L'île (Pavel Loungine - 2006)
Quel bonheur ! Quel film ! Ici, pas de théologie cachée, souterraine, mais de la théologie à l'état pur, qui ruisselle de l'écran. L'histoire est celle d'un homme qui ne se pardonne pas un crime terrible, et qui est moine dans un monastère au bout du monde, et qui devient un saint à essayer de surmonter ce péché.
Le film met en scène le personnage typique de la théologie russe : le fol en Christ. C'est à dire une personne qui au premier regard vous semblera folle, hirsute, sale, inconvenante, gênante, mais qui en fait un saint qui irradie l'amour divin. Il ne prie pas dans le même sens que les autres à la liturgie, il imite les poules, il sonne les cloches quand ce n'est pas l'heure, etc. Il agace les autres moines du monastère, mais est aussi un enseignement vivant pour eux. Un dialogue fascinant avec un moine, le Père Job, sert de fil de lumière à tout le film. Le dialogue concerne Abel et Caïn, les deux frères ayant offerts des sacrifices, mais dont un seul fut agrée par Dieu. Les prières du Père Job, qui fait tout parfaitement, ne sont pas entendues. Les prières du héros du film, qui fait tout mal, apparemment, elles, sont entendues : il guérit les infirmes, il chasse les démons, il a le don de clairvoyance. Pour le Père Job, c'est une épreuve immense, lui qui voulait devenir le saint que la Russie entière vient voir pour guérir. Mais c'est aussi une épreuve immense pour le héros, qui ne voit en lui-même que péché.
Les Pères ont expliqués ceci : plus on est proche de la lumière de Dieu, plus on voit l'ombre de ses péchés...
Du point de vue technique, le film est remarquable : l'image est d'une pureté sibérienne. On voit qu'il fait au mieux -20, et pourtant, on a une seule envie : être avec ces moines, au bout du monde. Les dialogues sont bâtis sur les psaumes, ce qui impressionnera les connaisseurs. Bref, à voir, à revoir, car c'est un film à tiroirs...
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