : mort de Dave, renaissance et illumination n'est plus du domaine de la science-fiction. On est dans le domaine religieux. Le monde futur est véritablement religieux. Sera-t-il parfait ? Difficile à dire, mais l'histoire montre que l'ordinateur est devenu fou à cause de son incapacité à être infaillible tout en devant cacher des choses. Destiné à être parfait et mis dans une situation de mensonge il devient homicide.

La mort est au centre de cette évolution : meurtre du proto-homme, meurtre de l'équipage par la machine, mort de la machine, mort de Dave, tout avance par la mort. Il y a ici une intuition qui rejoint les fondements de la théologie chrétienne : c'est par Sa mort que le Christ a vaincu la mort. C'est pour cela que ce monde sans technologie ne sera jamais véritablement parfait, car seule la parousie pourra amener cette véritable vie en Dieu. Kubrick avait invité les gens à interprété son film. C'est un exercice spirituel captivant pour le chrétien. Au delà du jeu à énigme métaphysique, on peut voir que tout grand artiste, qu'il le veuille ou non, est traversé par ces énergies divines incréées, et ne peut au final pas évoquer autre chose que cette rencontre, en Christ, de l'homme et de Dieu.

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