Les uns et les autres (Claude Lelouch - 1981)
Il faudra apprécier Lelouch, la danse et le boléro de Ravel pour profiter pleinement de ce film. Je ne suis pas un grand fan de la danse, mais pour ce grand film, je sais faire exception. L'histoire met en scène de multiples personnages, entre la seconde guerre mondiale et la date de sa réalisation. Ces personnages font des choix, puis les générations passent, et ils reviennent, le plus souvent comme leurs descendants, dans de nouvelles situations, tissant de nouvelles rencontres, jusqu'à la rencontre finale où tout prend sens. La musique et la danse revêtent une grande importance, et pas uniquement comme illustration sonore d'une époque comme cela peut l'être souvent chez Scorcese par exemple, mais vraiment pour illustrer le tourbillon de la vie, sa logique, et sa beauté.
Lelouch, réalisateur prolifique, signe ici un de ces meilleurs films, surtout à cause de la fin extraordinaire, sur le boléro, qui va réunir tous les acteurs du film dans un tourbillon final, sorte d'apothéose résolution, comme si tout avait été prévu pour cet instant là. Les quelques scènes où il laisse libre court à ses acteurs sont également très réussies. On ne saurait dire s'il s'agit d'improvisation ou d'écriture extrêmement millimétrée, mais il y a des moments d'une grande vérité (la scène de l'ivresse de Villeret est une merveille par exemple).
Le théologien pourra être sensible à des notions : la liturgie et la réincarnation. Lelouch, réalisateur juif, mais qui n'est pas centré exclusivement sur sa communauté, comme peut l'être parfois un Arcady, touche du doigt la notion de réincarnation, car il semble nous dire que les mêmes personnes reviennent sans cesse, jusqu'à ce boléro. Hors, Saint Paul nous enseigne qu'il n'y a pas de réincarnation, dans l'épître aux Hébreux (on voit qu'il s'agit justement d'une croyance juive ancienne contre laquelle il voulait enseigner ses compatriotes). Dont acte. Mais il est orthodoxe néanmoins de dire, que les enfants ont la possibilité, la potentialité de résoudre les problèmes laissés en l'état par leurs ascendants. Ainsi le Christ qui résout tous les péchés de part son humanité et la Théotokos qui résout ce qui avait été fait par Eve. Chacun, nous avons la possibilité, de résoudre des situations antérieures non réglées. Nous pouvons remettre les péchés. Pour cela, comme dans une démarche de confession, il faut les identifier, puis il faut les détruire, par le pardon. C'est un peu ce que vont faire tous les personnages ici, qui vont se réunir pour une cause humanitaire, qui est dans la logique de Lelouch (consciente ou non) une sorte de façon de remettre les péchés. Laissons de côté le fait que ces grandes organisations internationales sous drapeau onusien soient bien autre chose que ce qu'elles prétendre, et restons dans le théologique.
Le deuxième aspect important est la liturgie. La divine liturgie, le moment eucharistique en Église est le sommet absolu de la vie humaine. Aucune autre activité ne peut ne serait-ce qu'approcher ce qu'est la liturgie. C'est le moment où tout devient clair, évident, prend sens. C'est pour la liturgie qu'est fait le monde. La semaine n'a de sens que dans l'approche liturgique. La grandiose scène finale, d'une certaine façon nous amène à ce genre de dynamique. Tout le film converge vers cet instant, comme toute la vie du chrétien converge vers la divine liturgie. C'est le moment de la beauté. C'est le moment de la vérité. Chacun y a sa place. Même ce chef d'orchestre au passé sulfureux a sa place. Dieu veut tout le monde dans son banquet eucharistique. Notre tâche à nous autres chrétiens maintenant est de travailler la beauté de notre liturgie. Que les artistes qui la voient se disent que toute la dramaturgie du monde est concentrée ici, et qu'aucune pièce ne peut l'approcher. Que les philosophes se disent en les voyant, qu'ici sont manipulés les vrais concepts éternels qui ont sens dans la vie des hommes. Que chaque homme se dise en la voyant que ceci est un moment où le voile mondain se déchire pour accéder à l'autre côté...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire