dimanche 7 décembre 2014

Tsar (Pavel Longuine - 2009)

Pavel longuine est le réalisateur d'un chef d'oeuvre total : l'île. Il s'agit ici du film suivant dans sa filmographie : tsar. Ce film traite des rapports entre l'Église et le pouvoir politique, problématique qui a traversé toute l'histoire de l'Église. Les ignares pensent que l'Église a toujours manipulé le pouvoir pour imposer son emprise. Lorsque l'on étudie avec honnêteté, on s'aperçoit que c'est l'inverse : le pouvoir a toujours utilisé l'impact social de l'Église pour asseoir son emprise. La laïcité moderne n'est donc pas une séparation pour éviter au gouvernement d'être dominé, mais bien l'aveu du pouvoir du caractère indomptable de l'Église. Il y a bien sûr eu des évêques serviles, des prêtres pleutres. Mais globalement, l'Église a tenu sa place avec fermeté et indépendance. L'hérésie iconoclaste a au début été portée par un empereur. Charlemagne qui a imposé l'hérésie du filioque est un autre exemple d'un problème à l'origine politique et qui maintenant pose toujours problème dans le corps du Christ.

Le film est très sanglant et ne peut être vu par des enfants, et il faudra avoir du discernement pour le montrer à des adolescents. Tout le film est basé sur l'affrontement entre le Tsar Ivan IV, le fameux Ivan le terrible et entre le Métropolite Philippe. Il y a deux dialogues qui architecturent tout le film. Les voici retranscrits :

Premier dialogue :

Tsar : Bonjour Monseigneur. Depuis que tu es là, je me sens moins seul.
Métropolite : tu t'es débarrassé de tous tes proches, pense à ton âme. Il est dit que celui qui pardonne est pardonné en retour.
T : le prophète a dit : "Malheur à celui qui se laisse régenter par sa femme" et aussi "malheur à la ville dont les régents sont nombreux". Pardonner à tous... C'est ainsi qu'ont péri les grandes villes et les grands royaumes.
M : tu n'as pas confiance dans les gens.
T : Les gens... non, je n'ai pas confiance. Regarde Adam : il n'a pas écouté le commandement de Dieu. Il a désobéi : il a croqué le fruit de l'arbre. Et quel terrible châtiment.
M : Sire, ne sois pas en colère ! Fais preuve d'amour. Sans amour, notre foi est vaine.
T : Je crois au jugement dernier, au fait que Dieu me jugera pour mes péchés et pour ceux de mon peuple. Il n'est pas de plus grand péché que de désobéir à la volonté du tsar. Car il est écrit que tout pouvoir vient de Dieu.

Second dialogue :

T : je veux me repentir mon Père. Reçois ma confession. Bien que je sois vivant, je suis mort devant Dieu par les vilenies que j'ai commises. Mes os sont secs. Je suis découragé et ne peux plus attendre d'aide de quiconque. J'ai couru te voir. La colère de Dieu s'est abattue sur moi. Les polonais sont aux portes !! Novgorod se soulève ! J'ai compris que Sigismond était Satan et Novgorod son dragon. Le jugement dernier approche. Mon Père oublions nos querelles. Fais preuve de bonté. Bénis moi pour que je sorte vainqueur.
M : Fais preuve de repentir dans tes actes : cesse de faire couler le sang.
T : tu ne m'aimes pas. Non, tu ne m'aimes pas. Mais quel tsar te faut-il ? Un qui tendrait la joue droite quand on lui frappe la gauche ? Qui alors repousserait les ennemis ? Qui dirigerait le royaume ? Tu as raison. Peut-être que je pèche par mes actes, qu'en tant qu'homme je suis pécheur. Mais en tant que tsar je suis juste !
M : va-t-en sire. Tu n'auras pas ma bénédiction.
T : Que la volonté de Dieu soit faite.

Le cas particulier qui ressort de ces dialogues, c'est qu'Ivan veut une Église au service de sa politique, mais pas de façon bassement cynique. Il voit une théologie au service de la politique. La racine de son péché est que la théologie ne peut être soumise à la politique. L'acteur qui joue le métropolite à lui seul mérite qu'on voit ce film.

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