vendredi 12 décembre 2014

The Passion of the Christ (Mel Gibson - 2004)

Attention !!! chef d'oeuvre. Voilà, comme ça, c'est dit. Mais attention tout de même. Deux choses à prendre en compte : la violence et la problématique antisémite. La violence est immense dans le film. Elle n'est pas une délectation, ni un voyeurisme, juste un éclairage sur un point parfois sous-estimé qui permet de mettre en perspective l'immensité du sacrifice qui a été accompli. Le film retrace les toutes dernières heures du Christ et trois scènes sont d'une rare violence : la flagellation, le chemin de Croix et enfin la crucifixion. Ces trois scènes sont intercalées, pour que nous reprenions notre souffle, avec des retours-arrières de la vie de Yeshu'a (autant L'appeler par son vrai nom non ?). Si on prend les Évangiles à témoin, rien ne nous renseigne sur l'extrême cruauté de la flagellation. Juste un verset, d'une neutralité presque détachée : "après l'avoir fait flageller, il le livra pour être crucifié" (Mt 27:26). Dans le film, ces quelques mots durent des minutes d'une longueur très très éprouvantes, croyez moi. Où Gibson a-t-il trouvé le droit de mettre autant de violence ? Dans le Saint Suaire, l'Évangile de tissu que la tradition nous a laissé. Ce tissu témoigne de ce qui est montré dans le film. Les détails techniques montrent que Jésus serait mort quelques heures après sa flagellation, même sans le chemin de Croix et la crucifixion. Ceci explique la mort rapide sur la Croix, alors que théoriquement, c'est un supplice censé durer des jours entiers.
Le chemin de Croix met en scène l'épisode avec St Simon de Cyrène (une ville de Libye actuelle) et qui donne lieu à un moment des nombreux moments de grâce de ce film. Il y a un regard échangé entre Simon et Jésus qui met la théologie au niveau de sa véritable expression : l'expérience humaine. Il ne s'agit pas de spéculation, mais de vécu. La rencontre avec Dieu, c'est du domaine de l'expérience. Le chrétien n'est pas philosophe. Il ne manipule pas des concepts. Il expérimente une rencontre, une relation avec Dieu.
Enfin la crucifixion, où Gibson reprend le fameux épisode du larron, est aussi parfaitement rendue et réussie. Il a réussi à mettre en scène en donnant une vision très plausible et artistique des fameux passages : l'arrestation au jardin où les gardes finissent à terre, les reniements de Pierre, la trahison de Judas ainsi que son suicide. Gibson met aussi en scène un des protagonistes évident de cette passion : le Diable, personnage androgyne, qui porte un enfant difforme. Plusieurs trouvailles esthétiques font du film une authentique réussite : les démons qui hantent Judas sont des enfants, pour montrer la jeunesse et l'immaturité du péché. Tout le film est joué en araméen et en latin, à savoir les langues originales de l'époque. Ici un petit bémol : je ne pense pas que Jésus aie parlé à Pilate en latin.
Ce film doit être vu dans un contexte catéchétique mais pas par un public trop jeune, car la violence est très éprouvante. Un autre point pour finir : le film fut taxé d'antisémite à sa sortie. La vérité n'est pas antisémite. Cette accusation d'antisémitisme est tellement utilisée à tort et à travers, qu'elle est devenue une farce aujourd'hui. Le réflexe de son recours systématique par certaines instances dans les communautés juives françaises et américaines est déplorable. De plus le film donne tous les gardes-fous contre les interprétations erronées : il y a des membres du Sanhédrin qui disent que ce procès est une farce. Il n'est pas valide du strict point de vue du droit. Il y a cette jeune fille juive qui cherche à lui donner de l'eau, empêchée par un romain. Il y a toutes ces femmes, comme rapporté chez Luc, qui se lamentent pour contrebalancer les cris d'insulte et de haine. La ville était partagée quant à ce destin. On voit que le Sanhédrin prépare la foule, paie la foule pour que Pilate soit poussé à Le condamner. Le reproche qui est fait à Gibson est de ne pas entériner le mythe moderne peu crédible : les juifs ne l'ont pas tués et ce sont les romains seuls qui l'ont tué. Ce mythe est faux, mais les données même du mythe sont fausses : on ne parle pas DES juifs ou DES romains, mais de quelques juifs et de quelques romains. Ceux qui ont tués Jésus, ce sont certains sadducéens, de la famille de Caïphe. Plus tard ils tueront Jacques le juste et ne cesseront de persécuter l'Église primitive. Dépeindre cette bande d'escrocs tuer Jésus n'est pas antisémite, car c'est la vérité. Le judaïsme actuel est pharisien : c'est une branche du judaïsme d'alors qui a eu beaucoup d'affrontements verbaux avec Jésus. Il ne faut pas tout confondre, et il faut étudier. C'est un film parfait pour étudier, le plus grand moment de toute l'histoire du monde...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire